Coronavirus : Des directeurs d'école ont-ils été incités à dénoncer les élèves et enseignants refusant de porter un masque ?

FAKE OFF Un e-mail appelant des directeurs d'école primaire à signaler les élèves ou enseignants réfractaires au port du masque suscite l'émoi sur les réseaux sociaux 

Alexis Orsini

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Une école primaire à Bischwiller (Alsace), le 2 novembre 2020. (illustration)
Une école primaire à Bischwiller (Alsace), le 2 novembre 2020. (illustration) — PATRICK HERTZOG / AFP
  • C'est un e-mail pour le moins surprenant qui circule sur Facebook : signé d'une inspectrice de l'Education nationale, il invite des directeurs d'école à lui transmettre les coordonnées des familles d'élèves refusant de porter un masque.
  • Il leur demande aussi de signaler les enseignants réfractaires à cette mesure sanitaire contre le Covid-19.
  • Contactée par 20 Minutes, l'académie de Poitiers confirme l'authenticité du message mais déplore une « initiative individuelle » aux antipodes des consignes données au personnel enseignant. 

Et si la délation était le meilleur moyen de s’assurer que le port du masque est bien respecté au sein des écoles primaires pour lutter contre la propagation du coronavirus ? Sur Facebook, la capture d’écran d’un e-mail signé d’une « inspectrice de l’Education nationale » et incitant à une telle pratique provoque de nombreuses réactions de colère, d’indignation ou encore de dégoût.

« Mesdames et messieurs les directeurs d’école, je vous remercie de bien vouloir me donner nom, prénom, adresse mail, et téléphone des familles qui se montreraient encore opposée au port du masque pour leur enfant. Le préfet a donné des consignes très précises pour répondre à ces situations », peut-on lire dans les premières lignes de ce message.

Mais les parents d’élèves ne sont pas les seuls concernés par cette consigne, comme le montre la fin du message adressé aux établissements de la circonscription de La Rochelle (Charente-Maritime) : « Par ailleurs, je vous remercie de me signaler les enseignants qui refuseraient de porter le masque ou qui ne le mettraient pas pour certaines activités. »

« Voilà la pression exercée par le gouvernement sur les directeurs d’école qui, de fait, collaborent pour la plupart à maltraiter les enfants et à menacer ou mettre des pressions sur les familles », s’insurge pour sa part la page Facebook relayant cette capture d’écran.

FAKE OFF

Contactée par 20 Minutes, l’académie de Poitiers confirme l’authenticité du message : « Il a bien été envoyé, mais il s’agit d’un mail très maladroit et d’une initiative individuelle. Aucune consigne n’a été donnée en ce sens ni par les services académiques de l’Education nationale ni par la préfecture de Charente-Maritime. »

Christine Gourribon, co-secrétaire départementale du syndicat enseignant SNUipp-FSU 17, souligne l’émoi suscité par cet e-mail au sein du corps enseignant : « Les collègues ont été considérablement choqués par ce message appelant à la délation, et nous en avons immédiatement informé la Dasen [directrice académique des services de l’Éducation nationale], donc je ne pense pas que l’e-mail ait été suivi d’effet. Mais ce n’est pas la première fois que cette inspectrice a des propos maladroits. »

Une « approche de dialogue » pour les litiges relatifs au port du masque.

L’académie de Poitiers, qui indique avoir « fait le nécessaire pour rencontrer cette inspectrice », assure en outre que le personnel des écoles primaires est incité à adopter une « approche de dialogue et de pédagogie mais certainement pas de dénonciation » pour les litiges relatifs au port du masque.

« Ce qu’on demande à nos enseignants ou directeurs d’école, en cas de difficultés sur le sujet, c’est de pouvoir nous en informer pour qu’on puisse analyser chaque situation et dialoguer avec les familles concernées, sachant que certains enseignants se sentent démunis face à des familles réfractaires au port du masque. Notre intention est à la fois de préserver la santé et la sécurité des élèves comme des personnels et de s’assurer de la scolarisation de tous les enfants », explique-t-elle.

Une réalité de terrain confirmée par Christine Gourribon : « Il n’y a pas de problème avec les familles, les désaccords se règlent toujours par la discussion puisqu’elles acceptent à chaque fois que les enfants portent le masque. Quant aux collègues qui refusent de porter un masque, il s’agit de situations extrêmement rares et, là aussi, après discussion, ils finissent par le porter car ils savent que c’est obligatoire. »