Coronavirus : A Calais, la fête pour les vingt ans de l'épopée du club en Coupe de France attendra un peu

FOOTBALL Les célébrations du 20e anniversaire de l’épopée de Calais en Coupe de France ont dû être reportées à cause du coronavirus

Gilles Durand

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Le capitaine de Calais, Réginald Becque, reçoit la Coupe de France 2000 en compagnie de Mickaël Landreau (FC Nantes) de la main de Jacques Chirac, président de la République.
Le capitaine de Calais, Réginald Becque, reçoit la Coupe de France 2000 en compagnie de Mickaël Landreau (FC Nantes) de la main de Jacques Chirac, président de la République. — Pascal George / AFP
  • La ville de Calais devait fêter le 20e anniversaire de l’épopée de son club de foot, première équipe amateur de 4e division, à atteindre la finale d’une Coupe de France.
  • Un match entre les anciens joueurs, prévu le 6 juin, a dû être reporté à l’année prochaine.

La célébration attendra la fin de l'épidémie de Covid-19. La ville de Calais devait commencer à fêter, ce jeudi, le 20e anniversaire de l’épopée de son club de foot, première (et seule jusqu’alors) équipe amateur de 4e division, à atteindre la finale d’une Coupe de France. Ainsi, le 7 mai 2000, Calais finissait par rendre les armes face au FC Nantes, défait 2-1 à l’ultime minute, sur un penalty sujet à polémique.

Une revanche était programmée le 6 juin au stade de l’Epopée de Calais. Mais le coronavirus a obligé les organisateurs à reporter l’événement à l’année prochaine.

On refait le match

« Mickaël Landreau [capitaine du FC Nantes à l’époque] m’avait proposé de refaire le match avec tous les anciens. Au sein de l’asso Calais 2000, nous avions bien sûr accepté. C’est dommage car nous avions réussi à mobiliser tout le monde », souligne Réginald Becque, ancien capitaine de Calais, aujourd’hui salarié de la Fédération française de football.

L’exposition prévue à la mairie est également suspendue. « Elle était orientée sur l’esprit calaisien de la Coupe avec des documents, des courriers et des témoignages de l’époque que j’avais en ma possession. L’an prochain, on fêtera le rebond du 20e anniversaire », raconte Ladislas Lozano, emblématique entraîneur de Calais entre 1995 et 2001.

L’homme est de retour sur les terres de ses exploits passés depuis quelques mois. Il vient d’être élu conseiller municipal après une carrière qui lui laisse beaucoup d’amertume. « Cette finale et tout le parcours en Coupe sont des souvenirs fantastiques. Mais à titre personnel, ça m’a fait beaucoup de bien et beaucoup de mal à la fois », regrette Ladislas Lozano.

« Blacklisté » du football français

Et, malgré de bons résultats obtenus à l’étranger, il assure avoir été « blacklisté » du football français. « Mes prises de parole naïves et inexpérimentées de l’époque, m’ont forgé une mauvaise réputation de donneur de leçon que je ne méritais pas, glisse-t-il avec amertume. Quand j’ai eu besoin de retrouver un club en 2015, j’en ai contacté 250 avec seulement une dizaine de réponses. »

« On ne peut pas nier que c’est grâce à lui que nous avons réussi ce parcours, admet Réginald Becque. C’est un très grand professionnel qui prend toujours plaisir à nous retrouver. On a vécu quelque chose d’incroyable ensemble. On se demande d’ailleurs encore comment ça a été possible. »

Car au-delà de l'aventure exceptionnelle qu’ont vécue les Calaisiens, c’est surtout l’épilogue qui reste gravé dans les mémoires. « Nous étions dans une phase descendante aussi bien physiquement que mentalement. La pression avait été trop forte, se souvient Ladislas Lozano. A la mi-temps, alors que nous menions 1-0, je sentais que nous étions en dedans, surtout dans l’entre-jeu. J’ai essayé de secouer les joueurs. »

« Il y avait penalty »

Et le destin a voulu que l’arbitre siffle un penalty pour Nantes juste avant la fin du match pour une faute peu évidente sur l’attaquant Alain Caveglia. « Vu l’attitude corporelle, la façon de tomber d’Alain, c’est compréhensible, les gens n’ont retenu que ça, mais j’étais près de l’action et au départ, Alain est bien accroché dans la surface. L’arbitre a mis du temps à siffler, mais il y avait penalty », assure Antoine Sibierski dans La Voix du Nord.

Ironie de l’histoire, c’est ce « ch’ti », formé à Lille, qui est devenu le bourreau des Calaisiens en inscrivant les deux buts nantais. « On n’a pas été volé, estime Réginald Becque. C’est un fait de jeu comme il en existe dans tous les matches. C’était à nous de faire la différence plus tôt. »

Quelques années plus tard, Ladislas Lozano a recroisé la route de Claude Colombo, l’arbitre de la rencontre. « Pour lui, il y a penalty. Il n’en démord pas même si Caveglia a avoué qu’il avait un peu plongé », sourit l’ex-entraîneur de Calais.

Une chose est sûre, ce n’est pas M. Colombo qui arbitrera la rencontre l’an prochain. « Si on lui demandait, je crois qu’il dirait oui, assure Réginald Becque. Les joueurs de Calais ne lui en ont jamais voulu, mais certains supporteurs calaisiens n’ont toujours pas digéré sa décision depuis vingt ans. Ce n’est pas la peine de remuer le couteau dans la plaie. »