«False Flag»: Israël, terre promise des séries d'espionnage?

SERIES Tel-Aviv est devenue l’eldorado des séries d’espionnage pour Hollywood, comme avec « False Flag » diffusée ce jeudi sur Canal +, et déjà acquise pour un remake américain…

Anne Demoulin

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Ishai Gola (Ben Raphael) dans la série «Fase Flag», diffusée ce jeudi 7 janvier sur Canal+ à 21h.
Ishai Gola (Ben Raphael) dans la série «Fase Flag», diffusée ce jeudi 7 janvier sur Canal+ à 21h. — Keshet International

Un petit pays à la créativité immense. La télévision israélienne est devenue un acteur important sur le marché international des programmes audiovisuels, tant pour ses séries que pour ses jeux. Après Hatufim, la série israélienne qui a inspiré Homeland, Hostages à l’origine de la série américaine éponyme, place à False Flag, une nouvelle série d’espionnage made in Israël, dont le premier épisode est diffusé ce jeudi à 21h sur Canal +. Comment Israël est devenu le vivier des séries d’espionnages ?

Un public et des auteurs sensibilisés

False Flag, prix du public de la meilleure série au festival Séries Mania, est déjà acquise pour un remake américain, plonge le spectateur dans les méandres des services secrets et du double jeu. La série raconte comment cinq citoyens israéliens découvrent un beau matin qu’ils sont les principaux suspects de l’enlèvement d’un ministre iranien à Moscou. L’assassinat du leader du Hamas Mahmud Al Mabhouh à Dubaï en 2010, par un commando du Mossad et la révélation de leur vraie fausse identité, a inspiré Maria Feldman, la co-créatrice de la série.

« Le public israélien est friand des séries d’espionnage. C’est un pays militarisé, où il y a énormément d’actes terroristes. Les Israéliens sont très attachés aux services secrets, le Mossad et le Shin Beth – le service de sécurité intérieure – qui luttent contre le terrorisme », commente Esther Benbassa, sénatrice du Val-de-Marne et professeur des universités, spécialisée en histoire du judaïsme moderne, qui estime qu’il existe « une demande locale pour les séries d’espionnage ».

Des séries ancrées dans le contexte politique de la région

Dans Hostages, une chirurgienne se retrouve plongée au cœur d’une conspiration politique d’envergure lorsque sa famille est kidnappée. « Israël est un pays en guerre quasi-permanente depuis soixante ans. Le sujet de ces séries est essentiel et fait parti prenante de la vie quotidienne des habitants et des scénaristes. Ces séries sont très ancrées dans la réalité politique du pays », analyse Alain Granat, fondateur et rédacteur en chef du site Jewpop.

« Nous vivons dans une partie du monde où le drame est constamment au coin de la rue, où les questions de vie ou de mort sont quotidiennes. Israël est porté, par sa nature, aux fictions difficiles », avait déclaré Ran Telem, en charge des programmes de Keshet, principale chaîne privée israélienne, au moment du lancement d’Hatufim. « Il faut comprendre qu’en Israël, Hatufim est notre réalité », confiait Yaël Abecassis, alias Talia Klein dans Hatufim à 20 Minutes en 2013.

Là-bas, les séries « ont une fonction de catharsis », note Alain Granat, mais les sujets abordés ont une portée « universelle ».

Les petits budgets favorisent la créativité

Israël, qui ne compte que 8 millions d’habitants, s’est s’imposé sur le marché international des programmes audiovisuels, depuis que la série Hatufim a inspiré Homeland. « Le marché est petit, les budgets sont minimes : le pilote d’Homeland coûte autant que deux saisons d’Hatufim ! », a expliqué Gideon Raff, lors de son passage au festival Séries Mania, créateur-producteur-scénariste des deux séries.

« Les séries israéliennes sont produites à des prix abordables, facilement exportables à l’étranger », note Esther Benbassa. Les petits budgets obligent à l’inventivité et offrent un espace de liberté. Dans les séries d’espionnages israéliennes, l’accent est plutôt mis sur les personnages que sur les scènes d’action, donnant plus de profondeur aux personnages. La version israélienne d’Hostages est ainsi bien meilleure que sa fausse jumelle hollywoodienne.

Des séries qui secouent la société

« Depuis Hatufim, les séries sont devenues très critiques vis-à-vis de la politique du gouvernement israélien, les créateurs ne prennent pas de gants », souligne Alain Granat. Hatufilm a brisé un tabou en évoquant la question des prisonniers de Tsahal. Au moment du lancement de la série, le soldat israélien Gilad Shalit était alors toujours prisonnier du Hamas, à Gaza et l’œuvre de Gideon Raff « a suscité un vrai débat en Israël », remarque Alain Granat.

« La série Fauda est emblématique de cela, tournée principalement en langue arabe. Elle évoque des sujets brûlants », poursuit-il. Le show raconte la traque d’un responsable du Hamas par des agents israéliens infiltrés. « La série a été acclamée aussi bien par le public arabo-palestinien et qu’israélien », se félicite le journaliste.

« Malgré un régime actuel d’extrême droite, il y a au cinéma et à la télévision une grande liberté d’expression », confirme Esther Benbassa.

Ces séries d’espionnage témoignent de la bonne santé de la production audiovisuelle israélienne. « Depuis 15 ans, Tel-Haviv est devenue une pépinière de scénaristes et de réalisateurs, avec pas moins de 17 écoles de cinéma et d’audiovisuel. Israël produit ainsi plus de films que la Grande-Bretagne ! », note encore Alain Granat.