Strasbourg : Le bâtiment de la Maison Rouge est-il vraiment le plus laid de la ville ?

ARCHIMOCHE ? « 20 Minutes » s’intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents. Certains les qualifient de « laids », d’autres apprécient leur architecture. A Strasbourg, on a choisi de vous parler de la Maison Rouge

Gilles Varela

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Les bâtiments qui ne laissent pas indifférents les Strasbourgeois — 20 Minutes
  • Dans le paysage, on ne voit que ces bâtiments. Massif, trop haut, pas harmonieux, raté, etc. sont les adjectifs qui reviennent pour évoquer ces constructions qui au final sont devenues des emblèmes de nos villes.
  • Dans sa série 20 Minutes s’intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents, qui détonnent voire que certains qualifient de « laids », voici celui qui suscite l’unanimité contre lui à Strasbourg, la Maison Rouge.
  • Située au cœur de Strasbourg, place Kléber, la Maison Rouge est communément appelée la FNAC, du nom du principal commerce que le bâtiment abrite. D’une architecture caractéristique des années 1970, le bâtiment a été construit à la place d’un édifice historique et majestueux, l’hôtel de la Maison Rouge, détruit pour l’occasion.
  • S’il est le marqueur d’une époque, le bâtiment de la Maison Rouge est d'abord une réinterprétation de l’architecture traditionnelle.

« Hideux », « une aberration », une « désolation » qui « défigure la place »… Les péjoratifs pour décrire le bâtiment de la Maison Rouge à Strasbourg ne manquent pas. Selon les contributeurs de 20 Minutes  à qui l’on demandait quel était le bâtiment le plus moche de la ville, le bâtiment de la place Kléber est arrivé en tête, talonné de très près par le bâtiment du magasin du Printemps, situé à une centaine de mètres de là…

La Maison Rouge, communément appelée la FNAC, du nom du commerce principal qu’elle abrite, a depuis sa nouvelle architecture datant de 1978 « fait beaucoup parler ». Pas vraiment en bien, suscitant, dès sa construction de nombreuses contestations ou manifestations. Aujourd’hui encore, elle est souvent qualifiée « d’erreur architecturale », de « verrue ». Il lui est surtout reproché d’avoir mal remplacé un bâtiment historique, témoins de la vie culturelle strasbourgeoise et détruit pour l’occasion après un ultime incendie. Un bâtiment dont l’origine remonte à 1253 mais qui a surtout connu toute sa splendeur au cours du XIXe siècle. Le bâtiment a été entièrement repensé de 1973 à 1978 par  François Herrenschmidt, architecte en chef des bâtiments civils et des palais nationaux, grand architecte à qui l’on doit de nombreux bâtiments dont le centre administratif place de l’Etoile.

La Maison Rouge à Strasbourg le 20 novembre 2020
La Maison Rouge à Strasbourg le 20 novembre 2020 - G. Varela / 20 Minutes

Un passé historique riche

« Il faut d’abord souligner, pour comprendre ces avis négatifs, que le bâtiment ou tout du moins le site, a une très longue histoire, rappelle l’architecte Nathalie Larché, du cabinet Larché et Metzger, également enseignante à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Strasbourg (ENSAS). C’était un grand hôtel avec une architecture très forte, notamment sous la domination allemande ». « Une architecture de pierre, avec un style de "château", très élégant à l’intérieur, comme les palais ou les hôtels parisiens, détaille l’architecte. Situé en front de la place Kléber, c’était le bâtiment dominant, les autres autour étaient plus modestes. C’était un peu un fond de scène devant et dans lequel se déroulait toute la vie strasbourgeoise. »

Ce serait donc une riche histoire et la nostalgie d’un passé flamboyant qui expliquerait le « désarroi » des Strasbourgeois confronté à cette « nouvelle » architecture ? Plus qu’une « erreur », ce serait surtout le marqueur d’une époque. « L’intention de l’architecte était probablement d’enlever la monumentalité de l’édifice existant », explique Nathalie Larché. Un marqueur qui pourtant ne rompt pas si franchement avec l’époque. Car « les pans de toiture, le métal, les façades découpées, les jeux de la menuiserie, la façade décalée, reprend d’une façon plus contemporaine l’architecture dite alsacienne, avec ses colombages. C’est une réinterprétation de l’architecture traditionnelle. Une ouverture de la ville de Strasbourg. »

Typiques années 1970, époque des grandes reconstructions, des grands immeubles, « des architectures différentes, construites plus vite, avec d’autres matériaux que la pierre qui n’est plus utilisée, justifie l’architecte, adaptée au monde industriel qui évolue aussi. Si cela est actuellement mal perçu, cela reste un geste de modernité, pensé, une manière de faire fi du passé de l’ancien grand hôtel ».

Son aspect terne, triste, aux couleurs un peu marron et bronze, peine à emballer les foules. « On ne s’identifie pas, on ne sait pas trop ce qu’il y a derrière. Il peut y avoir des bureaux, il n’y a pas de monumentalité comme avant. On est un peu dans le rejet car le verre a un toujours un côté un peu froid », reconnaît Nathalie Larché. Une sensation renforcée par une façade pas toujours ensoleillée, vu son orientation, ce qui ne rajoute rien à l’affaire…

Pour l’heure, le bâtiment est toujours dans son jus, même s’il existe un projet de rénovation et que des travaux ont débuté pour changer ses vitrines. Un projet qui pourrait lui donner une plus forte identité, avec des couleurs différentes. Et qui sait, dans 50 ans, ce trait d’architecture qui ne fait plus rêver, « pourra être perçu différemment, comme l’a été le patrimoine industriel, relève Nathalie Larché. Un patrimoine un temps détruit et vénéré aujourd’hui. » Il faudra donc patienter encore un peu pour le savoir.