« La majorité ne comprend ni ce pays ni le métier d'assistante maternelle », s'indigne François Ruffin

INTERVIEW Le député de la France Insoumise, pris à partie jeudi sur Twitter par des députés LREM, souhaite revaloriser le métier d’assistante maternelle

Propos recueillis par Francois Launay

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Francois Ruffin présentera une propositon de loi pour améliorer le sort des assistantes maternelles à l'automne prochain
Francois Ruffin présentera une propositon de loi pour améliorer le sort des assistantes maternelles à l'automne prochain — Jacques Witt/SIPA
  • François Ruffin a été au cœur d’une polémique sur les réseaux sociaux au sujet des assistantes maternelles.
  • Des députés de la majorité ont pensé, à tort, que le député insoumis ne payait pas correctement une assistante maternelle.
  • Dans une interview accordée à 20 Minutes, il revient sur cette polémique et parle de sa proposition de loi destinée à revaloriser ce métier

La polémique a fait rage jeudi sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, François Ruffin s’est emparé du sort des assistantes maternelles pendant le confinement en le comparant à celui de Jean Castex, le nouveau premier ministre : « Pendant qu’Elisa était à 4 euros de l’heure pour garder nos enfants, Jean Castex touchait 200 000 euros de la République par an » lâchait le député de la France Insoumise.

Un tweet volontiers provocateur qui a rapidement fait réagir des députés LREM. Certains, comme Aurore Bergé, ont cru que Ruffin parlait de son cas personnel et sous-payait une assistante maternelle. Sauf que le Picard, qui n’emploie pas de nounou, s’appuyait sur un article relatif à ce sujet qui lui tient à cœur. Pour améliorer le sort de ce métier, souvent payé moins de quatre euros par heure et par enfant, François Ruffin et le député LREM Bruno Bonnel ont réalisé un rapport sur le sujet et déposeront une proposition de loi à l’automne prochain. En attendant, le député insoumis, qui a lancé ce vendredi une pétition pour revaloriser le salaire des nounous, revient sur la polémique dans une interview accordée à 20 Minutes.

Des députés de la majorité présidentielle vous ont vivement critiqué jeudi sur Twitter au sujet des assistantes maternelles. Qu’avez-vous à leur répondre ?

Tout cela prouve qu’ils sont complètement déconnectés de la réalité. En réagissant comme ça, ça veut dire qu’ils ne comprennent pas comment est payée une assistante maternelle. Il y en a 400.000 dans ce pays, ce qui est énorme, et des députés réagissent sur Twitter sans connaître le moins du monde ce métier populaire.

Ça en dit long sur leur coupure avec le pays. Ils ne comprennent ni ce pays ni ce métier. C’est ce qui me paraît le plus grave dans cette histoire-là. Qu’on m’attaque, ça fait partie du jeu parlementaire et de celui de Twitter. Mais ce qui ressort de tout ça, c’est leur ignorance complète des assistantes maternelles. Maintenant qu’ils savent que ces femmes sont payées moins de quatre euros de l’heure, j’espère qu’ils vont tout faire pour corriger ça.

Vous pensez vraiment que cette polémique est un mal pour un bien ?

Franchement, je suis très content de leur erreur. Ils se sont mis le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate (sic). Il paraît qu’on a fait notre plus gros score sur Twitter avec cette histoire. C’est une énorme fierté pour moi. Grâce à une polémique à deux balles ou plutôt à quatre euros (rires), on met en lumière ce métier. Tant mieux si ça a servi à ça. J’espère donc que les députés vont désormais corriger la réalité.

Justement, quelle est la réalité du métier d’assistante maternelle ?

Déjà, il faut savoir que celles qui sont à quatre euros de l’heure ont de la chance. En général, elles gagnent plutôt autour de trois euros de l’heure. Alors, c’est vrai qu’en général elles gardent plusieurs enfants en même temps. Mais c’est rare qu’une assistante maternelle ait un agrément pour garder quatre enfants car tout cela se fait en fonction de la taille de la maison.

En plus, les enfants sont rarement là en même temps pendant sept à huit heures d’affilée. En général, il y en a un qui peut arriver à 7 heures du matin, un autre qui ne vient pas le mercredi… Donc ça fait des horaires à rallonge pour arriver à un sous-SMIC en travaillant du lundi au vendredi.

Que proposez-vous pour améliorer leur situation ?

Il faut un relèvement du taux horaire sans faire reposer ce supplément à charge sur les familles. On propose de passer de 0,281 SMIC par enfant et par heure à 0,333 SMIC. En fait, on veut qu’elles arrivent à avoir un SMIC en gardant trois enfants au lieu de quatre sur une base de 35 heures par semaine. Il faut aussi mettre en place une compensation provisoire quand elles « perdent » un enfant qui entre à l’école. Ça permettrait d’éviter une perte de revenus trop brutale.

Je suis aussi pour qu’il y ait une assistante maternelle suppléante dans chaque contrat de travail. Ça leur permettrait de prendre plus facilement des vacances ou encore de partir en formation. Et puis, j’estime que la majorité pourrait aussi débloquer une prime Covid pour toutes les assistantes maternelles qui ont travaillé pendant le confinement.

Vous avez le sentiment que les assistantes maternelles ont été oubliées pendant le confinement ?

Clairement. Mais elles ne sont pas les seules. Il y a aussi les agents d’entretien ou encore les auxiliaires de vie sociale qui ont continué à bosser en se sentant un peu mis à l’écart. Tous ces métiers devraient toucher une prime Covid mais on connaît déjà la réponse du gouvernement. J’ai posé la question à l’Assemblée et on m’a clairement dit que ces métiers ne la toucheraient pas. Si on n’est pas capable d’avoir l’égalité sur une mesure de cette nature-là, quand est-ce qu’on va l’avoir ?

Pourquoi ce genre de métier n’est pas assez mis en lumière ?

Parce qu’on sait que ces femmes, car ces métiers sont majoritairement féminins, ne vont pas manifester massivement. Je pense aussi que beaucoup de gens considèrent que ce sont des sous-métiers. Les femmes se sont occupées des enfants gratuitement à domicile pendant des siècles. Aujourd’hui, si je résume, c’est un peu, « elles sont déjà payées pour ça, elles ne vont pas non plus nous emmerder ». Il faut sortir de cet inconscient social-là. Je ne dis pas que c’est Macron qui a fait ça. C’est un truc qui traîne depuis des décennies.

Alors, si une tribune à l’Assemblée nationale peut me permettre de mettre en valeur des femmes de ménage ou si une polémique sur Twitter peur m’aider à mettre en lumière les assistantes maternelles, je prends ça comme une bonne nouvelle. En tout cas, j’en suis très fier. Mais après avoir été scandalisé par leur sort, il va falloir maintenant avancer pour améliorer leur métier car ces femmes sont usées.