Coronavirus : Donald Trump dit-il vrai en évoquant la fin de l'épidémie au printemps ?

FAKE OFF Donald Trump a affirmé que le coronavirus pourrait disparaître en avril, à la faveur du retour des températures printanières 

Alexis Orsini

— 

Donald Trump en meeting dans le New Hampshire, le 10 février 2020 (illustration).
Donald Trump en meeting dans le New Hampshire, le 10 février 2020 (illustration). — Evan Vucci/AP/SIPA
  • Le meilleur remède contre le nouveau coronavirus (ou « Covid 19 ») tiendrait-il simplement au retour des températures printanières ?
  • Ce scénario a été évoqué à plusieurs reprises par Donald Trump ces derniers jours.
  • Une affirmation prématurée à ce stade, selon plusieurs spécialistes interrogés par 20 Minutes, mais plausible. 

Et si l’épidémie de nouveau coronavirus, qui a, à ce stade, fait plus de 1.000 morts et infecté 42.000 personnes, disparaissait tout simplement au début du printemps, avec le retour des beaux jours ?

Tel est en tout cas le scénario avancé par Donald Trump, lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, ce lundi. « J’ai longuement discuté avec le président [chinois] Xi [Jinping] il y a deux jours, et il est très confiant. […] Il pense que d’ici avril, ou au cours du mois d’avril, la chaleur, généralement, élimine ce genre de virus. Ce serait une bonne chose », a déclaré le président américain, en évoquant ce virus désormais officiellement connu sous le nom de « Covid 19 ».

Il répétait ainsi une affirmation déjà avancée le 8 février dans un tweet : « Je viens d’avoir une longue conversation productive avec le président Xi de Chine […] Il a le sentiment que [la Chine] progresse bien [dans sa lutte contre le coronavirus], rien n’est facile mais il va y arriver, notamment grâce au retour de températures plus chaudes, en espérant qu’elles affaiblissent le virus puis le fassent disparaître. »

FAKE OFF

Un « pronostic » accueilli avec beaucoup de réserve par plusieurs scientifiques. Pour Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses et directeur de l’IHU Méditerranée Infection, basé à Marseille, les remarques de Donald Trump soulèvent une « réflexion intelligente » : « Presque tous les virus respiratoires ont une saisonnalité donc on peut imaginer que c’est le cas du coronavirus. Il est, en tout cas, raisonnable de l’envisager pour une maladie respiratoire ».

Toutfois, selon le spécialiste, « la saisonnalité est un phénomène complexe que personne ne comprend. A titre d’exemple, les parvovirus, qui sont proches de la grippe, sont, pour certains, plus fréquents en automne et, pour d’autres, plus présents en hiver dans les pays tempérés. Le Sras, lui, s’est arrêté d’un coup à l’été [en juillet 2003] et pour le H1N1, j’étais extrêmement attentif, au début, car l’épidémie a commencé au printemps [2009] et culminé en octobre, ce qui n’arrive jamais avec la grippe. Dès l’arrivée du froid, le 25 décembre, il n’y a plus eu de cas, alors qu’on s’attendait à quelque chose d’explosif. On ne sait pas pourquoi, ça reste mystérieux. »

« Il est encore trop tôt pour le dire »

Pour Olivier Schwartz, responsable de l’unité de « virus et immunité » à l’Institut Pasteur, l’affirmation de Trump mérite une nuance importante : « Il n’a probablement pas tort, mais il est encore trop tôt pour le dire. Ce qui est vrai, c’est que les épidémies de virus respiratoire ont plutôt lieu lors des saisons froides, pour tout un ensemble de raisons. »

« Les particules virales sont plus stables à température basse qu’à température chaude : un postillon s’inactive donc plus vite quand il fait chaud plutôt que froid. Lorsqu’elles sont présentes sur des objets ou sur des mains, ces particules sont aussi plus stables, elles ont donc plus de chance d’être transmises. Enfin, la susceptibilité de l’hôte peut varier quand il fait froid, on peut ainsi être plus sensible [au virus]. C’est le mélange de tous ces paramètres qui fait la saisonnalité », poursuit Olivier Schwartz, soulignant qu’« à ce stade, on ne connaît pas assez le nouveau coronavirus et notamment sa stabilité à différentes températures » pour pouvoir s’avancer autant que l’a fait Donald Trump.

Sur son site, l’Institut Pasteur consacre de fait une place spéciale aux « questions en suspens » posées par le nouveau coronavirus, dont celle de sa stabilité : « Le virus peut-il persister dans l’environnement ? Et le cas échéant, pendant combien de temps ? »