Coronavirus : L’inquiétude monte à La Réunion, où le virus progresse vite

ALERTE Une médecin a écrit un courrier aux élus pour dénoncer « la déconnexion totale » de l’Agence régionale de santé de la Réunion sur la situation

20 Minutes avec AFP

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Un tronçon de route déserté à Saint-Denis-de-La-Réunion, le 19 mars 2020.
Un tronçon de route déserté à Saint-Denis-de-La-Réunion, le 19 mars 2020. — Richard BOUHET / AFP

L’épidémie de Covid-19 menace La Réunion. Loin de la métropole, les professionnels de santé sont inquiets face à la progression rapide de la maladie, avec un système de santé déjà insuffisamment armé au quotidien.

La Réunion ne comptait qu’un seul cas de contagion au coronavirus le 11 mars. Elle en dénombre désormais 75 lundi, avec une hausse importante ces quatre derniers jours. Deux patients de 80 et 78 ans sont en réanimation dans un état stable. La majeure partie des malades sont des cas « importés » de métropole.

Une population « cruellement démunie »

Au nom d'« un collectif informel de professionnels de terrain », le docteur Kathia Cadinouche, généraliste et régulatrice au Samu, a mis en garde lundi : à La Réunion, qui est « tellement loin de tout, avec une telle pauvreté, précarité, promiscuité et avec des comorbidités si nombreuses, une population si souvent cruellement démunie, (…) nous pouvons nous attendre à des taux de mortalité plus élevés que ceux en métropole ».

Dans ce courrier adressé aux élus, le docteur Cadinouche souligne aussi « une déconnexion totale de la réalité et des besoins (des) patients » de la part de l’Agence régionale de santé (ARS) de La Réunion. La déclaration est venue après un appel de Martine Ladoucette, directrice de l’ARS, demandant aux malades « de ne pas se rendre dans les cabinets de ville ».

Evacuation vers la métropole ou l’île Maurice

Vendredi, le conseil départemental de l’ordre des médecins avait déjà alerté sur l’attitude des « pouvoirs publics qui continuent à sous-estimer la crise ». « Nous sommes sur une île, loin de la métropole : quand nos moyens de prise en charge des cas sévères seront saturés, il n’y aura aucune possibilité de prise en charge alternative », a-t-il aussi souligné.

En cas de saturation, la seule évacuation sanitaire possible devra se faire en direction de l’Hexagone à 10 heures d’avion de La Réunion. Souffrant déjà d’insuffisance sanitaire au quotidien, le système hospitalier des îles voisines, Madagascar, les Comores et même Mayotte, le département français voisin, ne sera pas en mesure d’absorber des patients en provenance de La Réunion.

Seule l’île Maurice, située à 40 minutes en avion, serait susceptible d’accueillir des malades. Mais elle est elle-même en proie à l’épidémie avec au moins deux morts recensés et au moins 28 cas avérés.