Illustration de la 5G.
Illustration de la 5G. — Yichuan Cao/Sipa USA/SIPA

FAKE OFF

Installation des antennes, données personnelles... Le vrai du faux sur la 5G

Mathilde Cousin

Une antenne va-t-elle être installée « toutes les dix à douze maisons » ? La 5G va-t-elle entraîner une surconsommation électrique ? « 20 Minutes » vérifie une dizaine d’affirmations au sujet de cette nouvelle technologie

  • Une infographie partagée plus de 20.000 fois sur Facebook contient une dizaine d'affirmations au sujet du déploiement de la 5G.
  • Ondes, données personnelles, antennes, satelllites... 20 Minutes passe en revue ces affirmations.

Incendies d'antennes-relais, théories du complot… Le déploiement de la 5G inquiète. Une infographie regroupant une dizaine d’affirmations est largement partagée sur Facebook. D'abord publié par une association, le document a été retiré en raison d'imprécisions (lire encadré). Données personnelles, ondes, antennes, impact sur la vie animale, l’infographie balaye un large spectre d’affirmations, que 20 Minutes a donc voulues vérifier.

Cette infographie a été partagée par plusieurs pages et comptes Facebook.
Cette infographie a été partagée par plusieurs pages et comptes Facebook. - Capture d'écran Facebook
  • Ce que dit l’infographie : « Une antenne toutes les dix à douze maisons »

« C’est un raccourci terrible », pointe Alain Sibille, professeur à Télécom Paris et secrétaire général d’Ursi-France (Comité national français de radioélectricité scientifique). « La 5G va faire appel à une fréquence un peu différente de la 4G, développe-t-il. La 5G va être à 3,5 GHz. Quand les générations avancent [3G, 4G, et 5G aujourd’hui], on monte en fréquence. Plus on monte en fréquence, plus la propagation est difficile. Ce qui veut dire que quand on monte en fréquence, il faut plus d’antennes car la portée est moindre. Les antennes du réseau vont se rapprocher un peu plus près des utilisateurs, en moyenne statistique. »

Ce possible rapprochement des antennes signifie que les antennes vont envoyer moins de watts, explique le scientifique : « Quand on se rapproche des utilisateurs, la propagation est plus facile. Donc on a besoin de mois de puissance. Si on a des cellules plus petites sur la 5G, on va émettre moins de watts. Ce qui peut paraître effrayant, ça peut plutôt être le contraire. J’ai tendance à dire que plus les cellules sont petites et plus les antennes du réseau sont proches des utilisateurs, mieux c’est. »

Une analyse partagée par Guy Pujolle, professeur émérite au Lip6, laboratoire de recherche en informatique de Sorbonne université : « S’il y avait une antenne toutes les dix à douze maisons, ce serait absolument génial, puisque le débit est démultiplié avec le nombre d’antennes et que chaque antenne émet avec beaucoup moins de puissance. Il faut comprendre que, plus il y a d’antennes, moins c’est dangereux, puisque la puissance des émetteurs descend. » Le spécialiste voit toutefois mal les antennes se démultiplier : « Malheureusement, cela ne se passera pas comme cela, car ce serait beaucoup trop cher pour les opérateurs d’en mettre autant. »

  • Ce que dit l’infographie : « Renouvellement prématuré et obligatoire de tous les équipements »

L’arrivée de la 5G est prévue début 2021 sur une partie du territoire français. Elle mettra du temps avant d’être déployée sur tout le territoire. Même après l’entrée en service de cette nouvelle technologie, votre téléphone continuera à fonctionner en 4G s’il est équipé pour. En revanche, pour utiliser la 5G, il faudra effectivement changer de smartphone, prévient l’Agence nationale des fréquences (ANFR).

  • Ce que dit l’infographie : « 20.000 satellites en orbite »

« Beaucoup d’annonces ont été faites par des start-up, détaille à 20 Minutes Gilles Brégant, directeur de l’ANFR. Il y a eu des demandes d’autorisations de mise en orbite d’un grand nombre de satellites. Ces start-up ont proposé d’envoyer beaucoup de satellites, de manière à faire une couverture satellite du monde entier. Cela n’a rien à voir avec la 5G. » L’objectif de SpaceX, entreprise d’Elon Musk, est d'envoyer 42.000 satellites dans l'espace. « Pour donner un ordre de grandeur, il y a moins de 10.000 satellites qui ont été lancés depuis le début des satellites », souligne Gilles Brégant

La Fédération française des télécoms, qui regroupe les opérateurs, précise auprès de 20 Minutes que « les opérateurs français n’envisagent pas de lancer des satellites pour l’utilisation de la 5G ».

  • Ce que dit l’infographie : « La 5G promet de tout connecter, partout et le temps, grâce à la collecte permanente de nos données personnelles »

« Les données personnelles des utilisateurs de la 5G seront gérées de la même façon que lors de l’utilisation des technologies 3G, 4G, souligne la Fédération française des télécoms. Les opérateurs ont l’obligation légale confirmée par le RGPD de respecter la vie privée des utilisateurs et de garantir le secret des correspondances, quelle que soit la technologie mise en œuvre par l’opérateur. »

Pour Guy Pujolle, la masse de données qui va passer dans des data centers soulève toutefois des interrogations : « Tout le monde va passer par la 5G à court ou moyen terme. Les opérateurs développent des data centers pour gérer les antennes et toutes ces nouvelles applications. Ils ont sous la main énormément d’informations. Que vont-ils faire ? Vont-ils les exploiter ? Ce sont des questions qui se posent. »

  • Ce que dit l’infographie : « Multiplication des ondes par dix »

Guy Pujolle est perplexe devant une telle affirmation : « Je n’ai aucune idée de ce que cela veut dire. Les ondes électromagnétiques du soleil représentent 90 % des ondes que nous recevons. On va multiplier les ondes du soleil par 10 ? Je pense que la personne qui écrit cela n’a aucune idée de ce qu’est une onde électromagnétique. »

Gilles Brégant, de l’ANFR, souligne que la 5G va émettre « en fonction de la demande, et non en fonction de l’offre », contrairement à la 4G par exemple. « Il y a une interaction qui est être très courte avec l’antenne, développe-t-il. Celle-ci va envoyer ce qu’il vous faut pendant deux, trois secondes, les prochains kilo-octets de votre vidéo ou musique, et après elle passe à un autre client. Elle fait une couverture qui est séquentielle, à très haute vitesse. S’il n’y a personne avec un téléphone 5G, il n’y a qu’une très faible émission pour vérifier qu’il n’y a personne qui a besoin de quelque chose. »

  • Ce que dit l’infographie : « La 5G en France entraînera une surconsommation électrique équivalente à deux réacteurs nucléaires »

« Cela n’a aucun sens, réagit Guy Pujolle. La consommation est extrêmement complexe à calculer. » Dans les antennes 4G, un boîtier électronique, qui effectue notamment le traitement du signal, est la principale dépense énergétique, explique le scientifique. Pour les antennes 5G, ce boîtier est virtualisé dans un data center, relié à plusieurs antennes.

« Les antennes 5G ont été conçues pour dépenser très peu d’énergie, développe le professeur. Si on considère uniquement l’antenne, les antennes 5G consomment beaucoup moins d’énergie qu’une antenne 4G. Maintenant, si on compare une antenne 5G complète avec la machine virtuelle associée et l’antenne 4G avec son NodeB [le boîtier électronique], on peut dire que c’est équivalent, mais cela dépend complètement de la façon dont est gérée le data center, s’il est optimisé ou non. »

  • Ce que dit l’infographie : « [La 5G] impacterait les observations et prévisions des astronomes et des météorologues »

Les astronomes redoutent une pollution visuelle accrue en raison du lancement de nombreux satellites par des projets comme celui porté par SpaceX. Ces projets de satellites ne sont pas liés au développement de la 5G.

Les météorologues redoutent, pour leur part, une interférence de la 5G avec certaines de leurs fréquences. Cette inquiétude est liée « au démarrage en trombe de la 5G américaine », rappelle Gilles Brégant. « Aux alentours de 23 GHz, il y a une bande de fréquence qui est utilisée par les météorologues. Elle sert à faire l’étalonnage pour l’humidité de l’air. Les Américains avaient autorisé des antennes 5G low-cost à 28 GHz, qui faisaient du "bruit" dans les 23 GHz. » Et d’ajouter : « En Europe, on a pris des normes pour protéger la météo. »

  • Ce que dit l’infographie : « La 5G a un impact négatif sur la vie des insectes, remettant en cause le bon fonctionnement des écosystèmes indispensable à notre survie »

Une étude parue en 2018 dans la prestigieuse revue Nature s'est penchée sur l'impact des ondes sur quatre espèces d’insectes. « Les insectes étudiés de moins de 1 cm présentent un pic d’absorption aux fréquences (au-dessus de 6 GHz) qui ne sont actuellement pas souvent utilisées pour les télécommunications, mais qu’il est prévu d’utiliser dans la prochaine génération de systèmes de télécommunications sans fil [la 5G] », écrivent les auteurs.

Toutefois, comme le rappelleLe Monde, les auteurs précisent ne pas avoir « effectué de simulations thermiques complètes, en raison d’incertitudes sur les capacités thermiques spécifiques des insectes et les mécanismes de dissipation de la chaleur ». D’autres études sont nécessaires pour mesurer l’impact sur les insectes.

  • Ce que dit l’infographie : « L’extraction des minerais utilise une main-d’oeuvre infantile et entraîne la mort d’humains, d’où leur nom de "minerais du sang". Elle génère une pollution des sols, de l’air et de l’eau. »

L’extraction de minerais pour la fabrication d’équipements électroniques n’est pas née avec la 5G. Son coût humain et environnemental est documenté.

L’association Zéro déchet Strasbourg a retiré l’infographie de ses comptes sur les réseaux sociaux, une fois ses membres alertés des erreurs que contient le document. « Quand on s’en est rendu compte, on a fait machine arrière et on a tout supprimé, confie Simon Baumert, cofondateur de l’association. Il n’y avait aucune volonté de désinformation. »
L’infographie a toutefois été relayée par d’autres pages ou comptes Facebook, qui ne l’ont pas tous supprimée. « On a écrit aux principales pages pour leur demander de supprimer l’infographie », relate Simon Baumert. Il précise que l’association devrait bientôt mettre en place un processus de vérification, pour que l’erreur ne soit pas renouvelée.