Percy Prado face à Kylian Mbappé.
Percy Prado face à Kylian Mbappé. — LOIC VENANCE / AFP

ENTRETIEN

FC Nantes : « On m’appelle le rescapé », sourit Percy Prado, Canari depuis l’âge de 6 ans

Le défenseur nantais Percy Prado, qui a réalisé ses grands débuts à 24 ans en pro, raconte son parcours d’homme et de joueur de foot

  • A 24 ans, Percy Prado a connu sa première titularisation il y a dix jours contre le PSG.
  • Ce défenseur franco-péruvien, méconnu de beaucoup de supporters du FCN, raconte son histoire personnelle pour 20 Minutes.
  • A 4 ans, il est arrivé à Nantes et deux années plus tard, il signait au FCN, club qu'il n'a jamais quitté depuis.

« Pour l’instant, je n’ai rien fait encore… » Deux titularisations d’affilée en Ligue 1, ce n’est pourtant pas mal pour un joueur, ayant dû attendre l’âge de 24 ans pour connaître son baptême du feu dans l’élite. La France du foot a découvert – comme beaucoup de supporters nantais – Percy Prado et son numéro 33 face à Kylian Mbappé il y a une dizaine de jours dans une Beaujoire pleine à craquer. Avec le retour de Dennis Appiah pour la réception de Metz samedi (20 h), le Franco-Péruvien devrait néanmoins disparaître du onze titulaire des Canaris. Ce qui n’empêche pas le garçon de raconter son histoire personnelle pour 20 Minutes avec plaisir et toujours le sourire.

« J’ai quitté le Pérou à quatre ans… »

« J’avais quatre ans quand mes parents ont quitté Lima, la capitale, pour rejoindre Nantes. Ma grande sœur avait dix ans, ma petite sœur, un an. C’était un choix de vie de leur part. On avait ma tante ici. Ils sont venus pour avoir de meilleures conditions de vie. Si quelqu’un veut réussir en France, il a tous les moyens pour y arriver. Au Pérou, si on veut réussir, il faut de l’argent. Par exemple pour faire des études. Moi, j’ai toujours eu à manger sur la table, mais si mon père a fait le choix de venir en France c’est que c’était difficile pour ma mère et lui. Même si j’étais très jeune, je garde l’image des fêtes de famille à Lima. Mes deux grands-mères viennent du même quartier, elles habitent à cinq minutes à pied… »

« Ce fut un choc de retourner au Pérou en 2007… »

« La première fois que je suis retourné là-bas, ce fut un choc de voir la misère qu’il pouvait y avoir. A l’âge de 4 ans, je n’avais pas conscience de cette misère et je ne sortais pas de mon quartier. Quand tu traverses le centre-ville de Lima, tu passes un pont et tu vois un bidonville. C’est affolant. Tu tombes sur des petits qui mendient en pleine rue. J’ai été très choqué. »

« L’ambiance du quartier Malakoff, ça ne m’a pas dépaysé… »

« Avec mes parents, on est arrivé à Bellevue puis grâce à une association, on a trouvé un logement à Malakoff. C’était l’ambiance du quartier, ça ne m’a pas dépaysé de la vie de quartier de Lima. J’ai connu Abdoulaye Touré là-bas. Je jouais tous les jours en bas des immeubles sur le goudron, à côté du gymnase. On était insouciant. Après, avec mes parents, on est partis vivre à Beaulieu. Et aujourd’hui, ils sont à Orvault. »

« On m’appelle le rescapé du FCN… »

« Yvonnick Sidaner (coach des jeunes du FCN à l’époque) est venu me chercher à l’âge de six ans alors que je ne jouais que dans la rue. On était une bande de copains, mais on avait la chance de faire des tournois aux quatre coins de la France malgré notre jeune âge. J’ai fait toutes les catégories à la Jonelière. J’ai vu beaucoup d’amis se faire écarter. On m’appelle le rescapé. De ma génération 1996, il y a Alexandre Olliero [arrivé en 2013] et moi. On voit tout le monde partir, ça fait bizarre de voir des vagues de joueurs arriver puis tout le monde qui repart… et toi tu es toujours là. J’ai signé mon premier contrat pro en 2016. »

« Jamais un différend avec quelqu’un… »

« Il me semble avoir toujours été exemplaire sur le terrain. Je n’ai jamais eu un différend avec quelqu’un et je m’adapte à tout le monde. Plus jeune, c’est peut-être pour ça que j’ai souvent été capitaine. Tout cela est dû à mon éducation. Sur le terrain, je ne lâche rien et je n’aime pas perdre. C’est la grinta sud-américaine (rires). »

« Partir, j’en ai eu envie… »

« Vouloir partir de moi-même, j’en ai eu envie. J’ai souvent senti qu’il n’y avait pas vraiment à Nantes de liens avec les coachs du dessus [des professionnels]. Je me suis accroché. Il y a eu des moments difficiles. C’est dur quand tu vois des jeunes de trois ou quatre ans de moins arriver en réserve et que toi, tu y es toujours. Le coach Pierre Aristouy [de la N2] nous a bien redonné l’envie de jouer ensemble. Moi, je me suis retrouvé dans son style de jeu. »

« J’ai dû me coucher à 3 ou 4 h après Nantes-PSG… »

« Mes cousins regardaient le match FCN-PSG [le 5 février] en direct au Pérou. J’ai reçu des messages de toute ma famille encore là-bas. Ils connaissent très bien Mbappé, d’autant plus que c’est lui qui a marqué contre le Pérou en Coupe du Monde en 2018. Après le match, j’ai dû me coucher à 3 ou 4 h du matin… C’était fort en émotions. Non, je n’ai pas eu le temps d’échanger avec Mbappé sur le terrain (rires). Quand tu l’as affronté une fois, tu comprends mieux pourquoi tous les défenseurs sont tant en difficulté contre lui. »

« Je ne me prends pas trop la tête pour mon avenir… »

« Je suis en fin de contrat en juin. Je ne me prends pas trop la tête, je reste concentré sur ma fin de saison avant de penser à autre chose. J’ai envie de grandir, si ça ne doit pas se faire ici, on ira ailleurs. Je ne ferme pas de porte, mais si on me fait une proposition, je l’étudierai. »