Coronavirus : Cinq questions sur le TGV médicalisé, une « prouesse technique et logistique » en route vers les Pays-de-la-Loire

TRANSPORTS Ce jeudi, vingt patients du Grand Est atteints du Covid-19 ont été transféré en train vers les Pays-de-la-Loire

Julie Urbach

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Coronavirus: A bord du TGV médicalisé parti du Grand Est pour les Pays de la Loire — 20 Minutes
  • Quatre hôpitaux des Pays-de-la-Loire (Nantes, Angers, Le Mans, La Roche-sur-Yon) accueillent depuis ce jeudi soir des malades du Grand Est.
  • Ces derniers ont été transférés dans la journée par TGV sanitaire.
  • Le point sur ce voyage un peu particulier, présenté comme une première nationale.

C’est une première en France. Ce jeudi matin à 11h, un TGV un peu particulier est parti de la gare de Strasbourg. A son bord, vingt patients gravement touchés par le coronavirus, encadrés par une équipe d’une cinquantaine de soignants. Ce premier train sanitaire est arrivé à Nantes peu avant 18h, après un arrêt à Angers. 20 Minutes fait le point.

Comment s’est déroulé le voyage ?

Les patients ont été installés dans cinq voitures, à raison de quatre par salle basse, celles du haut étant dévolues à la circulation des matériels et des personnels soignants. Dans chacune d’entre elles, une équipe médicale constituée d’un médecin anesthésiste-réanimateur, d’un interne, d’un infirmier anesthésiste et de trois infirmiers. « Les patients sélectionnés ne sont pas dans une extrême gravité, indique le professeur Alain Mercat, chef de service en réanimation à l’hôpital d’Angers. Il s’agit de ceux pour qui le transport ne constitue pas un risque. Sous assistance respiratoire, ils sont ventilés grâce à de petits appareils très performants. Les sondes, les cathéters, tout est trois fois plus sécurisé que d’habitude. »

Comment s’est déroulée l’arrivée ?

C’était le moment le plus risqué. Lors du premier arrêt à Angers, dix malades ont été débarqués. Six d’entre eux ont été transportés en ambulance au CHU d’Angers, quatre autres au Mans. Au terminus, à Nantes, six patients on rejoint le CHU, quatre autres ont terminé la route en ambulance, jusqu’à La Roche-sur-Yon. « Il va y avoir un gros travail de coordination en gare, expliquait avant l’opération François Templier, chef du Samu 49. Il s’agit de transferts compliqués ». Un large périmètre de sécurité devait donc être mis en place. A leur montée dans l’ambulance, un premier bilan de santé des patients devait être effectué, et un second dès qu’ils auront rejoint leur chambre. « Nous appellerons alors les familles pour les rassurer ».

Pourquoi les Pays-de-la-Loire ont-ils été choisis ?

Expression de la « solidarité nationale », cette initiative vient en fait de médecins réanimateurs des Pays-de-la-Loire, région de France métropolitaine pour l’instant la moins touchée par l'épidémie de Covid-19. « Nous avons eu le temps ici de nous préparer à la vague, indique Alain Mercat. On avait des lits disponibles et en même temps, on voyait nos collègues et amis du Grand Est dans une situation délicate. Il fallait proposer quelque chose. » Actuellement, les autorités estiment à 500 le nombre de places disponibles en réanimation dans les Pays-de-la-Loire. Environ 80 d’entre elles étaient jusque-là occupées.

D’où vient le personnel mobilisé ?

Les autorités saluent « une collaboration extraordinaire » des équipes. Du personnel du Samu 44 et 49 s’est rendu dans le Grand Est pour préparer l’opération. Le Samu 75 et d’Ile-de-France joue également un rôle dans l’organisation. Des secouristes de la protection civile étaient aussi présents dans ce train, mis à disposition par la SNCF. Le préfet du Maine-et-Loire a annoncé la mobilisation d’une quinzaine de militaires, en appui des nombreuses forces de l’ordre présentes pour faciliter le transfert des malades en gare. « C’est une prouesse technique et logistique », assure le professeur Antoine Magnan, du CHU de Nantes.

D’autres opérations de ce type sont-elles prévues ?

« On pourrait peut-être accueillir d’autres patients provenant d’autres régions en tension, répond ce jeudi Alain Mecat. Même si une telle opération pourrait être difficile à mener dans huit jours. » Selon les projections, la vague épidémique dans les Pays-de-la-Loire est prévue pour la première semaine d’avril. « On estime que 350 personnes seront en réanimation au maximum, donc ça devrait passer », juge le professeur. « Les modélisations dépendent cependant de la façon dont les gens respectent ou pas les mesures de confinement », rappelle-t-il. D’autres transferts de malades pourraient s’organiser ailleurs en France, voire en Europe, selon les besoins.