Lors d'une opération anti-stupéfiants début début septembre dans le quartier des Izards, à Toulouse.
Lors d'une opération anti-stupéfiants début début septembre dans le quartier des Izards, à Toulouse. — G. Gobet / AFP

TRAFIC DE STUP'

Toulouse : Après des fusillades en série de cet été, coup de pression sur les dealers et leurs clients

Béatrice Colin

La Ville rose, longtemps boudée du point de vue dotation d’effectifs policiers, pourrait avoir droit à un rattrapage dans les années à venir selon un engagement pris par Gérald Darmanin auprès du maire de Toulouse

  • Cet été, plusieurs règlements de compte sanglants ont eu lieu à Toulouse sur fond de trafic de stupéfiants.
  • La déstabilisation des réseaux dans certains quartiers lors d’opérations de démantèlement serait à l’origine de cette guerre de territoires.
  • Les syndicats policiers demandent des renforts, ce que le maire de Toulouse a en partie obtenu ce mardi lors d’une entrevue avec Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur.

A la sortie du métro, sur les routes du côté de Balma-Gramont ou encore dans certains quartiers sensibles de Toulouse. Ces derniers jours, les forces de l’ordre ont multiplié les contrôles à la recherche de produits stupéfiants, souvent sous l’œil des caméras.

« Nous avons toujours occupé le terrain, là nous le disons », explique Etienne Guyot, le préfet de la Haute-Garonne qui assume cette stratégie de communication après les fusillades mortelles sur fond de trafic de drogue qui ont égrainé l’été, en particulier dans le quartier populaire des Izards.

Il y a une semaine, un jeune homme était abattu dans sa voiture au petit matin. Une victime de plus à ajouter à la liste des victimes de la guerre de territoire que se livrent depuis un certain temps les dealers du quartier. En particulier depuis juin, au moment où les policiers ont démantelé un important trafic, interpellant neuf hommes considérés comme les « têtes du réseau » mais aussi certains de leurs revendeurs. « Quand on met hors d’état de nuire ceux qui tiennent un marché lucratif comme celui des Izards, l’un des plus importants d’Occitanie, cela provoque forcément un intérêt, s’ensuit des tensions et des violences », reconnaît Nelson Bouard, le directeur départemental de la sécurité publique.

Cette reconquête de pas-de-porte à coups de pistolet est aussi exacerbée par une période de sous-activité pour ceux qui vivent du business de la drogue. « Le confinement a désorganisé le trafic, cela a créé un tarissement dans l’approvisionnement et la vente. Et les dealers étaient plus visibles puisqu’il n’y avait plus personne dans la rue », poursuit le préfet.

Cinquante et un clients verbalisés

De quoi exacerber les velléités de chacun, que la justice essaie de mettre à son profit. « Les enquêtes avancent, nous n’avons jamais eu autant de retours d’informations », assure la procureure de la République adjointe, Alix-Marie Cabot-Chaumeton. Pour la magistrate, il est important de multiplier les saisies d’avoirs criminels, mais aussi de déstabiliser le trafic en visant les clients, grâce au dispositif d’amende forfaitaire de 200 euros. Déployé depuis le 1er septembre partout en France, il a permis en Haute-Garonne de verbaliser 51 consommateurs.

Un nouveau moyen de pression que les autorités comptent bien utiliser. Mais pour pister vraiment les dealers, pour les syndicats, cela doit passer par l’arrivée de nouveaux effectifs. « Ils sont très bien organisés et ont souvent un coup d’avance sur nous. Dix minutes après que nous sommes partis, ils sont de retour. On s’efforce d’être au mieux dans ces quartiers, on pourrait être plus présents grâce à des renforts que nous demandons depuis longtemps. A Nice, il y a eu des incidents, le ministre s’est déplacé immédiatement… On a l’impression que Toulouse est oubliée », déplore Didier Martinez, le délégué régional du syndical policier Unité-SGP qui estime à 150 le nombre de policiers supplémentaires pour rattraper le retard.

Rattrapage progressif à partir de 2021

Une demande portée directement ce mardi par le maire de Toulouse, reçu place Beauveau. Jean-Luc Moudenc a rencontré Gérald Darmanin pour obtenir des moyens supplémentaires. A l’issue de son entrevue, l’édile a « obtenu un accord explicite de rattrapage pluriannuel des effectifs à partir de 2021 ».

Gérald Darmanin, lui, a aussi indiqué que la candidature de Toulouse était retenue pour être pilote dans l’extension des pouvoirs de la police municipale, notamment pour ce qui est des interpellations ou des contrôles d’identité. Un sujet qu’ils devraient à nouveau aborder de vive voix lors du déplacement du ministre de l’Intérieur dans la Ville rose en octobre prochain.