Estrémadure, voyage aux origines de la conquête des Amériques

Espagne Le sud-ouest espagnol, qui enfanta les plus grands conquistadors, offre aujourd’hui l’un des visages les plus authentiques de la péninsule ibérique

Jean-Claude Urbain pour 20 Minutes

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Depuis l’église Santa Maria la Mayor, la vue court de l’Alcazaba de Trujillo jusqu’à la campagne où le redoutable Pizarro fit ses premiers pas. Lancer le diaporama
Depuis l’église Santa Maria la Mayor, la vue court de l’Alcazaba de Trujillo jusqu’à la campagne où le redoutable Pizarro fit ses premiers pas. — Jean-Claude Urbain

Les hidalgos qui conquirent le Nouveau-Monde au XVIe siècle partagent plus qu’un goût immodéré pour l’aventure. Ils sont nés dans le même berceau. Tous, en effet, sont originaires d’une région recluse à l’ouest de l’Espagne : l’Estrémadure. Ce territoire « extrême et dur » raconte à ses visiteurs la fabuleuse épopée des Grandes découvertes avec, en toile de fond, un patrimoine architectural parfaitement conservé.

L’église San Bartolomé domine les rues de Jerez de los Caballeros, chères aux conquistadores Balboa et de Soto.
L’église San Bartolomé domine les rues de Jerez de los Caballeros, chères aux conquistadores Balboa et de Soto. - Jean-Claude Urbain

Jerez de los Caballeros ouvre le premier chapitre du récit. Comme tous ses voisins estrémègnes, ce village aux ruelles blanches, coiffé d’une alcazaba (place forte) médiévale, est un véritable dédale culturel. Sa forteresse aux tours crénelées, ses églises rutilantes et ses palais aristocratiques témoignent d’influences tour à tour romaines, wisigothiques, arabes et portugaises. Mais en matière d’Histoire, les trésors les plus précieux ne sont pas forcément les plus clinquants. À l’ombre de la magnifique église San Bartolomé, une maison sans fioriture mérite toute l’attention des voyageurs. C’est entre ses murs de briques qu’a grandi Vasco Núñez de Balboa, le tout premier Européen à avoir posé ses yeux sur l’océan Pacifique ! En déambulant dans le quartier, on se demande si l’explorateur joua, dans ses tendres années, avec Hernando de Soto, un autre héros local qui découvrit, de son côté, le fleuve Mississippi…

Medellín. Quel contraste entre la mégalopole colombienne et le petit village d’Estrémadure où naquit Hernán Cortés !
Medellín. Quel contraste entre la mégalopole colombienne et le petit village d’Estrémadure où naquit Hernán Cortés ! - Jean-Claude Urbain

De la cordillère des Andes au Grand Canyon du Colorado, l’empire espagnol a été bâti par les enfants terribles de Jerez, comme par ceux de Llerena, de Cáceres et de Mérida. Le conquistador Hernán Cortés, vainqueur de l’empire aztèque et fondateur du Mexique, naquit, quant à lui, dans le village de Medellín. C’est bien le nom de cette petite bourgade de 2.350 habitants qui a inspiré celui de la mégalopole colombienne, aujourd’hui mille fois plus peuplée ! À travers l’Amérique latine, on recense ainsi près de 1.500 agglomérations aux résonnances estrémègnes. On trouve par exemple une Trujillo au Pérou, une Trujillo au Venezuela, une autre en Colombie et une quatrième au Honduras. Il faut dire que la Trujillo d’Estrémadure a engendré quelques-uns des plus grands explorateurs, comme Francisco de Orellana, le découvreur du fleuve Amazone, ou Francisco Pizarro, le conquérant de l’empire Inca et fondateur du Pérou.

Cigognes et dragons

L’Estrémadure est cachée au nord de l’Andalousie, entre la Castille et le Portugal. Grande comme la Suisse, mais huit fois moins peuplée, la plus secrète des régions espagnoles n’a pas que son patrimoine monumental à faire valoir. La variété de ses paysages et sa biodiversité attirent déjà les passionnés de pêche et d’observation animalière. À proximité de Plasencia, les pics abrupts, les collines boisées et les rivières poissonneuses du parc national de Monfragüe ont été classés « réserve de biosphère » par l’Unesco. Paradis des ornithologues, il héberge des espèces d’oiseaux forestières, d’autres familières des maquis et de nombreux rapaces. Des colonies migrantes font aussi escale en Estrémadure, comme les cigognes noires qui nidifient sans gêne sur les palais financés jadis par la conquête des Amériques.

Sur la Plaza Mayor de Trujillo, face à la statue équestre de Francisco Pizarro, le palais édifié par sa famille sert aujourd’hui de musée à la gloire de la conquête des Amériques.
Sur la Plaza Mayor de Trujillo, face à la statue équestre de Francisco Pizarro, le palais édifié par sa famille sert aujourd’hui de musée à la gloire de la conquête des Amériques. - Jean-Claude Urbain

Plus de 200 km séparent les villes de Jerez, Medellín ou Trujillo du port le plus proche. Comment se fait-il, alors, qu’autant de jeunes Estrémègnes se soient portés volontaires pour affronter les dangers de l’Atlantique ? D’aucuns considèrent l’âpreté de la région comme le terreau de ces destins audacieux. Mais l’explication est moins romantique. À la Renaissance, les grandes familles locales défendaient avec jalousie leurs richesses. Et pour ne pas que ces dernières se dispersent, seul l’aîné des fils pouvait prétendre à l’héritage. Les cadets ambitieux devaient donc se résoudre à partir chercher fortune à l’autre bout du monde... Loin de leur famille, on appelait ces aventuriers d’ascendance noble « hijo de algo » (fils de quelqu’un), qui donna l’expression « hidalgo ».

Les amateurs de la série Game of Thrones reconnaîtront Port-Réal dans les ruelles de Cáceres.
Les amateurs de la série Game of Thrones reconnaîtront Port-Réal dans les ruelles de Cáceres. - Jean-Claude Urbain

Ironie de l’Histoire, cette région qui permit de découvrir le Nouveau-Monde est aujourd’hui elle-même à redécouvrir. Pourtant, l’Estrémadure est toujours une terre de héros. Ces derniers ne s’élancent plus à la conquête des Amériques en caravelles, mais se disputent le Trône de fer et les Sept-Couronnes à dos de dragons. Les amateurs auront reconnu l’allusion à la célèbre série télévisée Game of Thrones. Le vieux quartier de Cáceres et le château de de Trujillo ont en effet servi de décor aux villes imaginaires de Port-Réal et de Castral Roc. Avant de venir arpenter ces villes par eux-mêmes, les fans du programme peuvent ainsi admirer leur ambiance médiévale dans plusieurs épisodes de la saison sept.

Y aller

Écrasée de chaleur en été, l’Estrémadure livre son meilleur visage en automne et au printemps. La région est dépourvue d’aéroport. En revanche, les autoroutes y sont récentes et gratuites. Mieux : en entrant sur le réseau rapide ici, on peut en sortir n’importe où en Espagne sans avoir à payer. Un bon plan pour rejoindre les aéroports de Madrid ou de Séville.

Se loger

Le Parador de Cáceres et le Mérida Palace sont de magnifiques adresses pour poser ses valises en Estrémadure et rayonner dans la région. Mais pour rêver de Grandes découvertes, quelle meilleure chambre que celle d’un des plus grands conquistadors espagnols ? Au cœur du quartier historique de Trujillo, la maison familiale de Francisco de Orellana a été convertie en hôtel de charme. Selon la légende locale, la fontaine qui coule dans son patio serait la source du fleuve Amazone.

À voir

Mérida, la capitale administrative de la région, fut autrefois la principale cité de Lusitanie romaine. Fondée par Auguste sous le nom d’Emerita Augusta, elle avait pour vocation de représenter Rome dans ces confins de l’empire. De ce passé glorieux, la ville a conservé un impressionnant patrimoine, classé par l’Unesco, dont un amphithéâtre de 15.000 places (le plus ancien du monde romain), un théâtre de 6.000 places, un pont sur le fleuve Guadiana, un temple dédié à Diane et un arc de Trajan.

Renseignements

L’office espagnol du Tourisme présente, en français, les incontournables de la destination.