Confinement : « Si vous avez le moindre doute concernant la maltraitance d’un enfant, alertez ! »

VIOLENCES Le confinement complique la détection d’enfants victimes de maltraitance poussant associations et gouvernement à s'adapter

Lise Abou Mansour

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Confinement: «Si vous avez le moindre doute concernant la maltraitance d’un enfant, alertez!» — 20 Minutes

Si le confinement est pénible pour certains, il peut être fatal pour d’autres. Ainsi, les signalements pour violences conjugales ont augmenté de plus de 30 % depuis le 17 mars, début du confinement. Et les femmes n’en sont pas les seules victimes. Les enfants, eux aussi, sont plus enclins à subir de la maltraitance quand ils sont enfermés entre quatre murs avec leur bourreau.

« Le contexte particulier du confinement constitue malheureusement un terreau favorable aux violences » en raison de « la promiscuité, des tensions et de l’anxiété » qu’il entraîne, a rappelé le gouvernement en début de semaine. Dès l’annonce du confinement, de nombreuses associations et travailleurs sociaux ont fait part de leurs inquiétudes. « On a tous eu peur de cela au début du confinement. Et le pire, c’est que maintenant, on le voit », déplore Cédric, travailleur social à Paris qui s’occupe de parents susceptibles de commettre des violences. « C’est pour cela qu’on a insisté pour pouvoir maintenir un lien avec les familles. »

Les cellules d’écoute et d’aide toujours actives

En temps normal, le jeune homme effectue des actions éducatives à domicile. Mais depuis le début du confinement, il a troqué ces rendez-vous en face-à-face contre des appels en visioconférence depuis chez lui et il constate une situation de plus en plus tendue. « Le manque de compréhension de certaines consignes liées au confinement peut aussi entraîner des actes de maltraitance. On a par exemple eu le cas d’une mère qui s’énervait contre son enfant parce qu’elle avait peur qu’il mette en danger toute la famille s’il ne se lavait pas les mains toutes les cinq minutes dès qu’il touchait à un objet dans la maison. »

Si le lien des associations avec les parents n’est pas rompu, il ne l’est pas non plus avec les enfants. Pour les jeunes victimes de maltraitance déjà suivies par les associations, les cellules d’écoute et d’aide continuent de fonctionner malgré le confinement. A l’association L’Enfant bleu qui lutte contre la maltraitance des plus jeunes, bénévoles, psychologues et juristes aident, depuis chez eux, les enfants, d’un point de vue psychologique, thérapeutique ou juridique, par vidéoconférence.

Pour Isabelle Debré, présidente de l’association, « le plus ennuyeux, c’est pour les enfants de moins de dix ans. Nous avons besoin de jouets pour qu’ils s’expriment, pour qu’ils racontent ce qu’il s’est passé. » Un travail difficile à effectuer quand il est impossible de se rendre sur place, notamment en raison du manque de masques chez les travailleurs sociaux. « J’aime mon métier mais pas au point de risquer ma vie, celle de ma femme et de mes enfants », avoue Cédric.

Le 119 ouvert 24h/24 et 7 jours sur 7

Si le travail de suivi se poursuit, il est autrement plus difficile de détecter les enfants victimes de maltraitance. Car si, en temps normal, ces violences peuvent être repérées par des tierces personnes - le parent non-violent, un autre proche ou des professionnels, notamment à l’école - il est plus compliqué de les remarquer lorsque les contacts avec le monde extérieur sont quasi inexistants. « Là, l’enfant est seul, confiné avec son bourreau. Donc il lui est très compliqué de trouver quelqu’un qui parle pour lui », se désole Isabelle Debré.

Afin de détecter au maximum ces violences, associations et gouvernement appellent les habitants à être attentifs à ce qu’il se passe autour d’eux. « Ouvrez les yeux, les oreilles et si vous avez le moindre doute concernant la maltraitance d’un enfant, alertez ! Alertez pour le sauver ! » Pour le faire, plusieurs moyens : appeler le 119 ouvert 24h/24 et 7 jours sur 7, ou le 17 en cas d’urgence vitale.

Un dispositif de signalement en ligne

Depuis le début du confinement, l’association L’Enfant bleu a reçu autant d’appels que d’habitude, ce qui ne rassure pas sa présidente. « Ça nous inquiète car nous savons très bien que certains enfants ne peuvent pas appeler puisqu’ils sont 24 heures sur 24 avec le bourreau qui profite d’eux. » Pour multiplier les leviers de signalement, le secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance, Adrien Taquet, va mettre en place un dispositif de signalement en ligne. L’accès à ce formulaire devrait être inclus au site Internet du 119 dès le milieu de semaine.

Des pharmaciens qui donnent l’alerte

Si les commissariats restent ouverts pour déposer plainte, les alertes peuvent désormais être données en pharmacie. Le pharmacien ou la pharmacienne appellera alors les forces de l’ordre qui pourront intervenir en urgence. « Ce n’est pas parce qu’il y a un confinement que le droit s’est arrêté », rappelle Cédric. « La justice continue son travail », poursuit Isabelle Debré. « Une mère m’a appelée car elle avait porté plainte contre son compagnon pour violences sur leur enfant et il devait le prendre une semaine sur deux. Comme il y avait un dépôt de plainte, avec une juriste de l’association, nous avons dit à la mère de garder l’enfant. S’il y a danger, nous prenons les décisions qui s’imposent. » Des ordonnances de placement provisoire peuvent être décidées en cas d’urgence.

Le gouvernement a réactivé sa campagne de sensibilisation contre la maltraitance des enfants afin d’encourager les personnes à appeler le 119, voire le 17 en cas d’urgence vitale. « On compte sur la solidarité de tous pour alerter. »