Coronavirus à Sanary-sur-Mer : « Il nous fait honte », le maire attaqué pour ses arrêtés drastiques

CONFINEMENT Le maire de Sanary-sur-Mer (Var), Ferdinand Berhnard, est vivement critiqué pour avoir pris des arrêtés liberticides, notamment un interdisant les sorties à plus de dix mètres de son domicile

Adrien Max

— 

Une femme promenant son chien en période de confinement.
Une femme promenant son chien en période de confinement. — Loic VENANCE / AFP
  • Ferdinand Berhnard, maire de Sanary-sur-Mer (Var) depuis 30 ans, a pris un arrêté interdisant d’acheter qu’une seule baguette, puis un autre interdisant les sorties à plus de 10 mètres de son domicile.
  • Pour ses opposants, il s’agit surtout là d’une nouvelle façon de faire parler de lui.

Ils n’ont pas d’autres choix que de s’adapter aux décisions drastiques de leur maire. « Au début les clients étaient très surpris. Maintenant ils se sont habitués, ils prennent leur pain pour la semaine, et nous coupons les baguettes pour qu’ils puissent les congeler », relate une vendeuse de la boulangerie Maison Avy, à Sanary-sur-Mer, dans le Var.

Depuis lundi matin, ce sont désormais les maîtres d’animaux qui doivent se débrouiller avec un nouvel arrêté pris par le maire Ferdinand Berhnard. Il interdit désormais à ses administrés toute sortie à plus de 10 mètres du domicile. Un choix qui vient compléter celui d’obliger les Sanaryens et Sanaryennes à acheter plus d’une seule baguette, décidé la semaine dernière.

« Les habitants détournaient l’esprit de la loi »

« Ces arrêtés ont été pris pour garantir la sécurité sanitaire, tout simplement. Les habitants détournaient l’esprit de la loi. En allant chercher tous les jours le pain, vous multipliez les risques par sept. La plupart des gens respectent le confinement, mais certains non. Ils narguaient ceux qui respectaient les règles et cela créait des tensions », se justifie l’édile à la tête de la ville depuis plus de 30 ans.

Un membre de l’association des commerçants de Sanary-sur-Mer, qui préfère garder l’anonymat, se dit « pas du tout étonné » par ces arrêtés. « Il est dans la droite lignée de ce qu’il fait d’habitude : chercher à faire parler de lui, même dans cette période. Il nous fait honte. J’appelle tous les habitants à ne pas respecter cet arrêté qui ne s’inscrit pas dans la loi nationale », avance-t-il.

« Il aime se faire de la publicité »

Pour son opposant Emmanuel Serra, qui s’est présenté contre le maire lors des dernières municipales, Ferdinand Berhnard « aime flatter son ego, même dans ce genre de drame, ça l’arrange ». « Il prend des arrêtés discriminatoires, imaginez ceux qui vivent dans un immeuble et qui ne peuvent même pas sortir à plus de dix mètres de chez eux. Après il avance que le Covid-19 peut être transmis par les animaux alors qu’il n’a jamais pris l’avis d’un médecin. Il aime faire parler de lui, se faire de la publicité et après les gens votent pour lui », considère-t-il.

Il élargit d’ailleurs son propos sur la gestion de la ville depuis 30 ans. « La première chose qu’il a faite en arrivant c’est s’octroyer un permis de construire pour sa clinique dentaire. C’est finalement le conseil d’Etat qui l’a retoqué. Il jongle avec la loi et déjà lorsqu’il était au Modem, beaucoup dénonçaient sa gestion dictatoriale », ajoute Emmanuel Serra.

« Je reprendrai un arrêté »

Ferdinand Berhnard se défend de gérer sa ville de manière autoritaire. « Mon seul souci, c’est la santé de mes administrés. Le premier arrêté que j’avais pris était pour interdire le marché où les règles n’étaient pas respectées. Quelques jours plus tard, le gouvernement en faisait de même. Je préfère anticiper et préparer la population à de nouvelles mesures, c’est tout ce qui m’importe », considère-t-il.

La fondation 30 Millions d'amis annonce ce mardi avoir envoyé un recours gracieux au maire pour qu’il retire son arrêté qu’elle juge « porter gravement atteinte à la liberté d’aller et venir des habitants de Sanary-sur-Mer et notamment à ceux qui ont la nécessité quotidienne de sortir leurs chiens ». La fondation se réserve le droit de saisir le juge administratif.

Le préfet du Var a quant à lui « jugé indispensable qu’un juge soit appelé à se prononcer sur le sujet. Aussi, hier lundi, le Préfet du Var a signé un déféré et un référé liberté transmis au tribunal administratif de Toulon », fait savoir la préfecture à 20 Minutes. « Tout ce qui lui importe, c’est sa carrière. S’il casse l’arrêté, j’en reprendrai un le lendemain », a rétorqué Ferdinand Berhnard qui, selon nos informations, est convoqué devant le tribunal correctionnel de Marseille le 8 juin pour détournements de fonds publics, prise illégale d’intérêts et favoritisme.