Municipales 2020 : Un second tour le 28 juin « était la moins pire des solutions », pour l’Association des maires de France

INTERVIEW Agnès Le Brun, maire divers droite de Morlaix et porte-parole de l’Association des maires de France revient, pour « 20 Minutes » sur la décision du gouvernement d’organiser le second tour des municipales le 28 juin

Propos recueillis par Fabrice Pouliquen

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Un assesseur, portant des gants en latex, tient la fente de l'urne ouverte pendant qu'un électeur y glisse son enveloppe dans un bureau de vote au Touquet, dans le nord de la France, le 15 mars 2020, lors du premier tour des élections municipales.
Un assesseur, portant des gants en latex, tient la fente de l'urne ouverte pendant qu'un électeur y glisse son enveloppe dans un bureau de vote au Touquet, dans le nord de la France, le 15 mars 2020, lors du premier tour des élections municipales. — Ludovic Marin / AFP
  • Ce vendredi, le Premier ministre Edouard Philippe a dévoilé la date très attendue du second tour des élections municipales annulé en mars en raison de la pandémie du coronavirus : ce sera le 28 juin.
  • « La moins pire des solutions », se félicite Agnès Le Brun, porte-parole de l’Association des maires de France, pour qui la relance économique et sociale, après deux mois de confinement, nécessite d’avoir des maires élus partout.
  • Il n’en reste pas moins que ce second tour s’annonce compliqué. Tant dans l’organisation du jour du vote que dans la campagne du second tour. Agnès Le Brun dit les maires « prêts à se mettre en ordre de marche pour que tout se passe bien ».

Il y avait deux options sur la table sur la suite à donner aux élections municipales dans les quelque 5.000 communes qui n’ont toujours pas élu de maire après l’annulation du second tour en mars. Celle de tout reprendre à zéro plus tard, à savoir début 2021, option nécessitant l’organisation de deux tours de scrutin. Soit celle d’organiser un second tour au plus vite, dès ce 28 juin, mais dans un contexte sanitaire encore compliqué lié à l’épidémie de coronavirus.

C’est cette seconde option qu’a finalement retenue le gouvernement après avoir consulté les forces politiques du pays, a annoncé ce vendredi midi, depuis Matignon, Edouard Philippe. « Les arguments s’opposent, ils sont tous puissants et éminemment respectables, a précisé le Premier ministre avant de se ranger derrière l’avis de « ceux qui ont souligné la nécessité dans laquelle nous sommes, et pour un long moment sans doute, de vivre avec le virus et donc de faire vivre notre démocratie et non la mettre entre parenthèses ».

Agnès Le Brun est la maire de Morlaix (Finistère) depuis 2008.

La moins pire des solutions ? Agnès Le Brun, porte-parole de l’Association des maires de France – par ailleurs maire divers droite de Morlaix – répond aux questions de 20 Minutes.

Cette option du 28 juin était finalement celle aussi privilégiée par une majorité de maires ?

La majorité des maires sont en proximité avec leurs populations et ils savent bien que la relance économique et sociale est absolument primordiale aujourd’hui. Or celle-ci peut très difficilement se faire sans les collectivités et les projets qu’elles portent. Voilà pourquoi à l’AMF nous avions effectivement affirmé notre préférence pour l’organisation d’un second tour en juin.

Il y avait d’autres arguments encore. L’autre option impliquait par exemple des durées de mandats différentes entre les maires élus dès le 15 mars et ceux qui allaient l’être à l’issue des deux tours qu’il aurait fallu organiser début juin. C’est embêtant. Et pourquoi, par ailleurs, supprimer le premier tour du 15 mars dans certaines communes seulement et pas dans toute. L’heure n’est de toute façon plus aux commentaires. La décision a été prise par le gouvernement, nous allons maintenant nous mettre en ordre de marche pour que tout fonctionne bien le 28 juin.

Faut-il tout de même s’attendre à ce que ce second tour soit très perturbé ?

Tout est de toute façon particulier depuis le 15 mars. L’organisation du premier tour avait déjà fait l’objet de précautions particulières. C’était la présence de gel hydroalcoolique dans les bureaux de vote, l’invitation à venir avec son stylo, l’utilisation de gants pour les assesseurs etc. Ces mesures barrières ont plutôt bien fonctionné si on en juge par l’étude menée par épidémiologistes et statisticiens publiées la semaine dernière
Ces précautions vont être encore renforcées le 28 juin. Je note, par exemple, que Christophe Castaner a évoqué ce vendredi midi le port du masque obligatoire dans les bureaux de vote.

Certains maires, à l’instar de Christophe Bouchet, maire de Tours, se sont opposés à l’organisation de ce second tour en juin. Ne serait-ce qu’en raison de la difficulté à organiser ce second tour. Comment reconnaître les électeurs avec des masques, comment trouver des assesseurs, soulevait-il notamment…

J’entends ses arguments, mais quelle est la proposition alors ? Toutes ont des inconvénients et si on les compare, l’organisation d’un second tour le 28 juin nous semble être la moins pire des solutions. Concernant les assesseurs par exemple, effectivement ce sont habituellement des gens qui se proposent bénévolement, pour remplir cette mission. Mais on peut aussi réquisitionner des élus lorsqu’il en manque. C’est ce qui a parfois été fait dans des précédents scrutins.

Il y a l’organisation du vote, le 28 juin, mais aussi la campagne du second tour… Comment voyez-vous celle-ci dans ce contexte sanitaire particulier

C’est en effet un vrai sujet. Forcément, un ensemble de pratiques ne vont plus être possibles. Le porte-à-porte, le tractage, les embrassades, les réunions publiques, les cafés etc. Mais avant même la crise du coronavirus, les démarches politiques ont évolué. Les meetings, par exemple, ont moins de succès. Les gens sont moins sensibles au grand décorum des campagnes au temps où nous étions dans un bipartisme bien établi. Les gens préfèrent aujourd’hui des formats plus vivants, jugés plus sincères.

Ce second tour qui s’ouvre va nous obliger à inventer de nouveaux formats. Comme évoqué par Edouard Philippe et Christophe Castaner, ça peut passer effectivement par une campagne numérique, même si je n’y crois qu’à moitié. En ruralité, ça ne marchera pas très bien comme ça, par exemple. En revanche, la campagne devrait effectivement passer davantage par l’écrit. On peut imaginer des professions de foi plus longue, plus explicatives, mais aussi davantage de débats dans les médias. Il nous faudra de toute façon avancer, se réinventer si nous voulons préserver la vie démocratique. Il y a un avantage toutefois, rappelé là encore par Edouard Philippe comme par Christophe Castaner : cette fois-ci, le second tour va durer un mois et non cinq jours comme habituellement. D’une certaine façon, ce délai supplémentaire est une compensation. Il va permettre aux candidats d’expliquer davantage leurs projets.

*Coordonnée par le Centre d’épidémiologie clinique de l’Hôtel-Dieu (Paris), l’étude conclut que la tenue du premier tour, le 15 mars, n’a pas accéléré statistiquement la circulation du nouveau coronavirus, sans nier toutefois que des contaminations aient pu avoir eu lieu.