Coronavirus : « Si c’était à refaire, je ne ferais pas ce scrutin… » Des assesseurs positifs au Covid-19 après les municipales

ELECTION Le premier tour des élections municipales a mobilisé plusieurs centaines de milliers de personnes dans toute la France pour organiser le scrutin, alors que l'épidémie se propageait déjà

Laure Cometti

— 

Un bureau de vote à Lyon le 15 mars 2020.
Un bureau de vote à Lyon le 15 mars 2020. — KONRAD K./SIPA
  • En pleine propagation de la pandémie, le premier tour des municipales a eu lieu le 15 mars, avec des consignes sanitaires particulières.
  • Après ce scrutin, quelques-uns des milliers de bénévoles ayant organisé les opérations de vote ont été diagnostiqués positifs au Covid-19. Si le lien n’est pas clairement établi entre ces contaminations et la présence dans les bureaux de vote, ces annonces inquiètent les assesseurs et les électeurs.
  • Ces cas renforcent en outre les critiques contre la décision de l’exécutif de maintenir le premier tour des municipales, alors que le second tour a été reporté le lendemain.

« Si c’était à refaire, je ne le ferais pas ce scrutin… » Au bout du fil, anxieuse, la maire d’un village de la Meuse raconte avoir appris qu’un des assesseurs du premier tour des municipales a attrapé le Covid-19. Partout en France, des bénévoles ayant tenu des bureaux de vote ou participé au dépouillement ont été diagnostiqués positifs au coronavirus, quelques jours après le scrutin. S’il est très difficile de savoir s’ils ont été contaminés le jour du vote, beaucoup sont en colère contre le gouvernement pour avoir maintenu le scrutin, et tous craignent d’avoir pu transmettre la maladie à des électeurs.

« Rétrospectivement, les conditions du vote étaient dangereuses »

« Deux jours après le premier tour, un des assesseurs m’a appelée pour me dire qu’il avait été testé et qu’il avait le Covid-19 ». La maire sans étiquette d’un village meusien d’une centaine d’habitants, qui souhaite rester anonyme, raconte à 20 Minutes un scrutin hors normes :

« On avait pris des précautions, en désinfectant les poignées de portes et en respectant les distances entre nous et avec les votants. On avait aussi enlevé le rideau de l’isoloir. Mais l’Etat ne nous a fourni ni gel hydroalcoolique, ni masques, ni gants. Et quand on dépouille, on est forcément proches… Donc on était tous hyperstressés quand on a su que ce jeune homme avait le virus. Heureusement qu’il n’était au bureau de vote que pendant la pause déjeuner, puis le soir pour dépouiller ».

L’édile s’astreint depuis à un confinement très strict et surveille ses éventuels symptômes, comme les autres assesseurs, qu’elle a prévenus. « Rétrospectivement, je me dis que les conditions du vote étaient dangereuses. Ça paraît totalement aberrant d’avoir dit aux maires d’organiser ce premier tour et d’avoir annoncé le confinement dans la foulée ». Au lendemain du vote, qui a mobilisé des centaines de milliers de bénévoles dans tout le pays, Emmanuel Macron a en effet présenté des mesures visant à restreindre les déplacements. Il a aussi décrété le report du second tour.

Des assesseurs inquiets, et en colère

A Paris, le président d’un bureau de vote du 17e arrondissement a annoncé ce mardi être porteur du virus. « Pourquoi nous a-t-on fait voter ?? Combien de présidents de bureau dans mon cas ?? Quel responsable nous a fait foncer tête baissée vers le virus ??», s’interroge ce père de famille qui souhaite rester anonyme.

A Melun (Seine-et-Marne), un autre président de bureau, Romaric Moyon, a présenté les symptômes du coronavirus après le premier tour. Il n’a pas été testé, mais un médecin lui a diagnostiqué le Covid-19. « J’espère ne pas avoir contaminé trop de monde dimanche », écrit-il.

Sur ce réseau social, les tweets d’assesseurs inquiets sont nombreux. « Moi aussi j’ai été secrétaire d’un bureau de vote… et je compte les jours pour être sûre de ne pas avoir été contaminée. Je ne comprends pas pourquoi les élections ont été maintenues… Ils nous ont mis en danger », s’inquiète la Niçoise Anne-Christel Cook.

Des mairies alertent les électeurs

Aux quatre coins du pays, des maires alertent les électeurs de leur commune après des cas de Covid-19 déclarés chez des assesseurs. Cinq jours après le vote, le 20 mars, la mairie de Billom, dans le Puy-de-Dôme, a publié un message sur Facebook pour annoncer l’hospitalisation d’une bénévole et appeler les électeurs à la vigilance. « Si vous vous êtes rendu à l’école Guyot-Dessaigne en fin d’après-midi ou en mairie en fin de journée dimanche dernier, prévenez les personnes avec qui vous-même avez été contact, de façon à ce qu’elles appliquent les recommandations sanitaires ».

A Montmagny, dans le Val-d’Oise, pas moins de trois cas se sont déclarés chez des assesseurs. La municipalité a aussi utilisé les réseaux sociaux pour alerter les électeurs et les inviter à « vérifier régulièrement leur température ».

S’il est difficile de tester tous les assesseurs présentant les symptômes du virus, et si le lien entre leur contamination et leur participation aux opérations électorales n’est pas établi, le risque de propagation lors du vote inquiète de nombreux électeurs. Le jour du vote, plus d’un votant sur deux a choisi de ne pas se rendre aux urnes.