PSG-OM : « Ça peut vraiment arriver »... Comment Téléfoot a-t-elle pu rater le clash Alvaro-Neymar ?

FOOTBALL La nouvelle chaîne de foot est pointée du doigt pour avoir manqué les supposées insultes racistes d'Alvaro Gonzalez à l'encontre de Neymar 

Aymeric Le Gall

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Neymar et Alvaro sont dans un bateau.
Neymar et Alvaro sont dans un bateau. — FRANCK FIFE / AFP
  • La polémique post-Classique PSG-OM enfle depuis dimanche soir après les accusations d’insultes racistes de Neymar contre le Marseillais Alvaro Gonzalez.
  • La chaîne Téléfoot, diffuseur exclusif de cette rencontre, n’a pas réussi à retrouver la séquence en question qui aurait permis de faire la lumière sur cette affaire.
  • Pour comprendre les rouages de la réalisation d’un match, nous avons interrogé un spécialiste de la discipline. Pour lui, Téléfoot a commis une erreur de bonne foi.

Les patrons de la nouvelle chaîne Téléfoot espéraient certainement un départ plus soft pour leur première grande affiche de la saison. A deux reprises lors du PSG-OM de dimanche au Parc des Princes, les réseaux sociaux, toujours prompts à sauter sur la moindre défaillance des diffuseurs télé, se sont insurgés en direct de ne pas avoir accès au ralenti après les supposées insultes racistes dont Neymar aurait été la cible de la part d’Alvaro Gonzalez (et le crachat de Di Maria sur ce même joueur, dans une moindre mesure). Dans la foulée, c’est le journaliste de RMC Daniel Riolo qui criait au scandale, donnant un peu plus de résonance à une affaire qui risque déjà de nous occuper un bon bout de temps encore.

« C’est impossible qu’avec autant de caméras tu n’aies pas cette séquence-là !, s’est-il étranglé. Canal les aurait eus. Ou alors dites que la séquence n’existe pas ! Mais que la production n’ait pas les images c’est impossible. Malheureusement, ça me donne à penser que les gars qui réalisent pour vous la production c’est des blaireaux, c’est des nuls […] des amis réalisateurs m’ont dit que c’était pas possible [de ne pas avoir d’images] ». Invité à réagir à la polémique dans l’émission "L’After Foot", Thibault Le Rol, journaliste à Téléfoot, a tenu à livrer sa version des faits afin d’éviter que le poison du doute ne s’instille dans les esprits.

« On a tout regardé, on n’a rien vu. Je suis un peu chagriné envers Daniel Riolo, disait-il lundi soir. Tu as sous-entendu qu’on voulait faire de la Ligue 1 un film, qu’on maquillait quasiment nos images. J’ai passé cinq heures aujourd’hui à disséquer, à décortiquer toutes les caméras qu’on avait en notre possession, pour regarder ces images-là parce que le racisme est un sujet trop important. Si on avait eu les images, on les aurait montrées. C’était une info immense si on avait eu les images. C’était une info sociétale. »

On nous cache tout, on nous dit rien

La chaîne plaide donc une erreur de bonne foi. Est-ce vraiment crédible ? « Ça peut vraiment arriver, oui, répond un réalisateur habitué des grands matchs, préférant conserver l'anonymat. Il y a une sorte de légende urbaine sur beaucoup de faits qui se sont passés et où on dit "ils ont les images, avec toutes les caméras qu’ils mettent c’est pas possible autrement". Ça entretient un peu la suspicion, on se dit "ils ne veulent pas les donner, ils n’ont pas le droit de les diffuser". Alors qu’en réalité, ce phénomène peut arriver. On n’a pas vu, on l’a raté, point barre ».

A sa décharge, si le public en arrive à de telles conclusions, c’est aussi parce que depuis de nombreuses années les diffuseurs de la Ligue 1 lui promettent justement de ne pas manquer une miette du match grâce aux fameux « dispositifs exceptionnels » de couverture des matchs. Forcément, derrière, il se fait de plus en plus exigeant.

Pour un événement du type de PSG-OM, ce sont environ trente caméras qui sont dispatchées dans le stade. Sauf que sur ces trente, « on va en avoir 25 qui suivent en permanence le jeu, poursuit le réalisateur. Quelque chose qui est hors ballon comme on dit, ça peut arriver de le manquer. » C’est pourtant la pire hantise du réal. Comme le disait sur RTL Jean-Jacques Amsellem, célèbre réalisateur de foot français, « la seule et unique consigne c’est de se dire qu’il ne faut rien rater ».

Le raté, la hantise du réalisateur

Et quand ça arrive, comme ça semble être le cas pour Téléfoot dimanche ? « Ça dépend ce qu’on rate, réfléchit notre spécialiste. Le réalisateur, quand il sort de son match dimanche, il sait qu’il a raté l’insulte ou le crachat parce qu’il ne les a pas vus. Mais en rentrant chez lui, il voit que la polémique enfle et là il va se dire "mais pourquoi je n’ai pas les images ?". Il va être mal. Celui qui rate un but (et c’est arrivé à tous les grands réalisateurs français), il faut deux ans pour s’en remettre, très clairement. »

Lui-même a eu droit à sa petite descente d’organe après avoir manqué un but des trente mètres sous la barre : « Enfin, le début de l’action, quand l’attaquant arme sa frappe, corrige-t-il. C’était après un coup franc joué rapidement, je montrais le ralenti de la faute qui venait d’avoir lieu. Je vous garantis que ça a été assez virulent derrière, j’ai pas mal encaissé et j’ai mis du temps à m’en remettre. »

Pour revenir au cas du clash Neymar-Alvaro, ce qui laisse perplexe c’est justement que l’action concerne le Brésilien, un joueur qui mérite à lui seul un dispositif particulier. Notre témoin acquiesce.

« Quand on a Neymar et qu’on est réalisateur, on s’arrange pour avoir le doigt dessus comme on dit. Neymar c’est Neymar. S’il fait un truc de dingue ou qu’il se blesse gravement, voire que sa carrière se termine là-dessus, et que j’ai pas l’image, je crois qu’on ne va pas être très content quand j’irai au bureau le lendemain. Après on peut être en gros plan sur le visage de Neymar et rater le joueur qui l’insulte. »

BeIN a d’autres images

En fin connaisseur du métier et des rouages du monde de la télévision, le réalisateur sportif a du mal à croire aux accusations complotistes contre la chaîne Téléfoot. « J’ai déjà vu ce genre de débat, on prête souvent des mauvaises intentions là où il n’y en a pas, déplore-t-il. D’autant que si je suis la chaîne Téléfoot, j’ai tout intérêt à ce que l’image sorte en termes de publicité, de crédibilité. » 

Le fin mot de l’histoire viendra peut-être de BeIN MENA (la branche de BeIN Sports au Moyen-Orient), qui disposait ce soir-là des droits pour placer une caméra isolée sur Neymar et qui aurait filmé toute la scène avec Alvaro Gonzalez. Selon le Parisien, le PSG a mandaté des experts en lecture labiale afin de savoir ce qu’a dit Alvaro Gonzalez au numéro 10 parisien. En fonction des résultats, la commission de discipline de la LFP pourrait alors demander d’analyser à son tour les images de BeIN Sports. D’ici là, espérons que le réalisateur du match de dimanche ne mette pas deux ans à s’en remettre.