Le vaste plan de rénovation des commissariats présenté par Gérard Collomb est-il à la hauteur de la situation?

SECURITE Au total, 76 opérations concernants des commissariats ou des casernes de gendarmerie seront lancées sur les trois prochaines années…

Thibaut Chevillard

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Gerard Collomb visite le commissariat de police du 14e arrondissement de Paris
Gerard Collomb visite le commissariat de police du 14e arrondissement de Paris — CHAMUSSY/SIPA
  • Gérard Collomb a présenté mercredi un vaste plan de rénovation et de construction de commissariats et de caserne de gendarmerie.
  • L’état de vétusté des bâtiments existants est souvent dénoncé par les syndicats ou des associations.

Toilettes qui débordent, vitres cassées… En août dernier, l’UPNI (Union des Policiers Nationaux Indépendants) avait invité les agents à prendre des photos de leurs commissariats, afin « de mettre en avant les tristes conditions dans lesquelles ils travaillent ». Le collectif, qui réunit depuis le mois de janvier 2017 plusieurs associations de policiers mécontents, avait reçu plus de 700 clichés pris dans toute la France. Des photos, compilées dans un album, que le collectif avait ensuite envoyé au ministre de l’Intérieur.

Toilettes qui débordent, matériels obsolètes, voitures vieillissantes... Les policiers dénoncent leurs conditions de travail

Bien conscient que « les commissariats, les casernes, dans lesquels évoluent nos forces ne sont pas à la hauteur de leur engagement », Gérard Collomb a présenté mercredi un « programme immobilier de grande ampleur » sur lequel planchent les services de la place Beauvau « depuis le début du quinquennat ». « 76 nouvelles opérations seront lancées sur les trois prochaines années : 29 pour la police, 47 pour la gendarmerie », a-t-il déclaré lors d’une visite au commissariat du XIVe arrondissement de Paris.

Le commissariat de Guyancourt dans les Yvelines
Le commissariat de Guyancourt dans les Yvelines - UPNI

Un budget de 196 millions pour la police nationale

Parmi les 29 concernant la police nationale, 17 constructions neuves - dont trois stands de tir - et 12 projets de rénovation ou d’extension. Un nouvel hôtel de police, commun avec la police municipale, sortira de terre à Nice tandis que de nouveaux commissariats seront bâtis à Amiens, à Saint-Etienne ou à Annecy. Celui du XIVe arrondissement de Paris, construits en 1973, sera rénové. Gérard Collomb précise que 196 millions d’euros seront consacrés chaque année au financement de ces opérations.

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La part du budget consacré à la maintenance du parc immobilier augmentera entre 2018 et 2020 pour atteindre 50 millions d’euros. L’objectif est de prévenir sa dégradation à moyen et long terme. Il s’agira notamment de mettre en conformité les stands de tir au regard de la réglementation en matière d’hygiène et de sécurité, de rénover les laboratoires de police techniques et scientifiques, les écoles de polices et les cantonnements de CRS, dont l’état est souvent dénoncé par les syndicats de policiers.

Et le commissariat de Coulommiers ?

« C’est la première fois qu’il y a un plan aussi développé en matière de rénovation du parc immobilier », salue Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police-CFDT. Néanmoins, il aurait préféré qu’un audit « de tous les commissariats soit effectué afin de déterminer là où les besoins sont les plus criants et de prioriser les choix ». Il estime également qu’il aurait été nécessaire de lancer ce plan, non pas sur trois ans, mais sur cinq, voir dix ans. Denis Jacob regrette également que le commissariat de Coulommiers, qui avait été élu le plus délabré de France, ne soit pas dans la liste de ceux qui seront rénovés.

Le commissariat de Coulommiers en Seine-Et-Marne
Le commissariat de Coulommiers en Seine-Et-Marne - UPNI

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Concernant la gendarmerie, 101 millions d’euros seront consacrés en 2018 aux opérations de rénovation et de maintenance des casernes, qu’il s’agisse des locaux de service ou des logements. Un montant qui sera porté à 105 millions d’euros pour les années 2019 et 2020. « On ne peut que se réjouir de cette décision. Les années précédentes, ce budget était d’environ 70 millions. Donc ça va dans le bon sens », explique à 20 Minutes Frédéric Le Louette, président de l’association professionnelle nationale de militaires GendXXI.

« Porter l’accent sur la sécurisation des casernes »

En outre, le ministère de l’Intérieur a décidé « de porter l’accent sur la sécurisation des casernes, avec une enveloppe de 15 millions d’euros par an », a souligné Gérard Collomb. En effet, plusieurs casernes avaient été prises pour cible l’an passé. En octobre dernier, un incendie criminel avait ravagé les véhicules personnels des militaires de la brigade de Meylan (Isère). Frédéric Le Louette estime qu’il s’agit d’un « effort budgétaire important », même s’il reste insuffisant au regard du grand nombre de casernes réparties sur le territoire. « Mais ce budget a été multiplié par trois par rapport à l’année dernière, c’est important. »

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« Nous n’avons pas oublié les petites réparations et petits travaux du quotidien pour lesquels nous avons décidé de déconcentrer les crédits afin que les décisions soient prises au plus près du terrain », a également indiqué l’hôte de la place Beauvau. Ces budgets seront gérés par les chefs de services régionaux et départementaux. 45 millions seront alloués à la sécurité publique contre 19 millions en 2016. Dans la gendarmerie nationale, une expérimentation de la déconcentration des crédits sera menée en 2018 dans la zone Est. Cette dernière disposera ainsi d’une enveloppe de 950.000 euros pour assurer des dépenses de maintenance courante.