Avec l’association Aïda, Léa engage des jeunes au service d’autres jeunes malades du cancer

ILS FONT LE MONDE DE DEMAIN Quand elle avait 15 ans, Léa a créé Aïda, la première association qui permet à des moins de 18 ans de s’engager auprès d’autres jeunes de leur âge atteints par un cancer

Charlotte Murat

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Avec l'association Aïda, Léa engage des jeunes au service d'autres jeunes malades du cancer — 20 Minutes
  • Alors qu’elle voulait aider des jeunes de son âge atteints par un cancer, Léa s’est heurtée au refus des associations parce qu’elle était mineure.
  • Elle a alors fondé, à 15 ans, l’association Aïda avec des copains de sa classe.
  • Aujourd’hui, l’association réunit 2.500 bénévoles, dont 80 % de moins de 18 ans, et intervient dans une trentaine d’hôpitaux dans quatorze villes.
  • Pour Léa, l’engagement des jeunes est fondamental pour leur permettre de trouver leur place.

Ils sont encore étudiants ou déjà dans la vie active, bénévoles, chercheurs, salariés, à leur compte, ont monté une entreprise ou une association. Grâce à eux, le futur sera meilleur. 20 Minutes a décidé de donner la parole à des jeunes de moins de 30 ans dont les actions ont un effet bénéfique sur le monde de demain. Quatrième volet de cette série avec Léa Moukanas, 21 ans, présidente d’Aïda, la première association qui permet à des moins de 18 ans de s’engager auprès d’autres jeunes de leur âge atteints par un cancer.

On pourrait dire de Léa qu’à 15 ans, elle a été la plus jeune présidente d’association d’Europe. On pourrait aussi dire qu’aujourd’hui, à 21 ans, elle gère en parallèle de ses études à Sciences Po les 2.500 bénévoles d’Aïda. Son association permet à des moins de 18 ans d’intervenir à l’hôpital auprès d’autres jeunes de leur âge touchés par un cancer. Mais si on n’écoute pas Léa parler d’engagement et de son importance pour sa génération, alors on passe certainement à côté de l’essentiel.

Permettre à des malades de recevoir la visite de jeunes du même âge, dit comme cela, ça paraît logique. Tellement logique qu'« aujourd’hui on n’arrive plus à répondre à la demande », précise Léa. Mais pour la jeune fille, cela a été un long combat, commencé en octobre 2014, à la mort de sa grand-mère, décédée d’une leucémie foudroyante.

S’engager à tout prix

Désireuse d’aider les jeunes de son âge atteints par un cancer, l’adolescente, alors en classe de seconde, se heurte au refus des associations car elle est mineure. « C’est là que je me suis rendu compte qu’il y avait un problème et qu’on ne pouvait pas dire à quelqu’un qui avait envie de s’engager, sous prétexte qu’il n’avait pas 18 ans, que ce n’était pas possible. En discutant avec mes potes, j’ai réalisé que je n’étais pas un cas isolé. C’est comme ça qu’on a eu l’idée de créer Aïda. »

Les statuts de l’association sont déposés en janvier 2015, mais les bénévoles ont encore dû batailler dix-huit mois pour pousser la porte d’un premier hôpital. « On n’est pas pris au sérieux quand on est jeune », regrette Léa. Mais s’ils ne sont pas majeurs, les membres d’Aïda sont déterminés. Entre-temps, des centaines de jeunes bénévoles sont recrutés via les réseaux sociaux. Des parents d’enfants malades entendent parler d’eux et les accueillent à leur domicile. « En décembre 2015, on soutenait 70 jeunes », se souvient Léa. En en juin 2016, ils signent avec la première structure hospitalière, la clinique Edouard Rist à Paris. Aujourd’hui, l’association travaille avec une trentaine d’hôpitaux dans quatorze villes et accompagne 2.000 malades tous les ans. Les bénévoles se rendent dans les hôpitaux et montent des projets concrets et ludiques pour récolter de l’argent. Le dernier en date, #GiveMeFiveChallenge.

Inventer ses propres modèles

Une formidable réussite pour une bande de lycéens, qui au départ, ne souhaitaient que donner un peu de leur temps pour aider les autres. Aujourd’hui, 80 % des 2.500 bénévoles ont moins de 18 ans et parmi les 15 permanents, certains sont là depuis le départ. « C’est le propre de ma génération d’inventer ses propres modèles », considère Léa, qui en même temps est bien consciente des responsabilités qui lui incombent à présent. « Etre chef à 21 ans, c’est à la fois génial et difficile, car il n’existe pas d’études qui mènent directement à ça et je n’ai pas forcément de modèle de carrière en face de moi. Mais heureusement, je ne suis pas seule, j’ai une super équipe. La force du groupe atténue le poids des responsabilités. Et puis il y a les jeunes qu’on rencontre à l’hôpital. Ils te mettent une claque et te font prendre conscience que la vie, on n’en a qu’une. Et ma vie, pour le moment, c’est Aïda. »

L’association se donne trois missions : accompagner de jeunes malades, soutenir l’engagement de la jeunesse dans les sciences par le financement de projets de recherche et sensibiliser les jeunes à l’engagement sous toutes ses formes. Aïda va ainsi à la rencontre de plus de 50.000 jeunes tous les ans du primaire à l’université. « Les jeunes sont toujours hyperfriands de faire quelque chose pour le monde de demain, mais ils n’ont pas la sensation d’être pris au sérieux. C’est important pour nous d’être là et de leur dire qu’ils ont leur place. Et pour moi en particulier, puisque j’ai vécu la même chose », explique Léa.

Etre à sa place

« Avoir sa place ». Cette notion lui tient à cœur. Elle qui est devenue adulte en même temps que grossissait son association a trouvé la sienne. « Je crois que l’engagement est devenu ma vie quand j’ai compris que ce qui compte, ce n’est pas d’être là où la société nous attend, mais d’être là où on se sent profondément à sa place. Avec Aïda j’ai vraiment envie de monter une structure qui permette à tous de trouver sa place, parce qu’ils sont bénévoles ou parce qu’ils y travaillent. Et moi, tant que je serai engagée, je serai à ma place. »

Cela signifie-t-il qu’Aïda sera sa vie ? Difficile de répondre quand on a 21 ans et qu’on n’a pas terminé ses études. « Je me laisse porter. Je ne sais pas où je serai dans cinq ans, mais quand l’engagement te frappe une fois il ne te quitte plus. Mais il ne faut pas non plus sacraliser l’engagement. On n’est pas obligé de travailler dans une association pour être engagé. Tout métier peut être engagé. L’engagement, il est partout, tout le temps. Le Covid-19 a été un super exemple. Rien que d’aller faire les courses pour son voisin c’est une forme d’engagement. »

Loin des yeux, près du cœur. Pendant la crise du Covid-19 et le confinement, les bénévoles ont poursuivi leur engagement. Ils ont par exemple cousu des masques pour les soignants, envoyé des tablettes et clés 4G aux jeunes malades pour maintenir le lien, des box d’activités pour les occuper et ont monté une plateforme sur laquelle tous les internautes pouvaient laisser un message aux personnes hospitalisées.