Emmanuel Macron dans les jardins de l'Elysée, le 29 juin 2020.
Emmanuel Macron dans les jardins de l'Elysée, le 29 juin 2020. — Stephane Lemouton-POOL/SIPA

STRATÉGIE

Après la poussée écolo aux municipales, Macron veut verdir la fin de son quinquennat

Sous pression après le succès d’EELV aux municipales, le chef de l’Etat a peu de temps et de marge de manœuvre pour amplifier sa politique écologique

  • Les municipales ont été marquées par une abstention record, mais aussi une percée des Verts, victorieux dans de nombreuses grandes villes.
  • Le président de la République s’est efforcé de reprendre la main lundi en répondant à la Convention citoyenne pour le climat, pour amplifier sa politique écologique avant la fin de son quinquennat.
  • Il pourrait aussi intégrer des personnalités incarnant l’écologie dans son futur gouvernement, qui doit être nommé avant mercredi 8 juillet.

Vite, passer à autre chose. Après la déroute de son (jeune) parti aux municipales, Emmanuel Macron ne s’est pas appesanti sur les mauvais résultats des marcheurs. Au lendemain du scrutin qui a vu Europe écologie-Les Verts conquérir plusieurs grandes villes, le président organisait une conférence à l’Elysée pour annoncer un plan sur l’ écologie. « Ce que vous avez démontré, c’est que nous devons aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort, qu’au fond, même si nous avons déjà un bilan, l’histoire s’accélérant, il est insuffisant », a lancé le chef de l’Etat aux 150 membres tirés au sort de la Convention citoyenne pour le climat.

Sous pression, Emmanuel Macron veut accélérer le tempo et marquer des points sur l’écologie. Entre un projet de loi prévu avant l’été, et un remaniement avant mercredi 8 juillet, le chef de l'Etat a plusieurs options pour verdir sa politique, à deux ans de la fin de son mandat.

Des mesures dès juillet, un projet de loi en septembre

Dans les jardins de l’Elysée, Emmanuel Macron a annoncé qu’il transmettra au gouvernement et au Parlement 146 des 149 propositions formulées par la Convention citoyenne pour le climat. Certaines seront actées dès la fin juillet, d’autres intégrées au plan de relance, et les autres figureront dans un « projet de loi spécifique », en septembre. Le président a aussi promis d’investir « 15 milliards d’euros supplémentaires sur deux ans » pour la conversion écologique de l’économie.

Au lendemain d’un scrutin marqué par la percée des Verts dans de nombreuses villes, les annonces présidentielles ont-elles aussi vocation à séduire l'électorat écologiste ? « Ce n’est pas un hasard », sourit Matthieu Orphelin, député et ex-militant d'EELV. « C’est une manière de dire aux citoyens qu’il a bien compris que l’écologie devient un marqueur, et le sera aux prochaines élections », poursuit l’élu de Maine-et-Loire, qui a quitté LREM pour créer le groupe Ecologie, démocratie, solidarité à l’Assemblée.

Un nouveau gouvernement plus vert ?

Le remaniement prévu à l’issue des municipales offre aussi l'occasion d’envoyer des signaux à l’électorat écolo et de gauche. « Après ce discours, fort, il va falloir que le gouvernement et les députés se mettent au diapason de cette nouvelle direction fixée par Emmanuel Macron », pointe Matthieu Orphelin, qui juge les déclarations de certains ministres « contradictoires » avec le cap fixé par l’Elysée. Mardi, sur RMC et BFMTV, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire s’est par exemple dit « réservé » sur l’interdiction de la publicité pour les SUV, proposition de la Convention pourtant acceptée par le chef de l’Etat la veille.

Emmanuel Macron pourrait recruter des personnalités plus écolos au gouvernement. Mais les cadres d’EELV ont dit dès lundi qu'ils n'en feraient pas partie. « Les débauchages, ce sont des opérations de casting, pour envoyer des signaux. Mais ça n’aurait aucun sens, car la majorité à l’Assemblée a voté tous les précédents renoncements en matière d’écologie », balaie l’eurodéputé EELV et ex-secrétaire national du parti David Cormand.

Des difficultés à incarner l’écologie

Le début de son quinquennat avait débuté par l'offensif « Make our planet great again », en réaction à la décision de Donald Trump de retirer les Etats-Unis des accords de Paris sur le climat. Un an plus tard, Nicolas Hulot démissionnait pourtant du ministère de l'Ecologie, déplorant une politique des « petits pas ». D’après un sondage YouGov pour le HuffPost paru ce mercredi, seuls 22 % des Français pensent qu’il en a fait assez pour le climat depuis son arrivée au pouvoir. Emmanuel Macron aura donc besoin de convaincre la population que son ambition écologique n’en reste pas qu'au stade des grands discours.

« On a mis en place de vraies avancées écologiques, mais ça ne se traduit pas chez Monsieur Tout-le-monde », reconnaît le député LREM de Paris Sylvain Maillard. Le sénateur macroniste François Patriat rappelle, lui, les décisions prises sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou les véhicules électriques. « Les gens continuent de penser qu’on n’a pas fait ou qu’on a fait trop peu » en matière d’écologie, a déclaré Gilles le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée, lors d’une conférence de presse, mardi. « C’est faux. En revanche, on a peut-être porté ces projets avec insuffisamment de force pour être capables d’installer dans l’opinion le fait qu’on avait beaucoup œuvré. »

Hésitations sur la stratégie

« Une partie de l’électorat d’Emmanuel Macron vient de la gauche et est sensible aux enjeux environnementaux », souligne Daniel Boy, chercheur au Cevipof. Or ces électeurs pourraient être tentés de soutenir, au détriment du président de la République sortant, une candidature verte à la présidentielle, alors qu’EELV a réalisé de bons scores aux européennes en 2019, puis aux municipales de 2020.

Devant cette perspective, la majorité semble hésiter. Une partie plaide pour renforcer la doctrine verte de LREM, à l’instar des députés ayant créé un courant interne écolo, ou de Matthieu Orphelin : « Il ne reste que 18 mois, ça doit être le sprint final du quinquennat. » D’autres marcheurs souhaitent marquer leurs différences avec les Verts, plaidant pour « réconcilier économie et écologie », comme l'a dit Emmanuel Macron lundi. « Les Verts ont une vision de l’écologie qui n’est pas la nôtre, on ne va pas verdir à tout prix notre programme », dit un cadre du parti présidentiel. « On n’est pas décroissants ! » Il pourrait ainsi s’avérer difficile de fédérer la majorité sur un projet de loi rassemblant les 146 propositions de la Convention citoyenne...