Confinement : Pourquoi la colère monte chez les étudiants d’écoles privées au sujet de leurs frais de scolarité ?

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Une pétition d’élèves d’écoles de commerce a déjà rassemblé 19.800 signatures

Delphine Bancaud

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Une étudiante en colère
Une étudiante en colère — Pixabay
  • En raison de l’épidémie de Covid-19, les étudiants suivent leurs cours entièrement ou partiellement à distance et n’ont pas accès à tout un tas de services qui leur étaient promis initialement.
  • Ceux des écoles privées, qui payent des frais de scolarité élevés, s’estiment lésés et demandent le remboursement d’une partie de leurs droits d’inscriptions.
  • Mais les écoles refusent, soulignant que leur équilibre économique est en jeu.

Ils ont l’impression que le rapport qualité/prix de leur formation n’y est pas. Ces derniers jours, la colère des étudiants inscrits dans une école privée s’exprime de plus en plus vivement. Car en raison de l'épidémie de Covid-19, ils suivent leurs cours entièrement ou partiellement à distance et n’ont pas accès à tout un tas de services qui leur étaient promis initialement.

Chefs de file de ce mouvement : les étudiants de 23 écoles de commerce, qui ont lancé une pétition le 10 novembre. Elle compte plus de 19.600 signataires à ce jour. L’objectif : demander le remboursement d’une « partie de leurs frais de scolarité ». Des montants qui oscillent entre 7.000 et 15.000 euros à l’année. Leur montant a d’ailleurs presque doublé entre 2009 et 2020, selon une enquête du site spécialisé MisterPrépa. « Nous payons plus cher que nos prédécesseurs pour des cours de moins bonne qualité : la généralisation du distanciel pose des problèmes de concentration et donc d’assimilation des cours. Mais aussi pose de sérieux soucis pour les travaux de groupes, nombreux en école », écrivent les élèves dans leur pétition, expliquant aussi payer des loyers « pour rien ». Parmi eux Mathilde, qui a déboursé 13.000 € pour son M1 dans une école de management : « Je devais partir en Erasmus en janvier en Equateur. C’est annulé. Je finis un stage et je reprends les cours en janvier, en visio. Je vais très peu profiter des infrastructures de mon école (bibliothèque, salle de travail pour groupes, wifi, salle de sport…). Et les cours en visio ne sont pas autant formateurs que ceux en physique », confie-t-elle à 20 Minutes.

« J’estime que la valeur de mon diplôme est un peu réduite »

La grogne a gagné d’autres établissements privés, comme celui de Léane, inscrite en deuxième année de bachelor dans une école de sciences politiques. : « J’ai payé 7.500 euros de frais de scolarité et je considère que ce n’est pas seulement pour un enseignement, mais également pour les locaux, les conférences, la vie associative… Or, nous sommes passés en distanciel depuis octobre et nous le serons sûrement jusqu’en janvier », explique-t-elle à 20 Minutes. Forts de ces arguments, elle demande « un remboursement partiel ou un petit geste sur les frais de scolarité de l’année prochaine ».

Tout comme Mathilde : « J’aimerais être remboursée une partie, car j’estime que la valeur de mon diplôme est un peu réduite. J’avais choisi une école de commerce afin d’avoir accès à un départ à l’étranger avec une université partenaire renommée. Même si c’est indépendant de la volonté de mon école, je n’aurai pas cette expérience dans mon CV », regrette-t-elle. Une déception à laquelle est confronté Bruno Ducasse, directeur général de Montpellier Business School : « J’ai reçu une vingtaine de demandes de remboursement de frais de scolarité, sur les 2.500 élèves qui sont inscrits dans notre programme grande école. Ces élèves souffrent de ne pas bénéficier de l’expérience étudiante qu’ils auraient voulue, avec une vraie vie de campus ».

« Les frais de scolarité ne couvrent pas le coût réel de la formation ».

Mais pour l’heure, il y a peu de chances que les étudiants obtiennent gain de cause. « Après des conversations informelles, notre direction est complètement fermée à notre demande », déplore Léane. De son côté, la Conférence des grandes écoles (CGE), qui représente 229 établissements (ingénieur, management, architecture, design, institut d’études politiques…) a donné une fin de non-recevoir à cette demande. « Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les cours à distance ne coûtent pas moins cher que les cours en présentiel », explique la CGE. « Ils coûtent même plus cher, et le surcoût n’a pas été répercuté dans les frais de scolarité », poursuit-elle. Une réalité attestée par Bruno Ducasse : « Il nous a fallu équiper nos salles de caméras, afin de pouvoir filmer les enseignants pendant leurs cours, renforcer notre équipement en informatique et former nos personnels à de nouveaux outils numériques », explique-t-il.

Dans leur lettre, les écoles de la CGE reviennent aussi sur leur modèle économique : « Contrairement aux établissements publics (les universités et la grande majorité des écoles d’ingénieur), elles ne reçoivent pas de dotations de l’Etat et doivent créer leurs propres ressources. Les écoles de commerce françaises payent donc tout : les bâtiments, les personnels, la technologie, les services supports, la recherche ». Tout en expliquant la fragilité dans laquelle les mettrait un remboursement partiel des frais de scolarité : « Si l’on réduit les frais, il faudra réduire les dépenses, sous peine de déséquilibrer nos budgets ». « Nos écoles sont des établissements à but non lucratif. Nous réinvestissons tous nos bénéfices au service des élèves. Et les frais de scolarité que nous leur facturons ne couvrent pas le coût réel de la formation », souligne aussi Bruno Ducasse. Par ailleurs, plusieurs écoles ont mis la main à la poche pour apporter une aide aux étudiants les plus en difficultés : « Notre école a débloqué un fonds de 100.000 euros pour leur octroyer une bourse », témoigne ainsi Bruno Ducasse. Car hormis les étudiants qui sont en alternance et dont les frais de scolarité sont pris en charge par leur employeur, beaucoup d’autres se sont endettés pour financer leurs études dans une école privée.