Le confinement fait-il progresser les connaissances pour les futurs vols habités (et vice-versa) ?

SCIENCES Alors que des études sont régulièrement menées sur les conséquences du confinement sur les astronautes, celui vécu actuellement par des millions de personnes est scruté de près par les scientifiques du domaine spatial

Béatrice Colin

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L'astronaute Thomas Pesquet lors de son séjour à bord de l International Space Station, (ISS).
L'astronaute Thomas Pesquet lors de son séjour à bord de l International Space Station, (ISS). — PESQUET/ESA/NASA/SIPA
  • Depuis le 17 mars des millions de Français sont confinés chez eux.
  • A Toulouse, au sein du campus de l’Isae-Supaero, l’école de Thomas Pesquet, 80 étudiants confinés participent à une expérimentation.
  • Ce confinement mondial peut apporter des connaissances pour les vols habités futurs.

Depuis neuf jours, comme des millions de personnes en France, Tom Lawson est confiné dans sa chambre de 15 m2, sur le campus toulousain de l'Isae-Supaéro, l’école d’ingénieurs aérospatiale. A une nuance près. Avec 79 autres étudiants de diverses nationalités, il met à profit cette période particulière pour participer à une grande expérience scientifique sur le confinement baptisée Teleop. Et dont les résultats doivent servir à terme sur un autre confinement, voulu celui-là, et qui a lieu à 400 km au-dessus de nos têtes, à bord de la station spatiale internationale.

« Le but est de voir comment évoluent les performances des gens lorsqu’ils sont confinés. A chaque fois que nous sortons, que nous avons un contact humain, nous le notons. Nous remplissons aussi un questionnaire psychologique et nous faisons des tests pour évaluer notre temps de réaction », détaille le jeune étudiant originaire d’Australie.

Baisse de motivation

Une expérience en mode astronaute qui vient s’ajouter à leurs études classiques. Mais après neuf jours de confinement, Tom avoue qu’il connaît une baisse de motivation. « Ce n’est pas qu’au niveau du travail, c’est aussi au niveau émotionnel ou même au niveau de l’envie de sortir. La concentration a aussi baissé », reconnaît l’étudiant de Master 1.

Et rien de plus normal si on en croit Stéphanie Lizy-Destrez, son enseignante. « Sur une campagne, quelle que soit la durée, il y a toujours trois phases. La première, celle du début, est nouvelle et se fait toujours avec beaucoup d’entrain. Avec la deuxième, on s’aperçoit que les gens n’ont plus envie de rien, plus envie d’être confinés, ils ne supportent plus les autres, ils n’ont plus envie de faire du sport. Et puis il y a la troisième phase, celle de la perspective de la sortie où la motivation revient. On était parti sur l’idée d’un confinement de trois semaines, donc c’est logique de voir une baisse », relève la responsable scientifique du projet Teleop.

Ce n’est pas la première fois que cette expérimentation a lieu. Elle avait déjà été mise en place lors de simulation de vie sur Mars aux Etats-Unis et devait être déployée dans la partie Russe de la Station Spatiale Internationale en 2020.

Elle fait aussi écho à Mars 500, une expérience menée entre juin 2010 et novembre 2011, durant laquelle le Français Romain Charles et cinq autres personnes avaient été confinés durant 520 jours.

« Dans une journée, on passe 8 h à mener des expériences, 8 h à dormir et nous avons 8 h de temps libre. Il faut donc être créatif pour s’occuper. Pour Mars 500, nous avions tous des activités personnelles, moi je voulais améliorer mon russe, je faisais aussi de la guitare et puis j’ai passé du temps à écrire aussi », expliquait-il à 20 Minutes en novembre dernier alors qu’un recrutement pour une nouvelle expérience de simulation de vols lunaires était lancé.

Expérience à l’échelle globale

Celui qui travaille aujourd’hui à l’Agence spatiale européenne et joue le rôle de « baby-sitter » des astronautes sait qu’il est nécessaire de faire preuve de créativité lorsqu’on est obligé de rester isolé physiquement. Et de se fixer des objectifs. « Pour mieux vivre leur confinement, les astronautes ont des boosters. C’est par exemple les sorties extra-véhiculaires. Il faut aussi pouvoir s’isoler et conserver un jardin privé si on a des colocataires, avoir une journée très organisée et se garder un temps de loisirs », préconise Stéphanie Lizy-Destrez.

Reste dans le cadre des vols spatiaux et des expériences telle que Mars 500, les gens fixés sur leur sort. Là, ce confinement à l’échelle mondiale a une grosse inconnue : sa durée. « Cela n’a pas été choisi et est vécu comme une épreuve, avec un impact sur le moral. Ne pas savoir quand cela finira est un paramètre qui nous intéresse et qui pourra nous amener à faire des préconisations suite à cet épisode », indique la chercheuse qui ne s’attendait pas à voir son sujet d’études mené à un niveau aussi global.