Coronavirus : Edouard Philippe défend sa gestion de la crise « qui a permis de sauver beaucoup de vies »

EPIDEMIE L’ex-Premier ministre Edouard Philippe était convoqué ce mercredi par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur le coronavirus pour répondre aux questions des députés sur sa gestion de la crise sanitaire

Anissa Boumediene

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Auditionné par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur le coronavirus, Edouard Philippe a défendu sa gestion de la crise sanitaire.
Auditionné par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur le coronavirus, Edouard Philippe a défendu sa gestion de la crise sanitaire. — BERTRAND GUAY / AFP
  • Ce mercredi, Edouard Philippe a répondu aux questions de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur le coronavirus.
  • Les parlementaires l’ont interrogé sur le maintien du premier tour des élections municipales ou encore sur l’incapacité du gouvernement à éviter une pénurie de masques durant la première vague.
  • Durant son audition, l’ex-Premier ministre a défendu sa gestion de la crise sanitaire qui « a permis de sauver beaucoup de vies ».

Que savait-il ? Aurait-il pu prévenir la pénurie de masques ? Et éviter un confinement strict et généralisé ? Alors que l’Hexagone connaît aujourd’hui une deuxième vague de coronavirus, l’ex-Premier ministre Edouard Philippe s’est rendu ce mercredi à l’Assemblée nationale, où il était convoqué pour être auditionné par la commission d’enquête sur le coronavirus.

C’est sous un ciel bleu azur, à pied, masqué et plutôt serein que l’ancien chef du gouvernement s’est rendu au Palais Bourbon. Après avoir prêté serment, levé la main droite et juré de dire toute la vérité et rien que la vérité, Edouard Philippe a répondu à une pluie de questions posées par des députés de tous bords sur sa gestion de la crise sanitaire, depuis les premières informations transmises sur le coronavirus début janvier jusqu’aux semaines qui ont suivi le déconfinement, avant de passer le flambeau à Jean Castex, nommé Premier ministre début juillet.

Au cours de son audition qui aura duré près de deux heures et quarante minutes, si Edouard Philippe a volontiers reconnu « quelques erreurs de communication », notamment sur la nécessité du port du masque en population générale, il a surtout défendu sa gestion de la crise qui a selon lui « permis de sauver beaucoup de vies ».

Fallait-il maintenir le premier tour des élections municipales ?

Des bars et restaurants fermés, mais des millions de Français appelés à aller voter pour le premier tour des élections municipales le 15 mars, soit deux jours seulement avant le début du confinement généralisé : Edouard Philippe a été interrogé sur le facteur de risque de propagation du virus que représentait le maintien de ce scrutin controversé. « On s’est posé la question : “Est-ce que cela a du sens de modifier la date de ces élections municipales ?” Le conseil scientifique à ce moment-là dit – et écrit – qu’aller voter dès lors que les mesures [barrières] ont été prises n’est pas radicalement différent d’aller faire ses courses », s’est-il justifié. Invoquant le fait « qu’il n’y avait pas consensus scientifique ni politique sur la question ».

« Aller voter et maintenir les élections, ce n’est pas une mauvaise chose », a-t-il assuré, avant d’ajouter que « le fait d’aller voter dans une démocratie n’est pas comparable avec le fait d’aller prendre un café ». S’il a reconnu que « la campagne [électorale] était probablement un facteur plus dangereux », parce que « c’est tactile, on serre des mains », pour l’ex-locataire de Matignon, « nous avons pris la bonne décision » en maintenant le premier tour du scrutin. Sinon, « on aurait connu une crise politique majeure ».

Pourquoi la France n’avait-elle pas assez de masques au début de l’épidémie ?

C’est la question qui est revenue à plusieurs reprises au cours de l’audition d’Edouard Philippe. Comment l’Etat a-t-il pu manquer de masques et avoir tant de mal à s’en procurer ? Un rapport de Santé publique France de 2018 pointait pourtant la nécessité de reconstituer le stock stratégique de masques de l’Etat, réduits alors à 117 millions de masques, loin du milliard préconisé par le document. « Je n’avais connaissance d’aucun de ces documents », a assuré l’ex-Premier ministre.

« Quand j’ai posé la question, on m’a dit : “On a 117 millions de masques, on en consomme cinq millions par semaine en milieu hospitalier, on en produit quatre millions en France et on en importe de Chine”. Puis, au lieu de cinq millions, on est passé à 40 millions par semaine, on n’arrivait pas à faire monter la production ni à s’approvisionner parce que la Chine gardait ses masques », a relaté l’ancien chef du gouvernement. Il l’a reconnu, « nous n’avons pas disposé d’autant de masques que ce dont nous avions besoin. A ce moment-là, il fallait les commander, les produire et les acheminer, dans une période de désorganisation du transport aérien, avec le problème des enchères sur le tarmac, s’est-il défendu. Oui, cela a mis du temps à arriver, mais on a pris des mesures, notamment pour faciliter la production de masques grand public normés ».

Edouard Philippe a en outre reconnu « quelques erreurs de communication. J’ai dit à un “13 heures” de TF1 que le port du masque en population générale ne servait à rien. Je l’ai dit avec assurance parce que des médecins me l’ont dit. Aujourd’hui la doctrine a changé, je vois bien le porte-à-faux sur lequel je suis, a-t-il confié. C’est aussi pour cela qu’on a opté pour une communication plus factuelle, avec des chiffres, des courbes ».

L’exécutif a-t-il réagi trop tard ?

« Notre pays a traversé une crise sanitaire majeure qui a emporté à ce jour 34.000 de nos citoyens, a planté Eric Ciotti, rapporteur de la commission d’enquête. Nos concitoyens ont eu le sentiment qu’un temps de retard avait marqué la gestion de cette crise », interrogeant l’ex-Premier ministre sur « une anticipation pas suffisamment importante ». Une question jugée « redoutable » par Edouard Philippe, qui s’est défendu de tout retard dans la gestion par son gouvernement de la crise sanitaire. « Notre capacité de réaction me paraît avoir été rapide », a-t-il répondu, soulignant le manque de connaissances scientifiques sur le coronavirus au début de la crise.

« Je pense que la façon dont nous avons géré la crise a permis de sauver beaucoup de vies. Pas toutes. Mais ce serait bien qu’on se le dise un petit peu », a déclaré l’ancien chef du gouvernement.

Aurait-on pu éviter le confinement strict et généralisé ?

Edouard Philippe l’a rappelé, « l’indicateur pour piloter la prise de décisions, c’était le nombre de places en réanimation. (…) Nous avons été confrontés à une hausse des cas en Bretagne, dans l’Oise et dans le Haut-Rhin ». Face à la forte hausse des cas de contamination, « on a pris des mesures progressives de freinage », comme « la fermeture des écoles, puis des bars », a-t-il relevé. C’est face « à l’explosion » des cas, que le gouvernement a opté pour « le confinement ». Un confinement alors imposé jusque dans les Ehpad. « La décision d’interdire les visites, on l’a prise la mort dans l’âme, on a tous des proches dans des Ehpad, c’est affreux », a-t-il convenu, conscient du «  risque de glissement ». Mais « pouvait-on ne pas la prendre ? Face à la marée qui arrivait ? Je ne crois pas ».

Et même « si nous avions eu beaucoup de masques et de tests, je ne sais pas si on aurait pu éviter le confinement », a déclaré l’ex-Premier ministre aux parlementaires. « Aujourd’hui tout le monde a des masques, mais peut-on dire que l’on arrive à juguler l’épidémie ? Ce n’est pas évident ».