Plan pauvreté : Pourquoi le gouvernement privilégie-t-il les aides ponctuelles au lieu de revaloriser le RSA ?

POLITIQUE Samedi, à l’occasion la journée mondiale du refus de la misère, le Premier ministre devrait annoncer de nouvelles mesures à destination des plus vulnérables, mais pas de revalorisation des minima sociaux

Delphine Bancaud

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La pauvreté est en augmentation en France depuis le début de la crise sanitaire.
La pauvreté est en augmentation en France depuis le début de la crise sanitaire. — Pixabay
  • Face à l’augmentation de la précarité dans l'Hexagone depuis le début de la crise sanitaire, le Premier ministre fera des annonces ce samedi en matière de lutte contre la pauvreté.
  • Alors que les associations demandent une revalorisation des minima sociaux et un élargissement des bénéficiaires du RSA, le gouvernement privilégie les aides ponctuelles aux plus fragiles.
  • Et ce pour des raisons économiques, mais aussi idéologiques.

Explosion des demandes d’aide alimentaire, augmentation des allocataires du RSA, difficultés croissantes des plus précaires à payer leur loyer… Conséquence du confinement et de la propagation du coronavirus, la situation des plus fragiles s’aggrave en France. « La crise économique se transforme en crise sociale », reconnaît-on à Matignon.

Fort de ce constat, le Premier ministre fera des annonces ce samedi pour lutter contre la pauvreté. Il détaillera l’aide exceptionnelle de 150 euros pour les allocataires du RSA (revenu de solidarité active) et de l’ASS (allocation solidarité spécifique), annoncée mercredi soir par Emmanuel Macron lors de son interview télévisée. Mais l’on sait déjà que cette aide sera augmentée d’un bonus de 100 euros par enfant à charge. Cette aide, déjà versée au printemps lors de la première vague de l’épidémie, devrait bénéficier à 4,1 millions de foyers, incluant 5 millions d’enfants. Les bénéficiaires de l’aide personnalisée au logement (APL) toucheront uniquement les 100 euros par enfant, selon Matignon. Mais Jean Castex devrait aussi annoncer un coup de pouce spécifique en direction des jeunes.

« C’est un choix de société »

Des aides ponctuelles dont l’objectif est « d’éviter la bascule dans la pauvreté », explique-t-on dans l’entourage du Premier ministre. « Notamment les autoentrepreneurs, intérimaires, salariés en fin de CDD… » Des aides certes bienvenues, mais qui ne sont pas à la hauteur de ce que demandent les associations de lutte contre la pauvreté.

« Il s’agit d’aides ponctuelles, alors que nous demandons une revalorisation des minima sociaux, l’ouverture du RSA au moins de 25 ans et la création d’un fonds de sécurisation des loyers », explique à 20 Minutes  Christophe Robert, le délégué général de la Fondation Abbé Pierre. Les associations l’avaient d’ailleurs dit et redit à Jean Castex lors d’une rencontre il y a deux semaines. « La population modeste, sous le choc de la crise, notamment les jeunes, n’a pas besoin d’un geste de charité temporaire mais qu’on l’aide à vivre décemment », estime aussi L’Observatoire des inégalités.

Si les associations ont obtenu une fin de non-receveir, c’est pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que les aides ponctuelles coûtent moins cher aux finances publiques qu’une revalorisation des minima sociaux ou un élargissement de ses bénéficiaires. Pourtant, selon Christophe Robert, cet argument budgétaire ne tient pas : « La suppression de l’ISF et la "flat tax" ont fait perdre près de 5 milliards d’euros par an à l’État. Et le gouvernement est en train de faire voter au Parlement un plan de relance de 100 milliards d’euros. Réhausser les minima sociaux n’est donc pas impossible, c’est un choix de société », insiste-t-il. Lors de son quinquennat, François Hollande, avait lui, décidé d’une revalorisation du RSA de 10 % en cinq ans.

Des voix politiques en renfort des associations sur le sujet

Si le gouvernement ne veut pas revaloriser les minima sociaux, c’est aussi pour des raisons idéologiques, estime Christophe Robert. « Il ne veut pas être taxé de renforcer ce que certains appellent l’assistanat. Comme si toucher le RSA ou l’ASS permettait de vivre décemment ! », fustige-t-il.

Emmanuel Macron ne s’en est d’ailleurs pas caché. « Nos fondamentaux, c’est la lutte contre la pauvreté par le retour à l’activité et le travail », a-t-il déclaré mercredi, estimant que « plus on augmente nos minima sociaux, plus on rend difficile le retour à l’activité ». Une théorie soutenue depuis des années par

président LR d’Auvergne-Rhône-Alpes et ancien secrétaire d’Etat à l’Emploi sous Nicolas Sarkozy. « On a perdu le sens des choses. Aujourd’hui, on verse des prestations et on enferme des gens dans l’assistanat », disait-il encore au Progrès il y a 18 mois, réclamant que des heures de travaux d’intérêt général (TIG) soient réalisées en contrepartie du RSA.

Mais la discussion est loin d’être close, les associations ne comptant pas en rester là. D’autant que des voix politiques sont venues leur prêter main-forte ces derniers jours. Le député du Val-d’Oise et ex-LREM Aurélien Taché, a plaidé ce vendredi dans un communiqué en faveur d’un « plan pauvreté alternatif » et propose d’augmenter les minima sociaux au niveau du seuil de pauvreté, ce qui permettrait à environ cinq millions de personnes de bénéficier d’un complément de revenus estimé en moyenne à 150 euros.

De son côté, le député et porte-parole du PS Boris Vallaud a appelé le gouvernement dans un entretien aux Echos vendredi à ouvrir le RSA aux jeunes de 18 à 25 ans. Il se prononce également pour une hausse durable du RSA et de l’allocation de solidarité spécifique (ASS), et non d’une aide exceptionnelle, telle que le gouvernement l’a prévue, une « aumône » selon lui. De quoi raviver encore le débat.