Coronavirus : A Paris, patience et inquiétude pour faire un test sans rendez-vous au labo

REPORTAGE Ce vendredi, dans les files d’attente de deux laboratoires qui proposent à Paris de réaliser un test PCR sans rendez-vous, la patience et les gestes barrières étaient de mise

Oihana Gabriel

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Place Eboué, dans le 12e, un laboratoire accueille les Parisiens qui souhaitent faire un test PCR sans ordonnance et sans rendez-vous.
Place Eboué, dans le 12e, un laboratoire accueille les Parisiens qui souhaitent faire un test PCR sans ordonnance et sans rendez-vous. — O. Gabriel / 20 Minutes
  • Depuis plusieurs semaines, l’attente est longue devant les quelques laboratoires parisiens qui proposent un dépistage du coronavirus sans ordonnance et sans rendez-vous.
  • Avec l’ambition du gouvernement de passer à 1 million de tests PCR par semaine et le nombre de cas qui augmentent rapidement dans la capitale, ces centres risquent de devoir gérer une demande encore plus massive.
  • Ce vendredi, devant deux laboratoires qui reçoivent sans rendez-vous, les Parisiens attendaient leur tour dans le calme et le respect des gestes barrières. Sans cacher leurs inquiétudes et leurs interrogations face à un dépistage pas toujours très bien organisé.

« Il doit y avoir des files d’attente dans la France entière », soupire Imad, 12 ans. Venu avec sa mère et sa grande sœur, ce collégien attend debout depuis plus d’une heure dans la longue file formée devant le centre d’analyse Biogroup LCD, place Félix Eboué (12e), ce vendredi 28 août.

Certains se sont armés de romans, d’autres d’ordinateurs, de leur casque pour écouter de la musique, tous de leur masque. Et surtout de patience. Car dès 10h, devant le laboratoire, 65 personnes patientent pour réaliser un test PCR au coronavirus sans ordonnance. Gros avantage, ce laboratoire est un des rares dans la capitale à accueillir celles et ceux qui souhaitent réaliser un prélèvement sans rendez-vous.

« Je m’attendais à cette queue, mais pas à avoir avancé si peu en une heure ! »

Roberte, 52 ans, avait prévu le coup. Arrivée dès 8h, elle patiente, sa capuche sur la tête, frigorifiée. Il faut dire que le coup de froid, 18 °C ce matin, ne fait pas les affaires des Parisiens qui espèrent se faire dépister. « Il me manque les gants ! », regrette-t-elle en montrant ses mains gelées. Mais elle n’a plus que deux personnes devant elle pour atteindre le Graal : un écouvillon dans le nez et l’espoir d’obtenir les résultats de son test d’ici à trois jours. « Sinon, je ne peux pas partir en Martinique », se désole-t-elle. Loin derrière, Agathe, 26 ans, doit se rendre en Allemagne lundi. « Je m’attendais à cette queue, mais pas à avoir avancé si peu en une heure ! », admet-elle.

A un mètre les uns des autres, tous ont à la main un questionnaire, distribué par les agents du laboratoire, afin de gagner du temps. Deux queues distinctes longent la place Eboué. « Ici, c’est sans symptôme et si vous n’êtes pas cas contact », explique un agent de sécurité en montrant la file de droite. « Sans carte Vitale ? », interroge une femme qui n’a pas bien entendu. « Moi j’ai des symptômes, des cas contacts et pas de carte Vitale, la totale ! », ironise une jeune femme. Mais l’agent a à peine le temps de répondre et part demander à la fin de la file de bien respecter la distanciation sociale.

Avec calme et dérision, Cécile, 64 ans, attend son tour patiemment. « J’habite à côté et depuis juillet, c’est un défilé ici. Je suis retraitée, donc je ne suis pas pressée, mais j’ai juste envie de faire pipi… » Pourquoi souhaite-t-elle se faire tester ? « J’ai des petits-enfants, je ne veux pas être une tueuse ! Alors j’ai fait le test sur le doigt, maintenant, je fais le nez. »

Dans la file de gauche, Christophe, 45 ans, costume et barbe, a été en contact avec une collègue positive. « Je savais que j’allais consacrer ma matinée à faire ce test, alors j’ai pris des livres, pour varier les plaisirs », s’amuse-t-il. Il a bien tenté de prendre rendez-vous, « mais il fallait attendre le 2 septembre. Alors qu’on nous demande d’aller très vite pour prévenir notre entourage… » Pour Clara, 29 ans, à quelques enjambées, l’inquiétude, c’est surtout de ne pas infecter ses collègues et enfants dans la crèche où elle travaille. L’un de ses colocataires a été testé positif, alors « il faut absolument que j’aie le résultat samedi pour savoir si je vais travailler lundi », explique la jeune brune aux cheveux tressés et au regard souriant. Son questionnaire à la main, elle explique : « je n’ai pas de stylo, mais je ne peux pas demander aux gens de m’en prêter un », gestes barrières oblige.

« J’ai peur de contaminer les autres »

Au centre d'analyse rue Lafayette, la queue est longue et avance lentement pour faire un test PCR sans rendez-vous.
Au centre d'analyse rue Lafayette, la queue est longue et avance lentement pour faire un test PCR sans rendez-vous. - O. Gabriel / 20 Minutes

Même longue attente devant le centre d’analyse Cerballiance du 75 rue Lafayette (9e), un autre laboratoire qui accepte les Parisiens sans rendez-vous. A 11h30, une quarantaine de personnes patientent à un mètre de distance, échangeant parfois quelques mots. Surya, 30 ans, espère passer avant midi. Il est venu parce qu’un de ses collègues est infecté. « J’ai une petite liste de gens à prévenir si mon test est positif », explique le jeune homme. Juste derrière lui, Lucie, 22 ans, casque sur les oreilles et teint pâle, est venue parce qu’elle souffre de fièvre et de maux de tête. « Je suis fatiguée et j’ai peur de contaminer les autres. J’imagine qu’on est nombreux dans ce cas… Mais c’était le seul moyen. J’ai appelé cinq laboratoires et il fallait attendre le 7 septembre pour obtenir un rendez-vous. Je pensais que quand on avait des symptômes, on passait devant ceux qui doivent prendre l’avion. »

Marie-Noëlle, son roman à la main, regrette également que le dépistage ne soit pas mieux organisé. « Naïvement, je me suis pointée dans plusieurs laboratoires de mon quartier et tous m’ont dit qu’ils ne prenaient que sur rendez-vous. » Elle doit subir une intervention chirurgicale mardi. « Il me faut le résultat avant, or ils disent qu’on l’aura entre 24 et 96 heures… Visiblement, à Paris, il n’y a que trois ou quatre lieux où l’on peut être dépisté sans rendez-vous, alors qu’il en faudrait un ou deux par arrondissement », suggère-t-elle.

Manque de moyens

Et les choses risquent de ne pas s’améliorer : contagions en hausse en Ile-de-France, retour à l’école, au bureau et donc dans les transports publics. « Quand on voit cette attente alors qu’on est qu’au début d’une reprise de l’épidémie, ça paraît compliqué de réaliser 1 million de tests par semaine. », s’inquiète Christophe. « S’il faut passer à un million de tests, il va falloir se lever très très tôt », plaisante le jeune Imad. « Ou alors ouvrir plus de lieux pour se faire tester sans rendez-vous, embaucher plus de personnels », lui souffle sa mère. « C’est trop long, ils auraient pu prendre des étudiants en médecine et les former, s’agace Cécile. Il n’y a pas besoin de faire Polytechnique pour enfoncer un goupillon dans le nez, tout de même ! C’est dommage parce que les jeunes ont beaucoup aidé dans les hôpitaux pendant le pic épidémique. »

Du son côté, le Syndicat national des biologistes rappelle que de nouveaux profils ont pu prêter main-forte pour le prélèvement depuis août (voir encadré). Mais  passer de 700.000 tests par semaine à un million relève de la gageure. « Cela ne se fera sans doute pas dès la semaine prochaine, mais d’ici à deux ou trois semaines », avoue Richard Fabre, membre du syndicat et président de l’Union des biologistes d’Occitanie. Car pour lui, ces queues devant les laboratoires sont à relativiser. « Les gens attendent à l’extérieur car on ne peut plus les accueillir dans les salles d’attente », rappelle-t-il. Mais il avoue que la tension pèse surtout sur le délai d’obtention du résultat. « Les délais moyens se rallongent. En Occitanie, il y a quinze jours, les 24 heures on les tenait. Puis on est passé à 48 heures. Et aujourd’hui, on est à plus de 72. »

Pourquoi cet engorgement ? « On a embauché de nouveaux personnels, ça a considérablement fait sauter les bouchons des prélèvements. Mais ça a transposé le problème au plateau technique, qui analyse ces tests. Il faut plus de moyens humains, mais aussi de machines. » Voilà pourquoi les laboratoires privés estiment judicieux de prioriser ces prélèvements. A partir de la semaine prochaine, les ARS devraient donc recommander aux Français de se faire dépister uniquement quand ils ont une urgence (symptômes, cas contact, hospitalisation….) et non plus pour se rassurer.

Trois mesures pour améliorer le dépistage en Ile-de-France

L’Agence régionale de santé Ile-de-France a ouvert le prélèvement aux techniciens de laboratoire, secouristes et pompiers, et depuis le 10 août aux étudiants en BTS, DUT, licence, master.

Depuis le 17 août, un nouveau dispositif est censé aider les patients à trouver un rendez-vous rapidement : une plateforme informe le médecin, qui appelle et oriente le patient vers un laboratoire pouvant réaliser le prélèvement dans le délai imparti. Depuis le 17 août, 430 dossiers ont été traités par cette plateforme et en moyenne, le délai est de 3h30.

Pour fluidifier encore les choses, l’ARS a prévu de mettre en place d’ici à la fin août un observatoire de l’accès aux tests « pour objectiver des difficultés locales, repérer les vraies situations de blocage et leurs causes ».