Coronavirus : Médicament anti-toux, inhalations... Gare à ces prétendus conseils

FAKE OFF Prenant l'exemple de Laura, une jeune fille de 16 ans décédée du coronavirus alors qu'elle ne souffrait d'aucuns antécédents médicaux, un message viral prétend délivrer des conseils de santé

Alexis Orsini

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Un sirop contre la toux (illustration).
Un sirop contre la toux (illustration). — Pixabay
  • La disparition prématurée de Laura, 16 ans, une adolescente sans antécédents médicaux mais qui a succombé au coronavirus, a marqué l’opinion.
  • Un message viral diffusé sur Facebook alerte sur un « cocktail explosif » – à base d’inhalations et d’un médicament anti-toux – auquel elle a eu recours et qui aurait aggravé son cas.
  • Ce texte mélange toutefois des recommandations fiables – sur les anti-inflammatoires, à éviter – et des préconisations sans fondement ou imprécises. 20 Minutes fait le point.

Alors que l’épidémie de coronavirus a fait, à ce stade, au moins 3.024 morts en France, un décès en particulier a marqué les esprits : celui de Julie, une adolescente de 16 ans qui a succombé à la maladie alors qu'elle ne présentait pas d'antécédent médicaux.

Et son décès donne lieu, sur les réseaux sociaux, à la diffusion de prétendus conseils médicaux sous la forme d’un message particulièrement relayé depuis quelques jours : « Tout le monde se demande comment une jeune sportive de 16 ans a pu succomber au virus Covid-19, et là je viens d'entendre à l'antenne de BFM-TV que Julie avait pris dès le début des symptômes un antitussif [un médicament anti-toux] et avait en plus fait des inhalations ! ». 

Le message de
Le message de - capture d'écran/Facebook

« C'est hélas un cocktail explosif qui a permis au virus d'atteindre les poumons de cette jeune fille dans les plus brefs délais, avec l'issue que tout le monde connaît ! Alors je me permets de rappeler à tout le monde qu'il y a trois règles à suivre impérativement en présence du Covid-19 : ne pas prendre d'antitussif, ne pas faire d'inhalations, ne pas prendre d'anti-inflammatoire (par ex. Ibuprofène) », poursuit le texte, avant de conclure par un appel à « faire tourner l'info ».

FAKE OFF

Au détour d’une phrase, la dépêche AFP annonçant la disparition de Julie, reprise par de nombreux médias, mentionnait en effe « une petite toux d'apparence bénigne apparue il y a une semaine, qu'elle [Julie] avait tenté de soigner avec du sirop, des plantes, des inhalations. »

Mais, comme souvent, la méfiance est de mise avec les messages non sourcés relayés sur les réseaux sociaux par simple bouche-à-oreille, a fortiori lorsqu'ils contiennent des conseils médicaux.

Contacté par 20 Minutes, Mathieu Molimard, pharmacologue et pneumologue, membre du conseil scientifique du site de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique (SFPT), rappelle ainsi un réflexe crucial : « S’il ne fallait retenir qu’une seule recommandation, ce serait d’aller se renseigner sur les sites d’information fiables sur les médicaments. Et en l’occurrence sur le site de la SFPT, mobilisé depuis quinze jours pour répondre aux questions reçues sur les médicaments et les traitements, chaque réponse étant validée par trois experts. »

La rubrique spéciale du site de la SFPT dédiée au Covid-19 répond en effet à de nombreuses interrogations, des plus précises – « Je suis asthmatique sous seretide (fluticasone, salmétérol). Dois je arrêter le traitement ? » – aux plus générales – « Y a-t-il actuellement des études en cours pour tester des médicaments contre le coronavirus ? ».

Et on y trouve notamment une réponse à propos du recours aux antitussifs, qui différencie trois cas précis : « La toux est un réflexe de défense naturel, qu’il faut essayer de garder autant que faire se peut, car elle nettoie les bronches. Ses causes peuvent être multiples. Si on souffre déjà de problèmes respiratoires ou d’asthme, il faut éviter les antitussifs car ils peuvent être aggravants. Il faut également les éviter si on a une toux avec crachats car on les empêcherait de sortir donc c’est aggravant. Enfin, s’il s’agit d’une toux irritative, moins on en prend, mieux on se porte, mais on peut en utiliser dans les doses et la durée prescrite si la toux nous empêche de dormir par exemple », résume Mathieu Molimard.

Les antitussiques ne sont « à l'heure actuelle pas connus pour aggraver les symptômes de Covid-19 »

« Les centres de pharmacovigilance n’ont pas entendu parler d’aggravation de l’état de patients souffrant de symptômes du Covid-19 après avoir pris de l’antitussif, poursuit le pharmacologue. En cas de symptômes liés au coronavirus, la priorité est de contacter son médecin. Et nous invitons à déclarer tout effet indésirable des médicaments auprès du centre de pharmacovigilance régional concerné », ajoute Mathieu Molimard, qui rappelle que leurs coordonnées sont disponibles en ligne sur une carte.

En complément, le site « Covid19-Médicaments », qui permet à tout un chacun de vérifier si des médicaments sont proscrits en cas de symptômes du Covid-19, indique bien, à propos des différents sirops pour la toux enregistrés dans sa base de données, qu’ils ne sont « à l'heure actuelle pas connu[s] pour aggraver les symptômes de Covid-19. »

Les anti-inflammatoires sont bien à proscrire

En revanche, le recours à des anti-inflammatoires comme l’ibuprofène est bien déconseillé, comme le rappelle le gouvernement au sein de sa page d’information sur le coronavirus : « De manière générale, l’auto-médication par anti-inflammatoires doit être proscrite. De plus, il semblerait que les anti-inflammatoires non stéroïdiens pourraient être un facteur d’aggravation de l'infection. Ainsi, dans le cas d’une infection au coronavirus COVID-19, le paracétamol est recommandé. »

Enfin, qu’en est-il des « inhalations » évoquées dans le message viral ? Si le texte fait référence aux d’inhalations de vapeurs d’eau - un conseil prétendument médical ayant préconisé d'y recourir pour « tuer » le coronavirus -, cette pratique risque en effet de faire plus de mal que de bien, comme l’expliquait à nos confrères de l'AFP Factuel le docteur Benjamin Neuman, spécialiste des coronavirus à la Texas A&M University : « La vapeur chaude peut endommager les poumons. L'idée qu'elle puisse combattre un virus qui endommage également les poumons est un très mauvais conseil ».

Des recommandations spéciales pour les inhalations par aérosols (pour éviter une contamination)

« Si ces inhalations font référence aux médicaments aérosols utilisés chez les insuffisants respiratoires, la Société de pneumologie de langue française (SPLF) a émis des recommandations à ce sujet, en préconisant d’éviter leur usage si on peut les remplacer par un système d’inhalation autre ou les faire seuls dans une pièce car ils peuvent entraîner une toux et contaminer l’air ambiant si le patient est porteur du Covid-19 », conclut pour sa part Mathieu Molimard.

La SPLF préconise ainsi « d’utiliser en première intention, en lieu et place de la nébulisation, les inhalateurs prêts à l’emploi comme les aérosols-doseurs pressurisés (pMDI) et aérosols-doseurs de poudre (DPI) ».