Roland – Garros : « C’est une blague ou quoi ce froid ? », une première journée à peine moins déprimante que prévu

TENNIS Les conditions météos et l’absence de public ont évidemment faussé la perception des joueurs pour l’ouverture de la quinzaine

Julien Laloye

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Le court Suzanne Lenglen le 27 septembre 2020.
Le court Suzanne Lenglen le 27 septembre 2020. — Thomas SAMSON / AFP

A Roland-Garros,

Cela a été moins pire que prévu, tout compte fait. Pourtant, on en faisait des cauchemars depuis notre dernière consultation de l’appli Meteo France la veille. De la pluie au petit-déjeuner, une rincée à midi, et la marée pour le dîner, le tout devant 1000 pékins disséminés sur un espace grand comme le Liechtenstein, disons qu’on ne débordait pas d’enthousiasme en laissant les enfants dimanche matin. Azarenka devait penser la même chose que nous, vu son humeur de chien au moment de rentrer sur le Lenglen pour le premier match de la journée.

Azarenka commence fort

Des grognements dès le premier point, puis un coup de gueule au premier changement de côté auprès de la juge-arbitre. « Ça devient ridicule, tu ne vois pas ce qui se passe ? Il faut beaucoup trop froid. C’est impossible de tenir la raquette parce que tout est mouillé. C’est une blague ou quoi ? Il doit faire huit degrés, moi je vis en Floride et je suis habituée à la chaleur. Je ne vais pas rester ici parce que j’ai froid ». Au même moment sur le court Simonne-Mathieu, Mertens décide elle aussi de quitter le court en racontant peu ou prou la même chose. Les deux seules têtes de série sur le pont qui décident de boycotter leur match au bout de dix minutes, ça part bien.

Ailleurs ? Et bien ça joue, tant bien que mal. Dédicace aux deux Australiennes Inglis et Sharma qui ont sorti la jupette et le débardeur aux épaules, comme un jour de canicule à Melbourne. Le premier Français, Benjamin Bonzi, est concentré sur son affaire face à un Finlandais très coopératif. Un indice facile pour repérer son coach en tribunes ? Il porte sur ses genoux une serviette blanche donnée par l’un des deux hôtels qui héberge obligatoirement les joueuses. Faut bien se réchauffer un peu. Lionel Zimbler, le coach en question, est un peu seul. On zyeute quand même un groupe de quatre zigotos qui poussent fort derrière le 226e mondial. Pierre, Chrystelle, Fabienne, et son fils Yohann ont pris le train aux aurores depuis Lyon. Ils font partie du Rotary club des 750 veinards tirés au sort pour la journée.

« On a le stade pour nous »

« On est restés un peu derrière Bonzi parce qu’il est un peu seul, le pauvre ». Ça marche pas mal puisque le Français arrache le 2e set au forceps. Une heure après l’attend le chèque de sa vie (84.000 euros), alors que le Nîmois devrait être à la maison depuis longtemps. Au premier tour des qualifs, il a dû sauver cinq balles de matchs contre un Gulliver tchèque qui a trouvé le moyen de paumer un smash tout fait à cause du soleil. Point de suspense, on n’a pas vu la queue d’un début d’éclaircie dimanche, mais il n’a pas plu de l’après-midi, permettant même à Murray et Wawrinka de finir toit ouvert sur le Central, comme dans une bonne vieille golf décapotable.

Notre groupe de Lyonnais comptait voir du pays avant de s’installer pour la meilleure baston de la journée. « On a le stade pour nous, on peut aller sur tous les courts, on n’est pas malheureux, même si c’est un peu triste de voir Roland comme ça. On espère juste que le temps va tenir ». Ça tient, à la surprise générale, et Azarenka daigne finir son match dans une polaire entre Desigual et le vintage gentiment ringard. Elle s’explique sur sa bouderie initiale par visio conférence.

« Je n’étais pas contente, il faut comprendre, je ne sais pas que ce vous appelez une petite pluie. Il pleuvait déjà quand j’étais en train de m’échauffer. Je pense que mon opposant a glissé lors du troisième jeu, elle n’était pas à l’aise non plus. Donc la main était mouillée, je me demandais si je pouvais continuer à jouer. L’arbitre m’a demandé si on était prête à attendre plus longtemps parce que la pluie devait s’intensifier. J’ai demandé à mon adversaire si elle souhaitait attendre sur le court, elle m’a dit non. Je n’allais donc pas perdre mon temps à rester assise là et prendre froid. C’est difficile, les conditions actuelles sont difficiles. Je ne vais pas me plaindre. On a parlé avec le superviseur, elle nous a gentiment fait comprendre qu’il y avait encore un gros nuage à passer et qu’après on allait retourner jouer sur le court dès que l’on nous appellerait ».

Goffin et Chardy en dépression

Fin de l’incident, donc. La finaliste de l’US Open est en pleine bourre, à la différence de David Goffin qui nous fait une peine folle pour le premier match de l’histoire du Chatrier sous le toit. Une déculottée contre Sinner en moins de deux heures, et le Belge qui nous explique qu’il traverse une petite déprime, tout simplement : « C’est vrai que l’envie de jouer est là, mais en match, je vois qu’il n’y a pas la motivation et la flamme pour vraiment m’accrocher sur tous les points. J’en ai besoin, il faut que je sois vraiment dans un bon état d’esprit pour essayer de m’accrocher, et de gagner chaque match. Là, ça n’y est pas ». Goffin oublie même se saluer le maigre public en partant, pendant que Sinner est interrogé par Cédric Pioline à dix mètres de distance, avec un micro de chanteur de variété. Une bizarrerie de plus dans ce Roland spécial Covid.

Parlant de déprime, une petite pensée pour le jeune homme qui fait de le retape dans le vide pour la nouvelle Peugeot 208 dans une allée principale désertée par la vie. Une bonne âme tente de lui remonter le moral avec une blague qui vaut ce qu’il vaut, « Monte dans la voiture, t’auras moins froid », mais ça ne prend pas. On est tristes pour lui, comme on est tristes pour Jérémy Chardy qui fait pourtant du Chardy. Un match interminable contre un Autrichien inconnu, perdu un truc comme 10-8 au cinquième. En temps normal, le Lenglen aurait fait un boucan d’enfer, mais là, ils sont 25 à tout casser à prendre le vent dans la tronche, et ça leur coûte même d’enlever les moufles pour applaudir. « Je n’ai pas eu du tout l’impression de jouer à Roland Garros. Le Lenglen est un beau court, c’est toujours une chance de jouer dessus, il y a toujours de l’ambiance. Tu vis toujours un beau moment sur ce court, que tu gagnes ou que tu perdes. Aujourd’hui, je n’ai pas senti du tout d’émotion pendant le match. C’est ce qui est assez frustrant ».

« 1.000 personnes, ça plus de bruit qu’un coach qui applaudit »

On vibrouille un peu plus sur le Central avec la remontada de Caro Garcia contre Kontaveit, qui l’avait flinguée à Rome la semaine dernière. « Cela fait plusieurs semaines que l’on a personne dans les gradins à part notre coach qui applaudit, se félicite la Française. Alors quand il y a 1.000 personnes qui applaudissent j’ai l’impression que cela fait déjà du bruit ». On prend ce qu’on a, comme un Benoît Paire sérieux et appliqué en dépit d’un dernier mois à tourner zinzin. Romain, venu de Bretagne avec madame, est presque un peu déçu d’avoir manqué un pétage de cable Pairesque.

« Avec ses histoires de contrôles positifs, de quarantaine, et d’attitude sur ses derniers matchs, je ne pensais même pas qu’il irait au bout physiquement. Bravo à lui ». Il reste encore un peu de temps au jeune couple pour filer sur le Central et assister à l’enterrement de Murray. Le Britannique avait perdu sa hanche contre Wawrinka en demi-finale il y a trois ans. S’il a eu la force de revenir, le Britannique n’est plus que le fantôme du joueur qu’il était. Dimanche, il a résisté au Suisse à peine plus longtemps que Duhaupas à Yoka la veille. Triste, encore et toujours.