Coronavirus à Rennes : « Encore nous qui trinquons », les patrons de bars entre colère et résignation

GUEULE DE BOIS Sur décision de la préfecture, les bars devront fermer à 23h à partir de ce mercredi dans la capitale bretonne

Jérôme Gicquel

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Illustration de clients devant des bars, ici dans la rue Saint-Michel.
Illustration de clients devant des bars, ici dans la rue Saint-Michel. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • Dès ce mercredi, les bars vont devoir fermer à 23h à Rennes.
  • La mesure, prise lundi par la préfète, vise à freiner l’épidémie de coronavirus qui circule activement depuis la rentrée dans la capitale bretonne.
  • Pour la profession, déjà durement touchée par la crise sanitaire, la pilule a du mal à passer.

La météo est clémente ces derniers jours à Rennes et donne envie de prolonger l’apéro en terrasse. Mais à partir de ce mercredi, il sera impossible de s’enfiler un demi après minuit dans la capitale bretonne. Sur décision de la préfecture, tous les bars vont devoir baisser le rideau à 23h jusqu’à la fin du mois au moins. Une mesure choc décidée lundi par les autorités pour tenter d’enrayer l’épidémie de coronavirus qui est particulièrement active depuis la rentrée à Rennes, notamment chez les jeunes.

Dans un secteur déjà durement touché par la crise sanitaire, ce serrage de vis a du mal à passer. « C’est encore nous qui trinquons », se désole Claude Panon. Patron du bar de nuit L’été indien, il se voit contraint de fermer son établissement jusqu’à la fin du mois. « En tant que bar de nuit, je réalise 90 % de mon chiffre d’affaires entre 0 h 30 et 3 h du matin, donc cela ne vaut pas la peine d’ouvrir », indique le gérant, qui va mettre ses cinq salariés au chômage partiel.

« Tout le monde se retrouve puni à cause de certains »

Membre du comité de direction de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) en Ille-et-Vilaine, François de Pena ne décolère pas lui non plus. Il cible surtout la préfète qui « stigmatise toute une profession » avec son arrêté. « Dans leur grande majorité, les patrons de bars appliquent à la lettre le protocole dans leur établissement, assure-t-il. Mais à cause de certains mauvais élèves, tout le monde se retrouve puni. Cela fait des semaines que l’on demande à la préfète d’organiser des contrôles et de sanctionner les fautifs mais rien n’a été fait… »

Serveur dans un bar du centre-ville, Louis ne veut, lui, pas rejeter la faute sur les autres. « J’ai de la chance de travailler dans un bar qui est assez espacé et avec une grande terrasse, donc c’est plus facile pour nous de faire respecter les consignes, indique-t-il. Mais je comprends aussi que ce soit plus compliqué pour d’autres établissements où les clients se retrouvent vite collés serrés. Et les serveurs ne peuvent pas être derrière chaque client pour faire la police ».

« Les gens ne vont pas s’arrêter de boire après 23 h »

Travaillant dans un bar de la toujours animée rue Saint-Michel, Raphaël peut en témoigner. « C’est parfois compliqué de gérer tout ce flux, assure-t-il. Mais on ne peut pas non plus empêcher les gens de sortir ».

Outre l’impact économique, François de Pena craint aussi que la mesure soit inefficace d’un point de vue sanitaire. « Comme au temps de la prohibition, les gens ne vont pas s’arrêter de boire après 23 h, estime le syndicaliste. Ils vont donc se tourner vers des soirées privées dans des appartements et cela ne fera que déplacer le problème ».