Un appel demande à Emmanuel Macron d’en finir avec la surpopulation carcérale

DECONFINEMENT A la faveur de la crise sanitaire, le taux d’occupation des prisons françaises est passé sous les 100 %, une rareté

20 Minutes avec AFP

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Au centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier, dans l'Isère. (archives)
Au centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier, dans l'Isère. (archives) — ALLILI MOURAD/SIPA

« Monsieur le Président, l’occasion est là : ne la manquez pas » : quelque 1.000 professionnels de la justice et personnalités exhortent Emmanuel Macron à « en finir avec la surpopulation carcérale », dans une lettre ouverte mercredi, alors que l’épidémie de coronavirus a entraîné une chute inédite du nombre de détenus. « Pour la première fois depuis près de vingt ans, il y a en France moins de prisonniers que de places de prison », écrivent une quarantaine d’associations et organisations professionnelles de la justice, des avocats, des personnalités publiques et des femmes et hommes politiques.

« Conséquence d’une crise sanitaire sans précédent, ce qui était hier impossible est devenu réalité : en deux mois, le nombre de personnes détenues a été réduit de plus de 13.500 », poursuivent les signataires, parmi lesquels l’autrice Annie Ernaux, la journaliste Anne Sinclair, l’écrivain et réalisateur Philippe Claudel, l’acteur Bruno Solo ou le metteur en scène Olivier Py. Avec 58.926 détenus au 24 mai – contre 72.500 le 16 mars, un record – pour environ 61.000 places opérationnelles, la densité moyenne des prisons françaises s’établit désormais à 96 %.

Une réforme timide

Cette baisse historique, liée à la réduction de l’activité pénale pendant le confinement et à des mesures de libération anticipée pour éviter une crise sanitaire et sécuritaire en détention, « fait naître un fol espoir » qui ne doit pas être « tué dans l’œuf », soutiennent les signataires. Ils appellent le chef de l’Etat à « tout mettre en œuvre » pour éviter de renouer avec l’inflation carcérale, et une surpopulation chronique qui a valu à la France fin janvier une condamnation de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH).

En mars 2018, Emmanuel Macron avait présenté une « refondation » des peines de prison. La réforme, entrée en vigueur le 24 mars, en plein confinement, proscrit les très courtes peines d’emprisonnement et favorise les peines alternatives à l’incarcération, mais oblige à faire exécuter les peines de plus d’un an d’emprisonnement. La contrôleure des prisons Adeline Hazan et plusieurs associations, dont l’Observatoire international des prisons (OIP), estiment que cette réforme ne suffira pas à empêcher la population carcérale de repartir à la hausse.