Coronavirus : Des cadavres qui « jonchent les rues » en Italie ? Gare à cette vidéo virale

FAKE OFF Une vidéo très partagée prétend montrer des cadavres joncher les rues italiennes, en raison de l'épidémie de coronavirus

Alexis Orsini

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Un drapeau italien au balcon d'un village de Lombardie, le 24 mars 2020.
Un drapeau italien au balcon d'un village de Lombardie, le 24 mars 2020. — MIGUEL MEDINA / AFP
  • Alors que le coronavirus a déjà fait plus de 5.500 morts en Italie, une vidéo virale prétend montrer des cadavres de victimes en pleine rue.
  • La séquence compile deux vidéos distinctes.
  • L'une d'entre elles est sortie de son contexte, puisqu'elle montre une jeune femme malade mais pas atteinte du coronavirus. 

« Les cadavres jonchent les rues en Italie…. Une grippe ?? », « Scénario du pire en Italie », « En Italie, on tombe dans les rues. Ces images, on les voyait en Chine en janvier, ça aurait dû alerter »…

Les légendes ont beau varier au gré des tweets, la vidéo, elle, multiplie les vues par dizaine de milliers et les partages en France, mais également dans d'autres pays. Et pour cause : elle prétend montrer des Italiens mourir en pleine rue à cause de l'épidémie de coronavirus ayant déjà provoqué la mort de plus de 5.500 personnes dans le pays.

La séquence de 49 secondes compile deux passages distincts. Ses dix premières secondes montrent ainsi un corps étendu au milieu d’une rue, tandis qu’un homme ressemblant à un policier fait quelques pas à proximité, alors que des voisins observent la scène depuis leur balcon. Le reste de la vidéo montre une femme, inerte, allongée sur un banc, qui finit par être examinée par deux personnes en combinaison blanche.

FAKE OFF

La deuxième séquence a bien été filmée en Italie. Elle ne montre toutefois ni un cadavre, ni un cas de coronavirus, mais une jeune femme de vingt-trois ans qui s’est effondrée sur un banc à Salerne (Campanie).

Comme le raconte le quotidien local L'Occhio di Salerno, après une intervention de la police et des urgences, elle a été prise en charge à l’hôpital, où un test a permis de constater qu’elle était négative au coronavirus et souffrait simplement d’une bronchite et d’une anémie.

Le journal avait en outre diffusé lui-même cette séquence mercredi 18 mars, en évoquant simplement « une femme secourue dans la rue à Salerne ». Il ignorait alors encore ces détails, obtenus le lendemain de la diffusion de cette vidéo filmée sur la place Caduti Civili di Brescia, comme on peut le vérifier sur Google Maps.

Une première séquence non identifiée

Nous n’avons en revanche pas été en mesure de déterminer où a été filmée la première séquence de la vidéo, montrant un homme allongé au beau milieu d’une rue. Plusieurs éléments peuvent toutefois laisser penser qu’elle a bien été tournée en Italie, comme l’uniforme du policier (très ressemblant à celui des carabiniers).

On retrouve de premières occurrences de cette vidéo le 20 mars, notamment sur le site du « journal indépendant » Etruria News, dans un article comparant ces images à celles de corps étendus dans les rues chinoises il y a quelques mois. Joint par 20 Minutes, le site n’avait pas donné suite à nos sollicitations avant la parution de l’article. Mais le nom du fichier vidéo (« WhatsApp-Video-2020-03-20-at-21.02.54.mp4 ») laisse supposer que cette séquence lui a été transmise par WhatsApp, comme nombre d'intox.

Le même jour, un internaute italien avait également partagé cette séquence sur son compte Facebook, avec la légende : « Je suis sans voix, des gens qui s’évanouissent dans la rue comme dans les vidéos que vous avez vues en Chine, nous n’avons pas atteint le pic [de l’épidémie]… ALERTE MAXIMALE ». Un commentaire qu’il reprenait mot pour mot afin d’illustrer la vidéo de la jeune femme prise en charge à Salerne, dans un post mis en ligne dans la foulée. Contacté par 20 Minutes, l’internaute n’avait pas non plus donné suite à nos sollicitations avant la parution de l’article.

A l’époque où l’épidémie de coronavirus ne touchait que la Chine, de nombreuses vidéos prétendant montrer des cadavres ou des évanouissements soudains en pleine rue avaient circulé. Sans que les scènes filmées – souvent difficiles à vérifier - ne correspondent forcément à la description qui en était donnée, comme l’expliquaient notamment nos confrères de LCI et du Monde. Et comme nous avions pu le constater sur l’une d’entre elles, qui montrait en réalité des gens dormant dans la rue.