Pyrénées : « Une bouffée d’oxygène »… A Superbagnères, on salue la livraison de neige par hélicoptère malgré la polémique

REPORTAGE Le transport de neige par hélicoptère à Superbagnères a déclenché une polémique nationale. Mais dans la station haut-garonnaise, skieurs et commerçants s’en félicitent dans la foulée du maire

Nicolas Stival, à Superbagnères

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Au pied du téléphérique de Luchon-Superbagnères, le 17 février 2020. En haut, la station est sous le brouillard.
Au pied du téléphérique de Luchon-Superbagnères, le 17 février 2020. En haut, la station est sous le brouillard. — Nicolas Stival / 20 Minutes
  • Vendredi et samedi, de la neige a été héliportée depuis le haut de la station de ski pyrénéenne de Superbagnères vers l’espace enfants.
  • Cette opération a déclenché une polémique jusqu’au sommet de l’Etat.
  • Sur place, au cœur d’une saison difficile sur le plan économique, la décision est plutôt saluée.

Au rayon des polémiques du week-end, l’« hélicogate » de Superbagnères n’a pas supplanté l’affaire Griveaux. Mais le transport de neige, vendredi et samedi, depuis le haut du domaine de la station haut-garonnaise, à 2.100 m, jusqu’au plateau qui accueille l’école de ski, à 1850 m, a fait quand même du bruit bien au-delà des Pyrénées. La ministre de la transition écologique Elisabeth Borne a ainsi tweeté sa désapprobation, pour indiquer qu’« enneiger des stations de ski par hélicoptère n’est pas une voie possible ».

Ce lundi, loin du tumulte politico-médiatique, les skieurs de Superbagnères ont bien d’autres soucis en tête. Comme éviter leurs congénères qui dévalent les six pistes ouvertes (sur 28) du domaine, où l’« or blanc » se fait rare, comme dans la plupart du massif. Car un épais brouillard, pire ennemi du montagnard sur planches ex aequo avec la plaque de verglas, s’est invité pour la journée.

Et cette histoire d’hélicoptère alors ? « Bien sûr, il y a l’aspect écologique, mais économiquement, les gens ont besoin de travailler, observe Arnaud, Nantais de 45 ans, qui descend d’un télésiège avec son fils adolescent. Et puis, les familles font souvent des sacrifices pour amener les enfants skier. C’est surprenant, oui, mais il y a des choses bien plus choquantes. »

Les « Piou Piou », trésors de la station

A quelques mètres de là, on distingue à travers le « smog » une dizaine de gamins de quatre ou cinq ans en rangs serrés derrière leur monitrice. La neige véhiculée par les airs était justement destinée à ces « Piou Piou » (en langage ESF, l’Ecole de ski français), qui découvrent la glisse sous les yeux et les smartphones de leurs parents.

Parmi ces spectateurs, Florent, 31 ans, habitué des lieux même s’il habite Le Havre, à 1.000 km plus au nord. « Des gens m’ont dit : "vous allez à Superbagnères, là où ils ont héliporté de la neige", s’amuse le Normand, débarqué samedi en tribu (cinq adultes et deux enfants) pour une semaine de congés, a priori sans flocons à attendre du ciel. Mais ils n’ont pas fait ça pour faire des pistes, seulement pour l’espace enfants. On a inscrit dès l’été dernier notre petit, qui va fêter ses quatre ans, à l’ESF. Il est content d’apprendre à skier. »

Dans cette station familiale, l’espace « Baby Renard » est un trésor à bichonner, et à blanchir. Surtout pour les vacances de février, point d’orgue économique de la saison hivernale. Car qui dit enfants en cours de ski dit parents ou grands-parents qui les accompagnent et qui consomment, même lorsque le temps les inviterait plutôt à rester auprès du feu avec un bon bouquin.

Chez les commerçants du plateau, on n’est pas forcément surpris par la polémique. Mais on peine à en comprendre l’ampleur, pour quelques allers-retours d’hélico sur une courte distance, afin de déplacer « 50 mètres cubes de neige » moyennant un coût d’environ 5.000 euros, selon le Conseil départemental de la Haute-Garonne, gestionnaire de Superbagnères.

Limiter la casse pour les commerçants

« Cette décision, c’est une bouffée d’oxygène, ce qui a été fait est remarquable, salue Claire Darnaud, propriétaire depuis l’an dernier du Super-G, un restaurant-bar situé au pied des pistes. Cela n’a pas coûté grand-chose et ça va rapporter environ 80.000 euros. » Car la restauratrice a fait ses comptes. « J’ai huit employés à temps complet et cinq à temps partiel. En janvier, j’ai plus de masse salariale que de chiffre d’affaires. »

La saison ne sera quoi qu’il arrive pas mirifique. Mais l’opération « héliconeige » devrait au moins permettre de limiter la casse, surtout après « les 400.000 euros investis l’an dernier », indique Claire Darnaud. « Nous sommes conscients qu’il faut évoluer en station quatre saisons, mais dans l’urgence, on est obligé de prendre ce type de décisions. »

Jean-Claude Bordes entre alors dans le Super-G. « Je viens d’un autre restaurant où tout le monde est ravi, pointe le maire de Saint-Aventin, la commune où se trouve Superbagnères. Les gens qui critiquent cette décision, pour moi, c’est une pépinière d’experts en tout genre, ils sont bons partout ! »

L’ironie perce derrière les propos de l’élu de 77 ans, qui redevient sérieux lorsqu’il évoque les emplois préservés selon lui par l’héliportage de neige, entre restaurateurs, saisonniers et moniteurs de ski. « Le Grand Hôtel est plein, il y a 400 personnes ! »

« Un bilan carbone largement équilibré »

Au-delà de l’aspect économique, Jean-Claude Bordes insiste aussi sur « un bilan carbone largement équilibré », malgré l’usage de l’hélicoptère. « On ne fait pas tourner les canons à eau, donc on n’emploie pas d’eau, et pas d’électricité. Et on n’utilise pas le fioul des dameuses ! » « Il va falloir s’adapter au changement climatique, avec l’activité quatre saisons [VTT, randonnées, parapente…] mais l’activité neige, j’y crois beaucoup », assène l’édile.

Un peu comme Philippe, sexagénaire venu avec enfants et petits-enfants de Mayenne, croisé près de l’espace « Baby Renard » : « Cela fait polémique, mais il faut être logique : les gens qui viennent ici, c’est pour skier. »

C’est la dernière fois

« Il s’agit d’une intervention absolument exceptionnelle, engagée en dernier recours, et qui n’a pas vocation à se reproduire », a indiqué ce lundi Georges Méric (PS), le président du conseil départemental de la Haute-Garonne et, à ce titre, du syndicat mixte Haute-Garonne montagne. L’élu comprend les réactions négatives qu’a pu susciter l’image de l’hélicoptère – et ses « deux vols d’1h30 » – mais assume la décision : « Cette action, dit-il, vise à sauvegarder en urgence une cinquantaine d’emplois directs et plusieurs centaines d’emplois indirects sur un territoire déjà fortement impacté par la fracture territoriale ».