Coronavirus : Préavis de grève, plainte contre Pénicaud… Le gouvernement sous pression syndicale de la CGT

FRONDE Le syndicat veut alerter sur le manque de protection des agents de la fonction publique

Laure Cometti

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Muriel Pénicaud sur le banc des ministres à l'Assemblée nationale (illustrations)
Muriel Pénicaud sur le banc des ministres à l'Assemblée nationale (illustrations) — Philippe Lopez/AFP
  • La CGT services publics a déposé un préavis de grève, du 1er au 30 avril, pour dénoncer le manque de protection des agents publics locaux, au nombre de 2 millions environ sur l’ensemble du territoire.
  • Cette initiative a été vivement condamnée par des ministres et députés de la majorité, dans un contexte où l’exécutif fait face aux critiques de plusieurs organisations de travailleurs.
  • Dans le secteur de la distribution, la CGT a porté plainte contre la ministre du Travail, qu’elle accuse d'« inaction » face aux « manquements des employeurs du secteur de la distribution et de la grande distribution ».

Pas d’union nationale sur le front social. La CGT a déposé un préavis de grève, dès ce mercredi et pour tout le mois d’avril, dénonçant un manque de protection dans les services publics et des agents exposés au risque de contamination au Covid-19. En pleine crise de l’épidémie de coronavirus, l’initiative a été dénigrée par le gouvernement et certains membres de la majorité. Après les inquiétudes du  secteur de la construction, c’est un nouvel épisode de tensions entre travailleurs et gouvernement.

Depuis le début du confinement, les syndicats de la fonction publique demandent des « solutions réglementaires claires » à l’exécutif. Las, la CGT services publics a finalement adressé un préavis de grève aux ministères de la Fonction publique, du Travail et des Comptes. « Ce préavis arrive après une série de courriers et de questions posées à nos ministres, restées sans réponse », déplore Jef Lair, membre du bureau fédéral de la CGT services publics, qui compte 85.000 adhérents.

Des agents publics en danger, selon la CGT

Le syndicat déplore qu’un grand nombre d’agents publics, surtout dans la fonction publique territoriale ( 1,9 million d'agents en 2018), ne soient pas suffisamment protégés dans l’exercice de leur activité. Une situation problématique, cette catégorie regroupant notamment des professions très mobilisées : assistants familiaux, travailleurs sociaux, aides à domicile, agents d’EHPAD, d’entretien, éboueurs, policiers municipaux, employés des pompes funèbres, agents chargés de garder les enfants des personnels soignants…

« Beaucoup n’ont ni masques, ni gants, ni solution désinfectante. Ils sont contraints de travailler dans des bureaux parfois exigus, ne permettant pas de garantir les distances de sécurité avec leurs collègues ou le public. D’autres sont contraints d’aller travailler alors qu’ils n’exercent pas une mission essentielle dans ce contexte », décrit Jef Lair. La CGT dresse un état des lieux disparate : « il y a 56.000 employeurs de la fonction publique territoriale. Dans certains territoires, il y a des solutions satisfaisantes, ce qui prouve bien qu’il est possible pour le gouvernement d’émettre des instructions claires », poursuit le syndicaliste.

Un préavis de grève dénigré dans la majorité

Pour Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat en charge de la fonction publique, ce préavis de grève est « inopportun ». La ministre du travail, Muriel Pénicaud, « ne comprend pas ce préavis », indique son cabinet. « Si les conditions de travail sont respectées, ce n’est pas le moment pour les services publics de cesser leur activité ». Dans la majorité, certains jugent même ce préavis « scandaleux », comme le député du Rhône Bruno Bonnell, ou l'eurodéputé Stéphane Séjourné.

« Il peut y avoir des situations complexes, mais elles doivent se régler au niveau local », développe le député La République en marche Bruno Bonnell, « choqué » par l’initiative syndicale qui « pervertit la grève ». Plus nuancé, son collègue Guillaume Chiche ne souhaite pas « juger une action syndicale ». Mais le député des Deux-Sèvres anticipe une réaction critique de l’opinion publique.

Une plainte contre la ministre du Travail

A la CGT services publics, on explique que ce préavis de grève « est un ultime recours » pour protéger les agents publics qui se sentiraient en danger dans leur travail, et qui n’ont pas de droit de retrait. « Il n’y a aucune instruction, aucune circulaire précisant ce qu’est un service essentiel dans la fonction publique. Dans certaines collectivités, l’activité n’a pas été modifiée depuis la crise », dénonce Jef Lair. « C’est irresponsable de la part du gouvernement ». Une réunion hebdomadaire doit avoir lieu jeudi entre Olivier Dusspot et un représentant de chaque syndicat dans la fonction publique, qui emploie plus de 5 millions de Français.

La CGT ne compte pas relâcher la pression sur le gouvernement. Sa fédération Commerce a déposé plainte ce mardi contre Muriel Pénicaud devant la Cour de justice de la République, estimant que les salariés de la distribution manquent de protection face au coronavirus. Une démarche qui s’ajoute aux plaintes déjà déposées contre des membres du gouvernement depuis le début de cette crise sanitaire.