Castaner chahuté, micros désinfectés et plan de relance… L’Assemblée aussi a fait sa rentrée

REPORTAGE Après les vacances parlementaires, les députés ont repris leurs travaux ce mardi

Laure Cometti

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Jean Castex à l'Assemblée, le 15 septembre 2020.
Jean Castex à l'Assemblée, le 15 septembre 2020. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • L’Assemblée a repris ses travaux ce mardi. Cette rentrée a commencé par une séance de questions au gouvernement électrique.
  • L’exécutif est sous le feu des critiques de l’opposition pour sa gestion de la crise sanitaire, dans un contexte de reprise de l’épidémie.
  • Le plan de relance est aussi attaqué par les députés de gauche et de droite, mais le gouvernement s’attache à en faire le service après-vente.

Certains visages sont plus bronzés, plus reposés, d’autres ont les traits déjà tirés, mais on n’en voit pas grand-chose, port du masque oblige. Les députés étaient de retour dans l’Hémicycle ce mardi, après un mois de suspension des séances publiques. Avant d’examiner quatre textes, dont la réforme de la recherche et celle du CESE, les parlementaires se sont livrés à la traditionnelle séance de questions au gouvernement.

L’occasion, pour la majorité, de faire le service après-vente de ses mesures sanitaires anti-coronavirus et de son plan de relance économique, face à une opposition très remontée.

Le retour (difficile) de Castaner

A 15h, l’Hémicycle est presque rempli : plus de distanciation ni de quotas sur les bancs de l' Assemblée, comme en juin. Mais les micros sont soigneusement désinfectés entre chaque prise de parole. Sous la tapisserie de l’école d’Athènes, qui s’est refait une beauté pendant l’été, les députés semblent aussi dissipés qu’une classe de quatrième le jour de la rentrée. Et ce n’est pas l’intervention de Christophe Castaner qui va atténuer le brouhaha.

L’ancien ministre de l’Intérieur, sorti du gouvernement à la faveur du remaniement en juillet, est retourné sur les bancs du Palais-Bourbon, comme député des Alpes-de-Haute-Provence. Il y a une semaine, il a été élu, à 25 voix près, président du groupe La République en marche. Dès qu’il prend la parole pour interroger le Premier ministre sur le plan de relance, les cris fusent, des bancs de la droite et de la gauche (mais avec les masques, difficile de savoir qui hue l’ancien locataire de Beauvau). Impassible, « Casta » poursuit, inaudible.

Nettoyage des micros à l'Assemblée, le 15 septembre 2020.
Nettoyage des micros à l'Assemblée, le 15 septembre 2020. - NICOLAS MESSYASZ/SIPA

L’opposition préoccupée par la gestion de l’épidémie

La stratégie du gouvernement en matière sanitaire est très rapidement sous le feu des critiques. Le député socialiste Alain David dénonce « l’incohérence entre le ton » [de l’exécutif] et « la réalité des chiffres » des contaminations, mais aussi l'« absence d’anticipation » et le « manque manifeste de coordination » entre les annonces gouvernementales et les mesures prises à l’échelle locale, en Gironde ou dans les Bouches-du-Rhône notamment. « L’Etat, aujourd’hui, c’est pas forcément un Etat qui décide tout depuis Paris ! », riposte Jean Castex, applaudi par les marcheurs, et cette fois la droite, sensible au thème de la décentralisation.

Chez Les Républicains, l’angle d’attaque sur le Covid-19 est davantage économique. Le député LR Eric Woerth accuse la majorité d’être « restée au milieu du gué concernant les réformes » et d’avoir élaboré « un plan de relance ultra-centralisé ». Côté gouvernement, la réponse se veut optimiste. « Les derniers chiffres de la Banque de France montrent que la récession en 2020 sera moins forte que prévu et que la France est dans la bonne voie », affirme le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui évoque des « motifs d’espoir », en louant le plan de relance.

Le gouvernement a mis « le paquet » sur la relance, renchérit Jean Castex. Interrogé par le député Libertés et Territoires Paul Molac, le Premier ministre en profite pour annoncer une nouvelle mesure pour l’économie, avec 30 millions d’euros débloqués pour « sauvegarder » les compagnies de ferries, dont la moitié pour Brittany Ferries.

Attaques sur la gestion de la rentrée scolaire

Questionné sur les délais pour se faire dépister du Covid-19, ou la prise en charge des malades ayant des symptômes persistants, le ministre de la Santé, Olivier Véran, ne semble pas convaincre son auditoire. Mais c’est la question de la rentrée scolaire qui fait monter la tension en fin de séance. « C’est la deuxième rentrée sous Covid, vous aviez le temps de l’organiser, que se passe-t-il ? » lance le député insoumis de l’Ariège Michel Larive à Jean-Michel Blanquer, chahuté par l’opposition. « La rentrée s’est mal passée, partout, des élèves sont perdus de vue, notamment en Seine-Saint-Denis », poursuit l’élu, alors que les fermetures de classes et d’établissements s’enchaînent depuis la reprise des cours.

En réponse, le ministre de l’Education attaque le patron des Insoumis, accusant Jean-Luc Mélenchon, qui avait déclaré en avril qu’il n’enverrait pas son enfant à l’école le 11 mai, de desservir les « enfants les plus défavorisés ». « Nous avons fait la rentrée la plus normale possible dans des circonstances que chacun reconnaît comme particulièrement compliquées », enfonce le ministre, sous les huées de la gauche.

Après cette première séance électrique, l’Hémicycle s’est presque vidé, et les députés ont enchaîné avec l’examen d’une proposition de loi de la majorité sur les « territoires zéro chômeur de longue durée ». Avant de s’atteler bientôt au marathon budgétaire.