Jean-Michel Aulas arrive au Conseil d'Etat avant l'audience de l'OL, Amiens et Toulouse concernant l'arrêt de la Ligue 1.
Jean-Michel Aulas arrive au Conseil d'Etat avant l'audience de l'OL, Amiens et Toulouse concernant l'arrêt de la Ligue 1. — Michel Euler/AP/SIPA

FOOTBALL

Ligue 1 : « Une décision illégale et injuste »… Lyon, Amiens et Toulouse ont joué leur dernière carte devant le Conseil d’Etat

Nicolas Camus

Le juge en charge de ce (gros) dossier rendra ses conclusions lundi ou mardi

  • Lyon, Amiens et Toulouse ont déposé des recours devant le Conseil d’Etat au sujet de l’arrêt de la Ligue 1 et ses conséquences.
  • L’audience a eu lieu ce jeudi après-midi et a duré près de trois heures.
  • La Ligue 1 peut-elle reprendre ? Peut-elle se jouer à 22 la saison prochaine ? Le juge rendra ses conclusions en début de semaine prochaine.

La fin de la Ligue 1 se joue donc devant la justice. Pendant trois heures, jeudi après-midi, dans la salle du contentieux du Conseil d’Etat, la Ligue de football professionnel (LFP) et ses représentants se sont confrontés à Lyon, Amiens et Toulouse, les trois clubs qui ont déposé des recours contre la manière dont s’est terminé le championnat de France.

Chacun était venu avec ses propres requêtes. L’OL entend faire reprendre le championnat, arguant que nos voisins ont montré que cela était possible et que la 7e place à laquelle le club a terminé avait de lourdes conséquences économiques. Amiens et le TFC ne contestent pas l’arrêt de la compétition mais la manière d’établir le classement et leur relégation qui en découle.

Comme d’habitude, Jean-Michel Aulas a mis les mains dans le cambouis en participant aux débats aux côtés de son avocat, contrairement au président amiénois Bernard Joannin, resté dans le public – son homologue toulousain Olivier Sadran n’était lui pas présent. L’occasion pour JMA, bouillant depuis deux mois, de lancer quelques piques à son meilleur ennemi du moment, le directeur général exécutif de la LFP Didier Quillot.

Aulas, infatigable, s’est dit « consterné » par le refus de la LFP d’envisager une reprise, s’écharpant notamment avec l’avocat de la Ligue concernant la fameuse date du 3 août, limite fixée par l’UEFA pour terminer le championnat. Ou pas. « Le président Céferin m’a écrit pour me dire que l’interprétation que vous avez faite de cette demande n’est pas exacte », a rappelé le dirigeant lyonnais. « C’était une "recommandation forte", selon leur expression. Donc plus qu’un souhait, mais moins qu’un ordre, a rétorqué le défenseur de la LFP. Je ne vois pas comment on aurait pu l’interpréter différemment. »

La responsabilité de l’arrêt du championnat en toile de fond

Me Poupot et Didier Quillot ont beaucoup insisté sur la somme d’éléments qui allaient dans le sens d’un arrêt à ce moment-là, entre les circonstances sanitaires et surtout le discours d’Edouard Philippe du 28 avril, dans lequel le Premier ministre a « expressément cité le football » en déclarant que les sports professionnels ne pourraient pas reprendre.

Une manière de rejeter la responsabilité de l’arrêt du championnat sur le gouvernement, alors les deux parties se renvoient la balle ces derniers jours. Mercredi encore, la ministre des Sports Roxana Maracineanu déclarait que l’organisation de la compétition revenait à la Ligue. Didier Quillot a rappelé plus d’une fois que l’instance n’avait fait que suivre à la lettre les mots du Premier ministre.

Une Ligue 1 à 22 la saison prochaine ?

Derrière le volubile dirigeant lyonnais et les nombreuses voix de la Ligue, Amiens a également su se faire entendre au moment de contester une relégation provenant d’une « décision illégale et injuste ». « La photographie faite par la LFP à la 28e journée est floue », a asséné l’avocat du club, assez tranchant.

« Je parle librement, car le club a voté contre l’interruption du championnat, n’est pas concerné par le problème du quotient et encore moins par les "recommandations fortes" de l’UEFA, a-t-il développé. Amiens est relégué, si j'ai bien compris, à cause d’une phrase du Premier ministre et de recommandations de l’UEFA dont on se demande ce qu’elles sont réellement. En quoi tout cela nous concerne ? »

Une sortie qui a lancé une discussion sur la possibilité d'une saison blanche ou de disputer une saison de L1 à 22 équipes, et à laquelle Aulas a apporté son écot, ne pouvant pas résister à la tentation d’en placer une petite sur « l’impartialité » du Conseil d’administration de la Ligue. « Un certain nombre de présidents y siégeant avaient un intérêt non nul à l’arrêt du championnat », a-t-il lâché. Joliment dit.

« On voulait faire un classement le plus juste possible, tout en sachant qu’il serait injuste »

« La Ligue représente l’intérêt général, celui des 40 clubs professionnels. Nous avions en face de nous trois clubs qui étaient là pour défendre leur intérêt particulier. On peut les comprendre, mais nous ne pouvions pas prendre une décision autre que celle-ci », a fait valoir Quillot à la sortie de l’audience. « On voulait faire un classement le plus juste possible, tout en sachant qu’il serait injuste », avait défendu peu avant Arnaud Rouger, le directeur des activités sportives de la LFP.

La Ligue 1 peut-elle reprendre ? Peut-elle se jouer à 22 la saison prochaine ? La seconde question est êut-être plus ouverte que la première. Le juge des référés en charge du dossier, Bertrand Dacosta, a demandé aux différentes parties d’apporter des éléments complémentaires vendredi pour l’aider à rendre ses conclusions. Elles interviendront en tout début de semaine prochaine, lundi 8 ou mardi 9 juin.