Nice : Pourquoi le « 1, promenade des Anglais » cristallise-t-il autant de critiques contre lui ?

ARCHIMOCHE? « 20 Minutes » s’intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents. Certains les qualifient de « laids », d’autres apprécient leur architecture. A Nice, on a choisi de vous parler du bâtiment, inauguré en 1975, qui ouvre la prom'

Fabien Binacchi

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Les bâtiments qui ne laissent pas indifférents les Niçois — 20 Minutes
  • Dans le paysage, on ne voit que ces bâtiments. Massif, trop haut, pas harmonieux, raté, etc. sont les adjectifs qui reviennent pour évoquer ces constructions qui au final sont devenues des emblèmes de nos villes. La tour Eiffel est l’un des exemples les plus manifestes. Dans la série Archimoche ?20 Minutes s’intéresse aux bâtiments qui ne laissent pas indifférents, qui détonnent voire que certains qualifient de « laids ».
  • A Nice, l’immeuble inauguré en 1975 et qui abrite l’hôtel le Méridien interpelle.
  • A tel point que certains accusaient Jacques Médecin, le maire de l’époque, de vouloir faire de Nice « un Las Vegas sur mer ».

« D’une laideur absolue » pour Cyril, « sans âme » selon Marc, il est même, et c’est Ben qui le dit, « la verrue de Nice »… N’en jetez plus, la cour est pleine ! En demandant à nos lecteurs, quel était, à leur sens, l’édifice « le plus laid » de la capitale azuréenne, les réponses ont été particulièrement fleuries concernant le plus cité. Non, le numéro 1 de la promenade des Anglais ne fait pas l’unanimité.

« Bâtiment de verre et d’acier, horrible au possible », selon Dominique, il abrite aujourd’hui deux hôtels, un McDonald’s et le casino Ruhl. Blanc, plein de balcons filants, il abrite aussi un roof top dont la vue est à couper le souffle sur la baie des anges. « Il n’est pas forcément le plus moche, mais je ne suis pas étonné qu’il termine numéro 1 », analyse l’urbaniste niçois Giovanni Fusco. « Et il y a quatre raisons qui peuvent l’expliquer : ce qu’il est, où il se trouve, ce qu’il a remplacé et ce qu’il symbolise. »

Inauguré en 1975, en lieu et place de l’hôtel Ruhl, une star de la Belle Epoque lancée en 1913, le nouveau bâtiment de neuf étages changeait résolument de style. A tel point que certains accusaient Jacques Médecin, le maire de l’époque, de vouloir faire de Nice « un Las Vegas sur mer ».

Dans un style « moderniste balnéaire »

« C’est un bâtiment de style moderniste balnéaire, explique Giovanni Fusco. Et le mouvement moderne avait imposé un esthétisme épuré qui satisfaisait une certaine élite, mais qui n’a jamais plu au plus grand nombre. » Et le spécialiste va plus loin : « Les travaux d’Alexander et Salingaros expliquent aujourd’hui pourquoi les formes architecturales “belles” pour ceux qui les vivent au quotidien ont une complexité visuelle semblable à celle que l’on trouve dans la nature. Sans ornement et à la composition simple, ce bâtiment ne répond pas à ce critère. »

Il pâtit aussi de son emplacement. « Le site est exceptionnel, entre la promenade des Anglais, la mer et le Paillon, sur le point nodal du jardin Albert-1er. Tout objet sur ce site se doit d’être à son tour exceptionnel. Et les observateurs éprouvent la tension entre l’exceptionnalité du site et la banalité du bâtiment », pointe le directeur du laboratoire Espace du CNRS et de l’université Côte d’Azur.

« Nice doit faire encore son bilan » après l’ère Jacques Médecin

D’autant plus « banal » ce bâtiment qu’il est venu remplacer un édifice de Charles Dalmas « emblématique de la Belle Epoque niçoise, opulent et chargé, avec des dômes, comme le Negresco qu’il a inspiré ». Et face à cette « perte » que certains éprouvent, « le nouveau bâtiment symbolise un urbanisme ignorant, qui se confond avec la promotion immobilière et, dans son marketing à court terme, ignore l’histoire locale et piétine le sens des lieux », tranche enfin Giovanni Fusco.

Selon lui, « Nice doit faire encore son bilan de l’action urbanistique des années Jacques Médecin, qui avait promu cette transformation du paysage de la promenade pour moderniser l’image touristique de la ville ».

Le bâtiment Iconic comprendra 6.500m2 de commerces dont un flagship Uniqlo, 4.800m2 de bureaux, cinq restaurants et un hôtel Hilton
Le bâtiment Iconic comprendra 6.500m2 de commerces dont un flagship Uniqlo, 4.800m2 de bureaux, cinq restaurants et un hôtel Hilton - Daniel Libeskind - Février-Carré / Compagnie de Phalsbourg

Il anticipe : « les mêmes raisons pourraient faire d’Iconic le vainqueur d’une consultation dans 30 ans ». Le futur bâtiment « diamant » de la gare de Nice, lancé par Christian Estrosi, figure d’ailleurs en bonne place dans le choix des lecteurs, alors même qu’il n’ouvrira pas avant fin 2021. Avec cet édifice, le « pire est à venir », prévoit Jean-Marc dans notre appel à contributions. Emilie, elle, y voit une « horreur en centre-ville » et Michaël le compare déjà à un « Futuroscope en plein milieu d’immeubles du XVIIIe ou du XIXe siècle ».