Attention à cette infographie trompeuse sur l’empreinte carbone et le coût de l’eau en bouteille

FAKE OFF Le document est rédigé à partir des données canadiennes

Cl.G.

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Une chaîne d'embouteillage d'eau en bouteille à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) en mars 2011 (photo d'illustration)
Une chaîne d'embouteillage d'eau en bouteille à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) en mars 2011 (photo d'illustration) — M.LIBERT/20 MINUTES
  • Une infographie partagée plusieurs centaines de fois sur Facebook suggère que l'eau en bouteille est moins contrôlée que l'eau du robinet.
  • Elle affirme également que l'eau en bouteille est près de 4.000 fois plus chère.
  • Des informations inexactes pour la France.

La qualité de l’eau en bouteilles est-elle vraiment testée « tous les un à six ans » ? C’est en tout cas ce qu’affirme une infographie virale sur Facebook. Censée présenter les avantages de l’eau du robinet en matière de sécurité sanitaire, d’empreinte carbone et de prix, elle se conclut par ce slogan : « L’eau source de vie, pas de profit. » Plusieurs affirmations sont toutefois à relativiser.

La publication virale sur l'eau du robinet et l'eau en bouteille
La publication virale sur l'eau du robinet et l'eau en bouteille - Capture d'écran

FAKE OFF

Comme le suggèrent les informations liées au coût de l’eau, rédigées en dollars, l’infographie n’est pas française. Elle a été conçue par l’association Eau secours, dont le logo figure en bas à droite du document, basée à Montréal. L' Institut Polaris, à l’origine des données, est également une organisation canadienne.

Examinons à présent le contenu du document. En France, si l’eau du robinet n’est pas exactement « testée en continu », elle fait en revanche « l’objet d’un suivi sanitaire régulier », indiquait le ministère de la Santé dans le bilan de la qualité des eaux du robinet en France pour l'année 2018. Ainsi, ce sont 315.000 prélèvements d’échantillons d’eau qui ont été réalisés cette année-là dans les quelque 75.000 sites de distribution d’eau du robinet (sites de captage, stations de production d’eau potable, réseaux de distribution), donnant lieu à 17,5 millions d’analyses. Les résultats des derniers tests sont disponibles pour l’ensemble des communes sur le site du ministère.

L’eau en bouteille contrôlée régulièrement

Pour l’eau en bouteille, les contrôles semblent plus réguliers dans l’Hexagone que ceux mentionnés dans l’infographie. Toujours selon le ministère de la Santé, la France comptait en 2016 « plus de 100 usines d’embouteillage d’eau ». Cette année-là, « plus de 4.200 visites des agences régionales de santé (ARS) ou d’un laboratoire agréé […] ont été réalisées dans l’ensemble des usines de conditionnement d’eau. Au total, pour l’ensemble des 178 eaux conditionnées, plus de 4.500 prélèvements d’échantillons et 120.000 mesures ont été réalisés sur les eaux conditionnées. » Sur ce point également, le ministère publie chaque année un bilan global de ses contrôles.

Passons à l’empreinte carbone. L’infographie indique qu’un tiers de litre de pétrole est nécessaire pour la production et le transport d’une bouteille d’un litre. Selon les données publiées par l'ONG France nature environnement en 2017, la seule fabrication d’une bouteille d’un litre nécessite 100 ml de pétrole, soit un dixième de litre. Elle implique également, toujours selon France nature environnement, la consommation de 80 grammes de charbon, 42 litres de gaz et 2 litres d’eau. Un bilan auquel s’ajoute le transport, en moyenne 300 km, indique l’association.

Si l’empreinte carbone de l’eau du robinet existe, elle est faible, souligne la Compagnie des eaux de Royan (Charente-Maritime).

Un coût 100 à 400 fois plus élevé

Se pose enfin la question du coût. Sur ce point, la différence n’est pas aussi importante que le suggère l’infographie virale, qui estime que la consommation de deux litres d’eau par jour revient près de 4.000 fois plus cher lorsque l’eau est consommée en bouteille. Selon les sources françaises, l’eau en bouteille est 100 à 400 fois plus chère que l’eau du robinet, comme le signale la Compagnie des eaux de Royan. France nature environnement conclut à une eau embouteillée 300 fois plus chère, tout comme l’association lyonnaise Hespul.