Que compte faire Strasbourg contre les rats, les punaises et les espèces « nuisibles » ?

SOCIETE Face à la prolifération des rats et des punaises de lit, une « mission d’information et d’évaluation pour la gestion du rat en ville et des animaux liminaires dans l’habitat » vient d’être mise en place par la ville de Strasbourg

Gilles Varela

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Lille, le 20 mai 2013. Les rats ont envahi un pate de maisons du quartier de Fives.
Lille, le 20 mai 2013. Les rats ont envahi un pate de maisons du quartier de Fives. — M.LIBERT/20 MINUTES
  • La prolifération des rats ou des punaises de lits s’aggrave à Strasbourg, plongeant ainsi de nombreuses familles dans l’angoisse.
  • La « mission d’information et d’évaluation pour la gestion du rat en ville et des animaux liminaires dans l’habitat » mise en place par la ville doit permettre, pendant les six prochains mois, de mener des réflexions pour trouver des solutions adaptées et efficaces, pérennes, sans négliger la cause animale.

Si vous ne les avez pas encore croisés, vous en avez forcément entendu parler. Les rats prolifèrent dans la ville tout comme les punaises de lits qui s’invitent dans les foyers strasbourgeois. Des beaux quartiers à ceux plus populaires, tout le monde est servi. A tel point que le sujet s’est invité lors du dernier conseil municipal lundi. Sujet qui a d’ailleurs été traité dans l’hémicycle d’une manière un peu surréaliste : la sémantique employée pour définir le statut de ces animaux l’a, pendant de longues minutes, emporté sur le fond du problème. Au risque aussi de ne pas vraiment répondre à la question : comment venir concrètement en aide aux Strasbourgeois qui souffrent un peu plus chaque jour de ces fléaux.

Qu’ils soient appelés animaux liminaires, nuisibles, que l’on parle de régulation, d’éradication, de contraception, sur le terrain, la situation s’aggrave. « Les témoignages se multiplient et des solutions sont attendues » témoigne Jean-Philippe Maurer, conseiller municipal d’opposition (LR). « Cela fait des années que l’action publique n’est pas suffisante » déplore-t-il.

Une mission pour trouver des solutions

Rats dans les appartements, les chambres d’enfants, les aires de jeux, dans les voitures dont ils rongent les câbles, les caves, les lieux de stockage des poubelles… « Certains rongent même les façades en polystyrène des immeubles où ils creusent des galeries pour rentrer dans les logements, par les balcons », rapporte l’élu. Et ce ne sont pas les seuls nuisibles à perturber le quotidien des habitants de la ville. « Le traitement contre les punaises de lit constitue à présent le principal chiffre d’affaires d’un droguiste de la ville », poursuit Jean-Philippe Maurer.

Pour remédier au plus vite à la situation, la ville a décidé la création d’une « mission d’information et d’évaluation pour la gestion du rat en ville et des animaux liminaires dans l’habitat », même si elle a déjà opéré à des actions concrètes et ponctuelles, notamment l’enlèvement de déchets.

D’autres idées ? Là aussi les questions divisent au sein du conseil municipal. Approches radicale, létale ou pragmatique s’affrontent face au respect de la cause animale. « Sachez que dans le métro de New York des tests contraceptifs pour les rongeurs ont été menés avec succès », explique Marie-Françoise Hamard, conseillère municipale déléguée aux animaux dans la ville. Cette dernière propose une approche « bien bienveillante », la régulation douce, qui pourrait « assurer une gestion pérenne et efficace des animaux ». Adjoint de la maire de Strasbourg, Marc Offsess insiste, lui, sur la nécessité de ne plus considérer ces animaux comme des nuisibles à exterminer et de « s’attacher aux causes » qui sont multiples. « Les comprendre, c’est déjà esquisser les solutions, c’est commencer à agir sur elles. Il faut changer de regard. »

Une mission qui est de toute façon une bonne chose car « elle officialise le problème », explique encore à 20 Minutes Jean-Philippe Maurer. « Durant trop longtemps, ce problème n’a pas été pris à sa juste mesure. Il faut évaluer mais en parallèle, agir très vite car la situation est intenable. Même si je n’y suis pas opposé, même si la science avance, les gens ne peuvent attendre une campagne de contraception. » L’élu préconise un plan d’ensemble, simultané. « On connaît les problèmes des locaux où sont rangées les poubelles, trop petits dans certains immeubles, ça déborde, obligeant les gens à les garder chez eux. Ce sont des situations où le service public doit intervenir, travailler avec les bailleurs, changer les comportements, intensifier les financements de ces politiques publiques. » En attendant, les discussions au sein de la mission risquent bien d’être animées pendant les six prochains mois de son existence.