Coronavirus : Attention aux compléments alimentaires qui perturberaient le système immunitaire, prévient l’Anses

RISQUE SANITAIRE Certaines plantes contenues dans les compléments alimentaires peuvent perturber les défenses naturelles de l’organisme

Anissa Boumediene

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L'Anses met en garde contre la consommation de compléments alimentaires contenant des plantes aux propriétés anti-inflammatoires durant l'épidémie de coronavirus.
L'Anses met en garde contre la consommation de compléments alimentaires contenant des plantes aux propriétés anti-inflammatoires durant l'épidémie de coronavirus. — Gundula Vogel / Pixabay
  • L’Anses met en garde contre l’utilisation des compléments alimentaires durant la pandémie de Covid-19.
  • Certains contiennent des plantes qui peuvent altérer la réponse immunitaire de l’organisme.
  • Des plantes ont parfois un effet anti-inflammatoire, dont la consommation est déconseillée par les autorités sanitaires.

Alors que la pandémie de Covid-19 sévit encore en France et partout sur le globe, les adeptes de la phytothérapie pourraient être tentés de s’en remettre aux pouvoirs des plantes pour booster leurs défenses immunitaires. Mais  l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) le déconseille vivement et alerte sur les dangers des compléments alimentaires en pleine épidémie de coronavirus. Certains contiendraient des plantes susceptibles de perturber le système immunitaire et la réponse de l’organisme en cas d’infection au coronavirus.

Des plantes aux propriétés anti-inflammatoires en vente libre

Premier ingrédient naturel de la pharmacopée, les plantes ne sont pas à consommer sans modération. Certains compléments alimentaires contiennent ainsi des plantes possédant des propriétés anti-inflammatoires susceptibles d’agir comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Inquiète du risque sanitaire lié au Covid-19, l’Anses s’est autosaisie « sur les risques liés à la consommation des compléments alimentaires contenant des plantes pouvant interférer avec la réponse immunitaire et inflammatoire, utile pour lutter contre l’infection par le coronavirus SARS-CoV-2 ». L’agence sanitaire a ainsi constitué un groupe d’expertise collective d’urgence qui a passé en revue les données scientifiques les plus récentes « sur les mécanismes immunomodulateurs et anti-inflammatoires des plantes et leur capacité à perturber la réponse immunitaire lors des infections ».

Et parmi les plantes les plus couramment utilisées dans la composition de compléments alimentaires plébiscités par le grand public et accessibles en vente libre, plusieurs ont été identifiées comme présentant des effets contre-productifs dans la défense de l’organisme contre le coronavirus. Saule, reine des prés, bouleau, peuplier, verge d’or ou encore polygalas sont autant de plantes « contenant des dérivés de l’acide salicylique, analogues de l’aspirine », prévient l’Anses, qui alerte également contre d’autres anti-inflammatoires végétaux, telles que « l’harpagophytum, les échinacées, le curcuma, la griffe du chat [appelée aussi liane du Pérou], les plantes des genres Boswellia et Commiphora [connues pour leurs gommes-oléorésines appelées respectivement « encens » et « myrrhe »] ».

Des compléments alimentaires susceptibles de perturber la réponse immunitaire

Pourquoi s’inquiéter de la présence d’anti-inflammatoires naturels dans les compléments alimentaires ? « Nous nous sommes aperçus qu’un certain nombre de compléments alimentaires contenaient des plantes qui ont des propriétés anti-inflammatoires ou immunomodulatrices, a répondu ce samedi sur Franceinfo le docteur Aymeric Dopter, adjoint au chef de l’unité des risques liés à la nutrition de l’Anses. Ces plantes peuvent interférer avec les défenses naturelles. C’est vrai en temps normal mais c’est plus particulièrement vrai en période d’épidémie ». Ainsi, depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en France, plusieurs médecins ont alerté les autorités sanitaires sur le cas de jeunes patients infectés et dont l’état s’est aggravé après avoir pris de l’ibuprofène pour faire baisser leur fièvre.

Un constat rapidement relayé par les autorités sanitaires. « Les anti-inflammatoires non stéroïdiens ont la réputation de favoriser ou d’aggraver certaines infections, rappelle l’Académie nationale de médecine. Dans le traitement de la fièvre due au Covid-19, leur emploi est formellement déconseillé, au profit du paracétamol qui est aussi efficace et n’interagit pas avec les phénomènes infectieux ». Et dans les services de réanimation, il n’est d’ailleurs pas question d’y recourir. « Le Covid-19 agresse les poumons, les reins et les autres organes, et ce phénomène va générer une réponse inflammatoire de l’organisme, décrit le professeur Azoulay, chef du service de réanimation à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Pour lutter contre cela, nous administrons aux patients d’autres types d’anti-inflammatoires, surtout pas des AINS ».

Une consommation à limiter aux cas strictement nécessaires

L’effet aggravant du phénomène infectieux provoqué par les AINS a été mis au jour avant même le début de l’épidémie de Covid-19, et a mené à une mise en garde de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), qui prescrit une consommation aux cas strictement nécessaires. Ainsi, depuis le 15 janvier dernier, les AINS ne sont plus en vente libre dans les pharmacies. Une mesure qui ne concernait pas toutefois les compléments alimentaires.

Après ses travaux menés sur les compléments alimentaires, l’Anses recommande aux personnes qui en prennent dans un but préventif de « suspendre immédiatement la consommation de compléments alimentaires contenant ces plantes dès l’apparition des premiers symptômes du Covid-19 ». Et, au même titre que les patients dont l’état de santé nécessite la prise de médicaments anti-inflammatoires, l’agence sanitaire préconise aux personnes consommant ces compléments alimentaires « dans le contexte de pathologies inflammatoires chroniques de discuter impérativement avec leur médecin de la pertinence de poursuivre ou non leur consommation ».

Dans tous les cas, comme le rappelle le gouvernement, «  l’auto-médication par anti-inflammatoires doit être proscrite ».

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