Coronavirus : A l’Assemblée, l’opposition s’interroge sur la stratégie de « sortie de crise » du gouvernement

POLITIQUE La séance des Questions au gouvernement s'est tenue dans une Assemblée nationale presque vide

Thibaut Le Gal

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Le Premier ministre français Edouard Philippe lors de la session hebdomadaire de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.
Le Premier ministre français Edouard Philippe lors de la session hebdomadaire de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. — Jacques Witt/SIPA
  • En raison du coronavirus, la séance des Questions au gouvernement s'est tenue dans une Assemblée nationale presque vide ce mercredi.
  • Les députés d'opposition ont interrogé le gouvernement sur la sortie de crise.
  • Le ton est monté entre l'insoumise Mathilde Panot et le ministre de la Santé Olivier Véran.

Une minute de silence pleine d’émotion. L’Assemblée nationale rend hommage ce mardi à l’ancien ministre Patrick Devedjian et au député LREM du Vaucluse Jean-François Césarini, décédés tous les deux ce week-end. Richard Ferrand, son président, ouvre ensuite les questions au gouvernement, dans un hémicycle une nouvelle fois vide, rappelant les règles exceptionnelles appliquées en raison du coronavirus : un seul député par groupe, un nombre réduit de questions, une poignée de ministres pour y répondre.

Des interrogations sur la stratégie française

Olivier Marleix, député Les Républicains d’Eure-et-Loir, dénonce le premier l’absence de dépistage massif sur le territoire, disant son « incompréhension » face à la stratégie du gouvernement. « Vous avez annoncé il y a quelques jours un changement de cap, un virage. Qui va profiter de ces tests supplémentaires ? »

Olivier Véran répond avec calme sur l’arrivée du nouveau matériel, annonçant une « montée en puissance des tests PCR » avec bientôt 50.000 par jour. « Nous avons aussi passé des commandes pour des nouveaux tests », avec des résultats plus rapides, poursuit le ministre de la Santé, évoquant le chiffre de 30.000 par jour dès le mois d’avril puis 100.000 dans les deux prochains mois. Il évoque ensuite des tests de sérologie, qui permettront de connaître les personnes déjà contaminées par le Covid-19 et donc immunisées.

Quand sortirons-nous du confinement ?

Frédérique Dumas, députée Libertés et Territoires des Hauts-de-Seine, pointe alors la décision de prolonger de 15 jours le confinement. « Le comité scientifique sur lequel vous dites vous appuyer avait préconisé six semaines, pourquoi ces annonces de périodes successives de 15 jours ? Quelle est votre stratégie pour affronter les semaines à venir et la sortie de crise ? » L’interrogation est reprise par Elsa Faucillon. « Attendez-vous d’avoir le nombre nécessaire de tests pour envisager la sortie du confinement ? », demande la députée communiste des Hauts-de-Seine.

Olivier Véran se lève de nouveau, cite une étude anglaise. « L’effet du confinement tend à montrer que toutes les huit minutes nous sauvons une vie en restant chez nous. Nous cesserons le confinement quand les hôpitaux auront réussi à faire face à la vague de patients graves. » Le ministre aborde aussi les limites actuelles des études scientifiques sur l’immunisation de la population, qui permettra de sortir de la quarantaine. « Aucun pays au monde n’a encore réussi à établir, élaborer, une sérologie diffusable à grande échelle, mais la recherche progresse très vite ».

Edouard Philippe y revient un peu plus tard. « Les conditions sur lesquelles nous allons pouvoir déconfiner sont encore à l’étude », dit-il, un peu flou. Mais le Premier ministre indique que le gouvernement ne prendra aucun risque. « Personne ne souhaite que le confinement dure trop longtemps mais personne n’accepterait non plus que le déconfinement se traduise par une augmentation immédiate du nombre de cas sévères. »

LFI dénonce un manque de morphine ? Olivier Véran s’agace

Les questions s’enchaînent. Le plus souvent, Olivier Véran monte au front. Toujours placide, le ministre s’agace à une seule reprise, lorsque l’insoumise Mathilde Panot dénonce le manque de médicaments à l’hôpital. « Vous demandez déjà aux hospitaliers de limiter l’usage de la morphine, votre gestion de crise, c’est une gestion de la pénurie », torpille l’élue du Val-de-Marne.

L’ancien neurologue réplique, sèchement : « Je le dis avec gravité, ce n’est pas une information qu’on peut manipuler comme ça, pour faire un effet de tribune. Il n’y a aucune demande de limitation de médicaments permettant de lutter contre la douleur des patients », dit-il, reconnaissant seulement « des tensions sur les stocks d’un certain nombre de produits dans les hôpitaux ».

Après la crise sanitaire, les parlementaires interrogent l’exécutif sur les répercussions économiques. Les échanges, parfois techniques, durent près de deux heures. Une bonne répétition pour Edouard Philippe et Olivier Véran, auditionnés mercredi à l’Assemblée par la mission d’information parlementaire sur le coronavirus.