Coronavirus à Toulouse : Avec cinq fois plus de cas graves en une semaine, « la vague arrive »

EPIDEMIE Le nombre d’hospitalisations a grimpé ces derniers jours au CHU de Toulouse, dont les services de réanimation ne sont pas encore submergés

Béatrice Colin

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Une hospitalisation en service de réanimation,
Une hospitalisation en service de réanimation, — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Le CHU de Toulouse, qui prend en charge les cas les plus graves de la Ville rose, a 125 patients diagnostiqués positifs au Covid-19 hospitalisés, dont 40 en réanimation.
  • Chaque jour, le nombre d’hospitalisations augmente de 25 % et pour les responsables des services de santé publiques toulousains « la vague arrive ».
  • Deux des premiers patients pris en charge en réanimation il y a quinze jours viennent d’être extubés, un signe positif pour les soignants.

Jusqu’à la semaine dernière, la région toulousaine était assez épargnée par l’épidémie de coronavirus. Un temps mis à profit par les autorités sanitaires pour libérer des lits et se préparer à l’afflux de cas qui seront dans les jours à venir hospitalisés.

« Cette vague arrive, comme cela était prévu. Nous avons 125 hospitalisations au CHU de Toulouse, quarante sont en réanimation, contre huit vendredi dernier, vingt en soins intensifs. Il n’y a pas d’explosions des urgences, mais la santé des patients se dégrade rapidement lorsqu’ils sont pris en charge », a indiqué son directeur général, Marc Penaud, lors de son bilan désormais hebdomadaire.

En une semaine, le CHU compte donc cinq fois plus de personnes en réanimation, dont 90 % sont placées en coma artificiel et sous respirateur. Le nombre de patients Covid-19 positif hospitalisés augmente de 25 % chaque jour.

Beaucoup de patients de 55-65 ans

Avec parfois des cas jeunes. Comme cet homme de 22 ans hospitalisés au cours de la nuit dernière qui présente des comorbidités. « Un autre est âgé de 30 ans et a de lourds antécédents médicaux. Mais la moyenne d’âge la plus importante de nos patients se trouve entre 55 et 65 ans, avec très peu de comorbidités, avec parfois un peu d’hypertension », détaille de son côté le docteur Béatrice Riu-Poulenc, cheffe du service de réanimation à l’hôpital Purpan.

Si quatre personnes sont décédées depuis le début de l’épidémie au CHU, quinze jours après la prise en charge des premiers patients, cette responsable a donné une lueur d’espoir dans ce contexte morose. « La première vague est en train de se réveiller, deux patients ont pu être extubés, on commence à avoir des chiffres sanitaires pour les 55-65 ans plutôt bons, mais cela intervient après 15 jours de ventilation », souligne-t-elle, soulignant au passage l’engagement sans borne de ses équipes.

Et dans les cas graves de détresse respiratoire, c’est un passage obligé. En temps normal, les hôpitaux de Rangueil et Purpan disposent de 87 lits de réanimation. « On peut monter à 197 patients intubés et ventilés. Si nous devions passer au-delà de 200 patients, nous serions dans le même contexte que celui d’une médecine de catastrophe », poursuit Béatrice Riu-Poulenc.

Dans ce cadre-là, deux patients pourraient se retrouver intubés et ventilés dans la même chambre. Pour l’instant le département se trouve dans une phase ascendante « qui devrait se poursuivre durant deux semaines », explique le professeur Pierre Delobel, responsable du service des maladies infectieuses. Reste à voir si cette courbe se stabilisera à l’issue de cette période, bénéficiant ainsi des effets du confinement.

40 patients dans l’essai Discovery

En attendant, certains patients des hôpitaux voisins sont rapatriés à Toulouse. « Nous sommes déjà intervenus à Carcassonne à plusieurs reprises pour soulager leur service réanimation et qu’il ne soit pas à saturation », indique Vincent Bounes, le patron du Samu 31.

Et au-delà de la ventilation, une partie de ces cas graves bénéficient, au cas par cas, de traitements, que ce soit au remdésivir, au lopinavir ou à l’hydroxychloroquine. A partir de samedi, quarante patients diagnostiqués positifs et hospitalisés à Toulouse intégreront l’essai européen Discovery qui doit évaluer l’impact de quatre traitements, dont celui de l’hydroxychloroquine.