Explosions à Beyrouth : Attention à ces deux vidéos qui prétendent montrer un missile frapper le port

FAKE OFF Parmi les nombreuses images amateur de la double explosion ayant frappé le port de Beyrouth, mardi 4 août, deux vidéos montrant un missible s'abattre sur le lieu du drame suscitent de vives réactions. Mais il s'agit de séquences truquées 

Alexis Orsini

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Beyrouth après la double explosion du 4 août 2020. (illustration)
Beyrouth après la double explosion du 4 août 2020. (illustration) — Elizabeth Fitt/SIPA
  • Depuis la double explosion sur le port de Beyrouth, qui a fait au moins 150 morts et 5.000 blessés à Beyrouth, mardi 4 août, les rumeurs se multiplient autour des causes du drame.
  • Deux vidéos qui prétendent montrer un missile s'abattre sur les lieux du drame alimentent notamment les spéculations autour d'une attaque.
  • Si le président libanais Michel Ayoun a pour la première fois évoqué la possibilité d'un tel scénario ce vendredi, les deux séquences en question sont trompeuses puisqu'elles ont intégré un faux missile à d'authentiques images.

« Des vidéos commencent à circuler au Liban montrant un objet volant qui semblerait être un missile se diriger vers le port sur avant l’explosion. Ceci accréditerait la thèse d’une attaque terroriste qui visait le dépôt d’arme du Hezbollah », « Pour ceux qui croient toujours pas à un missile tiré sur le Liban à Beyrouth, regardez bien la vidéo plusieurs fois, vous le verrez, le missile très rapide »…

Sur Twitter comme sur Facebook, deux vidéos différentes prétendent prouver que la double explosion au port de Beyrouth, qui a fait au moins 149 morts et 5.000 blessés, mardi 4 août, serait due à un tir de missile.

La première séquence virale, d’une durée de 9 secondes, montre l’important nuage de fumée provoqué par la première explosion, juste avant qu’une deuxième ne retentisse, juste après la chute d’un objet tombé du ciel à toute vitesse.

Sur la deuxième vidéo, prétendument filmée grâce à une caméra thermique depuis un tout autre point de vue, on distingue également un abondant nuage de fumée juste avant qu’un missile ne le frappe et provoque, là aussi, une explosion.

Si le Premier ministre Hassan Diab avait initialement évoqué comme cause probable de ce drame un incendie ayant touché un stock d’environ 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium, le président Michael Aoun a pour la première fois évoqué la thèse d’une attaque ce vendredi : « Il est possible que cela ait été causé par la négligence ou par une action extérieure, avec un missile ou une bombe. »

Les deux vidéos virales sont toutefois des versions truquées d’authentiques séquences filmées par des témoins, auxquelles a été ajouté un faux missile. Elles viennent s'ajouter à la liste d'images trompeuses ou sorties de leur contexte reliées à la double explosion, du drone soi-disant aperçu sur les lieux à  la prétendue concordance du lieu de l’explosion avec une cache d’armes qui aurait été repérée par Israël il y a deux ans.

FAKE OFF

La version originale de la première vidéo, qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, ne montre en effet aucun projectile frapper le sol juste avant l’explosion, comme on peut le voir ci-dessous.

L’ajout du missile est encore plus flagrant en visionnant la version de la vidéo ralentie de  moitié par Jake Godin, du site de journalisme d’investigation Bellingcat.

La deuxième vidéo est trompeuse à double titre. D’abord parce qu’elle prétend montrer des images thermiques alors que la retouche opérée sur la séquence originale a simplement consisté à en inverser les couleurs. Ensuite, parce que le missile qui y a été ajouté de manière factice est encore plus grossier que sur la première séquence, ainsi qu’on peut le constater sur la vidéo d’origine (en couleur).

On l’observe là encore mieux sur le comparatif vidéo réalisé par Jake Godin, qui rappelle au passage judicieusement qu’« inverser les couleurs d’une vidéo ne va pas révéler tout à coup la présence d’un missile invisible sur les images d’origine » – d’autant qu’on voit bien, en observant la vidéo de près et au ralenti, que le missile disparaît à environ huit secondes, sans rien toucher.

Enfin, dernier élément accablant relevé par Jeffrey Lewis, spécialiste des missiles à l’institut Middlebury d’études internationales, en Californie, auprès de nos confrères de l’Associated Press : « Il s’agit d’un missile au look cartoonesque, qui ne ressemble à un missile frappant une cible. S’il était fait de manière moins amateur, on pourrait identifier le type de missile en question, évaluer sa vitesse et sa trajectoire. »