Fronde de Hollande, tentative de rassemblement… Que retenir de la rentrée politique du PS ?

GAUCHE Pour la grand-messe du PS à Blois, son patron Olivier Faure a prêché pour le rassemblement des formations de gauche et écologistes

Laure Cometti

— 

Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste, à Blois, le 29 août 2020.
Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste, à Blois, le 29 août 2020. — ISA HARSIN/SIPA
  • Le Parti socialiste a tenu son université d’été à Blois, rassemblant 2.500 participants de vendredi à dimanche, selon la direction.
  • C’était l’occasion pour Olivier Faure, premier secrétaire, de renouveler ses vœux d’une candidature unique pour la gauche et les écolos à la présidentielle de 2022, alors que Yannick Jadot (EELV), Clémentine Autain (LFI) et des cadres du PCF étaient invités.
  • Mais ce rassemblement a été parasité par les déclarations de François Hollande, qui a écorné la stratégie d’Olivier Faure.

Les rentrées sont toujours pleines de bonnes résolutions. Le Parti socialiste, requinqué par de bonnes surprises aux élections municipales, espère confirmer la dynamique aux prochains scrutins et, peut-être, sortir enfin de sa traversée du désert. Si l’université d’été de Blois a rassemblé 2.500 personnes ce week-end, selon la direction, elle a aussi montré que le chemin reste long jusqu’à la présidentielle de 2022. Les divisions internes entre différentes générations et les difficultés de construire une alliance avec Les Verts sont les principaux défis pour la direction du parti à la rose.

Exit les « calculs médiocres » et les « stratégies individuelles » ?

« Nous n’avons plus le temps […] pour les calculs médiocres [et] les stratégies individuelles », a sermonné Olivier Faure, samedi devant les militants, lors de ce « rendez-vous de la gauche d’après ». S’appuyant sur le succès des listes de coalition de gauche aux dernières municipales, le patron du PS veut convaincre de réitérer l’expérience aux élections régionales et départementales en mars 2021, puis à la présidentielle. Si Olivier Faure a plaidé à Blois pour un rassemblement allant des communistes aux écolos en passant par les insoumis, l’affaire s’annonce « compliquée », de l’aveu de cadres socialistes. « Il n’y aura pas de candidat commun avec la France insoumise, ni le PCF, on le sait bien », souffle Jean-Christophe Cambadélis, ancien premier secrétaire du parti, interrogé par 20 Minutes.

Les communistes organisaient leur université d’été en même temps que le PS, à Malo-les-Bains (Nord). A cette occasion, leur secrétaire national Fabien Roussel a prévenu les formations de gauche : « Si [elles] pensent que comme en 2017 et 2012, le Parti communiste ne présentera pas de candidat, je dis à tout le monde : vous vous trompez. »

Il ne reste guère que les écolos avec qui le PS pourrait se rassembler en 2022. Le député européen Yannick Jadot et le maire de Grenoble Eric Piolle étaient d’ailleurs conviés à Blois, pour une tentative de séduction. Mais « Les Verts veulent acter le fait qu’ils sont passés devant le PS et montrer qu’ils sont la force montante », souligne Jean-Christophe Cambadélis. « C’est le haka avant le match, comme au rugby, chaque parti plaide pour l’unité en espérant qu’elle débouche sur lui », observe-t-il.

« Boomers » versus « jeunes scouts »

La stratégie d’Olivier Faure, qui avait dit en juin dernier être « prêt à [se] ranger derrière celui qui incarnera le bloc social-écologiste », a en outre été malmenée par des « éléphants » du PS, et ce jusqu’à l’ancien président. « Le Parti socialiste a le devoir de jouer [le] rôle de la grande force centrale à gauche », a déclaré François Hollande au quotidien  Ouest-France samedi. L’un de ses proches, l’ancien ministre Stéphane Le Foll, s’est exprimé le même jour dans  Le Journal du dimanche pour affirmer que « le PS ne doit pas s’effacer au profit des Verts ».

Cette offensive a fait grincer des dents la nouvelle garde socialiste. « Je pense qu’ils sont aigris, l’un comme l’autre, et que l’aigreur est la plus mauvaise des conseillères », lâche Pierre Jouvet, porte-parole du PS, regrettant auprès de 20 Minutes des « critiques, mais sans ligne claire ». « Pendant cinq ans, j’ai entendu François Hollande se plaindre des frondeurs. Il sait très bien que nous nous réunissons en ce moment, et il cherche à polluer cet événement par sa prise de position », a regretté Olivier Faure, interrogé par France 3. « Il faut que les boomers et les jeunes scouts travaillent ensemble », espère doctement Jean-Christophe Cambadélis.

En attendant, Olivier Faure veut lancer « dans les prochaines semaines » la construction d’un « projet dont notre pays a besoin face aux crises économique, sociale, écologique, démocratique et sanitaire, qui sont aujourd’hui notre quotidien », espérant rassembler la gauche et les écolos sur des idées. « Avec Les Verts, nous avons quelques débats et différences sur les questions de République et de sécurité, mais aucune divergence insurmontable de nature à empêcher un rassemblement », insiste Pierre Jouvet. « Ce qui peut bloquer, ce sont les égos ».