Des plates-formes regroupent et proposent les expériences des utilisateurs.
Des plates-formes regroupent et proposent les expériences des utilisateurs. — molchanovdmitry / Getty Images

Innovation

Quand l’écotourisme se fait collaboratif

Difficile de naviguer dans la jungle des labels de tourisme écoresponsable. Pour y voir plus clair, des initiatives faisant appel aux expériences de voyageurs commencent à voir le jour

  • De nombreux labels d’écotourisme existent pour aider dans leur choix les voyageurs désireux de réduire leur impact sur l’environnement.
  • De nouvelles plateformes, sites Internet et applications, proposent d’aiguiller les voyageurs dans leurs recherches.
  • Celles-ci s’appuient sur le collaboratif à travers l’expérience des voyageurs.

Les labels d’écotourisme sont une jungle mal balisée. Earth Check, Green Globe, La Clef verte, Ecolabel européen,Pavillon bleu : on en compte plus d’une cinquantaine au total. Partir en week-end, ou en vacances, en cherchant à réduire son impact sur l’environnement est un casse-tête. Entre les certifications qui font appel à des cabinets d’audit indépendants et les simples déclarations de bonnes intentions, les voyageurs sont perdus.

Pour les aider à y voir plus clair dans cette jungle, quelques initiatives s’appuient sur l’expérience des utilisateurs. L’application mobile FairTrip « fait remonter et promeut des bonnes pratiques d’établissements touristiques partout dans le monde, et qui manquent de visibilité », explique Brian Corrieri, son fondateur. Depuis son lancement en 2017, l’appli compte 50.000 téléchargements, pour 3.000 à 6.000 utilisateurs actifs par mois, qui ont référencé près de 3.500 adresses. C’est l’équipe de FairTrip qui valide ensuite les établissements. Parmi eux, tous n’ont pas de label. « Certains fonctionnent juste en circuit court et ne l’affichent pas. Ce sont ce genre de choses qu’on cherche à mettre en valeur », poursuit-il.

Formatage

L’idée de faire appel aux utilisateurs n’est pas nouvelle. Les guides touristiques papier se servent du crowd-sourcing depuis longtemps. Les géants comme TripAdvisor ont même bâti leur réputation sur ce concept. Mais Brian Corrieri regrette que les guides soient tous « formatés à l’occidentale ». C’est pour contourner ce formatage, qu’il a voulu créer cette application.

C’est un pari similaire qu’a fait en 2017 la plateforme Chilowé. « Si vous êtes citadins et que vous avez envie de vous reconnecter avec la nature pour un week-end, c’est difficile de s’y retrouver. L’information est souvent mal donnée, éparpillée dans des blogs », détaille Ferdinand Martinet, l’un des cofondateurs du site Internet. L’idée est de regrouper au même endroit des idées originales et les informations pratiques pour vivre des « micro-aventures » clés en mains, proches de chez soi, et respectueuses de l’environnement. Chilowé compte aujourd’hui une communauté de 100.000 utilisateurs, dont 10.000 membres actifs. « L’outil communautaire devrait aussi permettre, à terme, de trouver des gens avec qui partir ».

Consommateurs et acteurs

D’autres initiatives comme le City Guide Tookki, ou la plateforme collaborative Voy’agir se sont engagées dans cette voie. « Le crowd-sourcing est un pari ambitieux. C’est l’expérience des voyageurs qui est importante. Les cahiers des charges des labels sont trop contraignants », détaille Guillaume Cromer, un spécialiste de l’innovation touristique. « Mais c’est coûteux. Il faut accumuler suffisamment de matière première, tout développant une crédibilité à travers sa communauté », poursuit-il.

« Les professionnels et les tour-opérateurs ont aussi une carte à jouer », estime Julien Buot, directeur du label Agir pour un tourisme responsable. Il salue l’arrivée sur le marché de ces nouveaux acteurs « Nous avons besoin que les voyageurs ne soient plus seulement que des consommateurs ». A l’échelle mondiale, le tourisme est responsable de 8 % des émissions de gaz à effet de serre. « Certains nous disent que le tourisme ne peut pas être durable, ajoute-t-il. Mais ça ne nous interdit pas d’agir ! » Sans avoir la prétention à rendre le tourisme durable du jour au lendemain, ces nouveaux acteurs participent à la responsabilisation des consommateurs.