Attentat à Conflans : Jean Castex souhaite « renouveler » l’Observatoire de la laïcité

REMANIEMENT Cette structure, rattachée à Matignon, est régulièrement mise en cause par les défenseurs d'une laïcité stricte, dont Manuel Valls

Thibaut Le Gal

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Ce jeudi, le gouvernement, autour de Jean Castex, a précisé comment les nouvelles contraintes annoncé par Emmanuel Macron seront mises en place.
Ce jeudi, le gouvernement, autour de Jean Castex, a précisé comment les nouvelles contraintes annoncé par Emmanuel Macron seront mises en place. — Jacques Witt/SIPA
  • Jean Castex a confirmé ce mardi vouloir « renouveler » l’Observatoire de la laïcité.
  • Cet organisme public, rattaché au Premier ministre, est régulièrement attaqué par Manuel Valls et les partisans d’une laïcité stricte.
  • Le président de l’Observatoire, Jean-Louis Bianco, et son rapporteur, Nicolas Cadène, ont toutefois reçu le soutien de plusieurs députés LREM.

Après la décapitation du professeur Samuel Paty dans les Yvelines vendredi, l’exécutif est sur tous les fronts. Dernière cible dans son viseur, L’Observatoire de la laïcité. Cet organisme public, créé en 2007 et composé de parlementaires, experts et hauts fonctionnaires, est rattaché au Premier ministre. Sa mission est d’assister « le gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité en France ». Mais Jean Castex a fait connaître aujourd’hui son intention de « renouveler » l’institution.

« La conviction du Premier ministre est que L’Observatoire de la laïcité doit aujourd’hui évoluer parce que la menace contre la République a radicalement changé », indique-t-on à Matignon. L’instance doit être « davantage en phase avec la stratégie de lutte contre les séparatismes. A l’évidence, cette conception n’est pas partagée par tous et le gouvernement en tirera toutes les conclusions dans les prochains jours », ajoute-t-on.

Un observatoire régulièrement critiqué

Depuis plusieurs années, l’action du président de L’Observatoire, l’ex-ministre PS Jean-Louis Bianco, et de son rapporteur, Nicolas Cadène, est critiquée. Les deux hommes sont régulièrement accusés de « laxisme » envers l’intégrisme religieux et d’une interprétation trop souple de la loi de 1905 par leurs détracteurs, Manuel Valls en tête.

L’ancien Premier ministre a d’ailleurs de nouveau taclé l’organisme public lundi sur Twitter. « Empêché, je n’ai pas réussi à changer l’orientation de L’Observatoire de la laïcité et ses responsables, coupables de tant de renoncements. Je ne cesse d’alerter : les pouvoirs publics ne peuvent pas s’appuyer sur cette institution pour promouvoir la laïcité. Il est temps d’agir. »

Un constat pas forcément partagé par l’ensemble de la majorité. Plusieurs députés La République en marche ont apporté publiquement leur soutien aux dirigeants de l’Observatoire, à l’image de Sacha Houlié. « C’est un dispositif performant, qui propose des mesures travaillées et équilibrées, autour de l’école notamment, et contribue à l’élaboration de projets de loi. Sa mission permet justement de cibler les islamistes et pas les musulmans qui ont une pratique normale du culte, grâce à la bonne connaissance de ses deux responsables. Je comprends que la société soit profondément choquée par l’attentat de vendredi, mais cela ne doit pas nous amener à mettre au grenier tout notre édifice institutionnel », précise le député LREM de la Vienne.

Vers un changement de tête ?

Jean-Louis Bianco et son équipe ont été confirmés par Emmanuel Macron en octobre 2017. Le patron de l’Observatoire ne manquait d'ailleurs pas de saluer la « version apaisée de la laïcité » du chef de l’Etat. Mais les rapports semblent aujourd’hui avoir évolué. Un article du Point évoquait dès lundi la probable éviction du rapporteur général, Nicolas Cadène. « Il semble plus préoccupé par la lutte contre la stigmatisation des musulmans que par la défense de la laïcité. Le fait qu’il s’affiche et discute avec le CCIF* a achevé d’agacer en très haut lieu », expliquait à l’hebdomadaire un proche de la ministre Marlène Schiappa sous couvert d’anonymat.

Le sort des deux hommes est-il déjà scellé ? A Matignon, on estime qu’il « ne s’agit pas simplement d’une question de personnes », en dénonçant au passage « des règlements de compte par voie de presse […] pas appropriés ». L’entourage de Jean Castex précise toutefois que « le Premier ministre recevra dans les tout prochains jours Jean-Louis Bianco, […] dont le mandat arrive à expiration en avril prochain, pour lui faire part de la décision du gouvernement ». Contactés par 20 Minutes, Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène n’ont pas souhaité répondre à nos sollicitations.

* Le 15 novembre 2015, Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène avaient signé une tribune intitulée « Nous sommes unis » dans Libération, aux côtés notamment de Samy Debbah, alors président du Collectif contre l’islamophobie en France.