PSG – Atalanta : Alors comme ça, le football ne manquait à personne ?

FOOTBALL Le scénario dingue du quart de finale entre le PSG et l’Atalanta Bergame nous a presque fait oublier le huis clos et tout le reste

Julien Laloye

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Marquinhos a égalisé à la 90e minute face à l'Atalanta Bergame.
Marquinhos a égalisé à la 90e minute face à l'Atalanta Bergame. — David Ramos / POOL / AFP

De notre côté, on a réussi à rester digne. Parce qu’on sait se tenir, parce que c’est notre métier, et surtout parce que les enfants dormaient et qu’on n’avait pas envie de finir sur le canapé. Mais en voyant les Parisiens retourner l’Atalanta en 180 secondes dans une folie communicative, on a repensé en souriant à tous les grands esprits du printemps qui nous expliquaient qu’on pouvait tout à fait vivre sans le sport, et encore plus sans le foot du XXIe siècle, le pognon indécent qu’il charrie, son mépris de la culture ultra, et son mépris du jeu, tout court, quand on parle de la France.

Oui, le jeu nous avait manqué

Le débat était né d’une humeur bien troussée de nos estimés confrères de So Foot, Docteur j’ai un problème le foot ne me manque pas, avec laquelle on avait exprimé notre désaccord de fond, dans des discussions à n’en plus finir sur nos fils Whats App d’amateurs de la chose sportive.

Notre argument principal, en dehors d’une certaine culture de la résignation liée au contexte de la crise sanitaire ? Cela ressemblait à la posture en vogue du moment, comme les Parisiens qui filent à l’anglaise pour nos campagnes de province avant le confinement, « parce que tu comprends là-bas on respire, on a de l’espace, et puis tu sais quoi j’en ai marre de cette vie de fou si je lâchais tout pour faire de la décoration d’intérieur ? » avant de revenir en quatrième vitesse pour se faire un brunch de retrouvailles aux Batignolles, « parce que bon le télétravail bocage normand sans wifi, ça va trois minutes, j’ai besoin de voir du monde ». Oui, il n’y avait pas de foot, alors on faisait avec, ou plutôt sans, et cela ne nous empêchait pas de dormir. C’est heureux, on sait faire la part des choses.

Qui peut dire qu’il n’a pas retrouvé l’essence du foot mercredi ?

Maintenant qu’il est de retour, on fait quoi ? On continue à jouer les peine-à-jouir ? Entendons-nous bien, nous aussi on a envie de se noyer attaché un bloc de ciment rien qu’à l’idée de se cogner des week-ends entiers de Ligue 1 à huis-clos, et peut-être qu’on tiendrait un discours différent si l’UEFA ne nous avait pas proposé un fond sonore pour suivre PSG-Atalanta comme s’il y avait de l’ambiance.

On se souvient avoir eu beaucoup de peine à suivre le sacre du Real de Zidane en Espagne, par exemple, autant pour le rythme flageolant que pour les vignettes ridicules en tribunes servant à masquer l’absence des supporters. On a souffert comme tout le monde devant chaque seconde de PSG-OL en coupe de la Ligue, mais c’était peut-être juste un mauvais match, et c’était la coupe de la Ligue, qui n’a pas été envoyée au cimetière pour rien.

PSG-Atalanta, revenons-y.

Qui peut dire hier soir qu’il n’a pas retrouvé l’essence du foot ? L’émotion, la tension, la délivrance animale sur le but de Choupo-Moting, l’homme des railleries incessantes, l’histoire mille fois racontée mais jamais décevante du joueur oublié au fond de la penderie qui vient claquer un but pour l’histoire.

Qui peut dire que le plat du pied du Camerounais ne sera pas raconté comme la tête de Kombouaré ou le coup-franc de Ngotty, dans 20 piges, alors que cinq minutes avant, on se gaussait encore de la vieille complicité du PSG qatari avec la lose ?

Qui peut dire que l’engagement forcené de Neymar, son envie de tout arracher, ne ressemblait pas à la rencontre tant désirée entre un homme et son destin parisien, enfin ?

Qui peut dire que la course de canard boiteux de Verratti au coup de sifflet final était moins joyeuse ou spontanée parce que le stade était vide et qu’on entendait le commentateur radio en haut de la tribune de presse ?

Qui peut dire, parlant de tribune de presse et de commentateur radio, que notre confrère d’Europe 1, dont les cordes vocales ont lâché en plein direct, a posé sa voix sur un ersatz de quart de finale de C1 ?

Qui peut dire à ce supporter parisien entendu sur une grande radio nationale confier « n’avoir pas vécu pareille émotion depuis juillet 2018 » qu’il a perdu le sens de la mesure, comme tous les autres descendus sur les champs fêter les retrouvailles de leur club de cœur avec le très grand monde 25 ans après ?

Qui peut dire qu’il ne souhaite pas aux supporters lyonnais, grincheux depuis de trop longs mois, le même enthousiasme débridé​, la même folie douce, samedi soir, après la galopade victorieuse d’Houssem Aouar face à City ?

Alors ce n’est pas vraiment le foot d’avant, ce n’est pas même celui qu’on a envie de voir tous les jours de l’après, mais en attendant, on en reprend tous les jours.