Des chercheurs protestent devant le ministère contre la future loi sur la recherche

MANIFESTATION « Nos conditions de travail se dégradent rapidement (...) C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase », a expliqué Laure Bereni, sociologue et directrice de recherche au CNRS.

20 Minutes avec agences

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Illustration d'une femme scientifique, travaillant sur des roches
Illustration d'une femme scientifique, travaillant sur des roches — brendageisse/Pixabay

Environ 150 chercheurs et personnels de 141 revues scientifiques mobilisés contre la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche ont déposé ce mardi des « pages blanches » devant le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à Paris. « Ça fait 5 ou 10 ans qu’il y a des reformes dans l’enseignement supérieur et la recherche, que les emplois pérennes sont détruits, que nous sommes soumis à des exigences gestionnaires », explique Laure Bereni, sociologue, directrice de recherche au CNRS.

« Nos conditions de travail se dégradent rapidement et la loi qui s’annonce va parachever ce mouvement. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », a-t-elle ajouté. Pour la plupart habillés de noir, les manifestants brandissaient des pancartes représentant des couvertures de revues de sciences humaines et sociales barrées d’un bandeau rouge « science en danger ».

Impossibilité de travailler, produire et publier

Ils ont déposé devant la grille du ministère des cahiers remplis de pages blanches « pour matérialiser l’impossibilité de travailler, de produire et de publier des connaissances si les réformes à venir continuent de détruire les infrastructures publiques de la recherche ». Le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé en février 2019 le lancement d’une loi de programmation pluriannuelle pour la recherche. Initialement prévu pour fin 2019, le projet de loi n’a cependant toujours pas été présenté.

Trois groupes de travail avaient remis leurs travaux préparatoires en septembre et Frédérique Vidal, ministre de la Recherche, a, depuis, reçu les syndicats. « La future loi nous portera un coup fatal, elle entraînera la précarisation massive des métiers de la recherche et de l’enseignement supérieur, elle subordonnera toujours davantage la recherche à des finalités politiques et gestionnaires, elle sapera les fondements d’une recherche de haut niveau », redoute Laure Bereni.

Bientôt des revues pour évaluer ?

Depuis janvier, de nombreuses revues sont « en lutte » contre la future loi, ainsi que sur la réforme des retraites, comme « Actes de la recherche en sciences sociales », créée par Pierre Bourdieu, les « Annales », revue de référence en histoire et sciences sociales, mais aussi Politix, Geneses, ou des revues sur la musique, l’histoire de l’art ou l’archéologie.

Ces publications participent à l’évaluation, à la production et la diffusion des connaissances, font valoir les chercheurs. Ils craignent qu’à l’avenir ces revues « ne servent plus qu’à évaluer », selon Fabrice Virgili, directeur de recherche au CNRS et membre du comité de rédaction de la revue « Clio. Femmes, genre, histoire ».